Sanguine: le sang chaud et un récit tiède (Critique)

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Projeté aux Séances de Minuit du Festival de Cannes, Sanguine annonce un beau début pour Marion le Corroller, qui voit son premier long métrage propulsé sous les feux de la rampe. La scène d’ouverture du film conquiert immédiatement une partie importante du public, celle ayant déjà travaillé plus d’un mois en restauration. On y voit un employé de fast-food sortir de ses gonds et tuer brutalement un client dont la mort n’a rien de déplorable, provoquant efficacement un sentiment de jouissance chez toustes les concerné.es. Un coup de sang dû au stress qui deviendra le fil rouge du film, ou plutôt son A5 écarlate.

Margot Loiseau (Mara Taquin), une jeune interne en médecine, intègre les urgences dans l’équipe d’Hélène (Karin Viard), une médecin aussi renommée que désagréable (il suffit d’imaginer Dr House avec une longue chevelure blonde). Cette nouvelle arrivante peine à soutenir le rythme et la pression affolante de l’hôpital, et découvre – presque aussi rapidement que lae spectateurice – une connection entre certains de ses patients: une étrange pathologie augmentant l’efficacité professionnelle du malade, tout en s’accompagnant de modifications physiques rares. Les conséquences physiques et mentales d’un monde du travail trop exigeant, où la compétition règne en maître, sont ainsi problématisées sous la forme d’une mutation génétique qui donne lieu à une nouvelle espèce de surhumains (non humains). Les sons, la rapidité frénétique du montage et la stimulation visuelle servent tous ponctuellement à renforcer efficacement ce propos.

Seulement voilà: il devient assez vite évident que le film doute de la capacité du public à le comprendre. Si le jeu d’acteur est bon, il est parfois affaibli par des dialogues qui soulignent, appuient, et re-soulignent ce que cette drôle de maladie pourrait bien vouloir dire, frôlant parfois presque le ridicule. C’en est d’autant plus frustrant que le potentiel est là, mais surexploité par moments et négligé par d’autres. On peut citer par exemple la question du racisme à l’embauchement, presque survolée lorsque Margot se retrouve face au cas d’un homme noir présentant des signes de vitiligo après un refus lors d’un entretien, un aspect des discriminations au travail qu’il aurait été possible d’approfondir. De plus, la fin prête à confusion, tiédissant le message qu’on vient de passer 1h30 à marteler dans vos rétines: il ne faudrait quand même pas que les jeunes exigent trop de protection au travail, car cela pourrait mettre en danger les retraités (?). Cela dit, le film n’est pas dénué d’humour, et je n’élimine pas la possibilité d’une conclusion à but comique plutôt qu’à prendre au pied de la lettre.

La qualité des effets spéciaux, en particulier des prothèses et de la body horror, est indéniable. Rappelant très fortement The Substance, le film arrive à la fois à se montrer créatif dans sa représentation du gore et à éviter le sadisme qu’il est parfois compliqué de contourner lorsqu’il est question d’horreur et de femmes à l’écran. Ainsi, si Sanguine souffre de la tendance actuelle à prendre lae spectateurice par la main jusqu’à la faire saigner, il reste un film d’horreur divertissant, avec des images soignées et étonnamment abouti pour une première longue réalisation.

Valentina Alksnis (04.11.2026)


Sanguine

  • Réalisation : Marion Le Corroller
  • Pays de production : France
  • Genre : Horreur
  • Acteurices: Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin
  • Durée : 1h44