
Anastasia, danseuse originaire d’un village roumain, arrive à Paris pour participer à une création chorégraphique d’Orphée et Eurydice, inspirée du mythe grec du même nom. La musique du spectacle est liée à l’histoire tragique de son compositeur, Ernest Dupré.
À son arrivée à Paris, Anastasia se heurte à l’accueil froid de la troupe et à une forte concurrence au sein du collectif. Castagnetti semble avoir voulu critiquer le monde de la danse et de la scène, souvent idéalisé: dans un environnement compétitif, le collectif n’est pas un lieu d’acceptation et de soutien, et l’obtention d’un rôle semble poser aux danseuses une question: jusqu’où sont-elles prêtes à aller et à quels principes sont-elles prêtes à renoncer pour devenir solistes? Il s’avère que, pour assurer le succès du spectacle, le chorégraphe a besoin de susciter un engouement autour de celui-ci, et que l’influence médiatique devient plus importante que le talent.
Castagnetti entrelace la cruauté du monde de la danse et l’histoire d’amour des personnages. Au cours des répétitions, la jeune femme rencontre un mystérieux pianiste dont elle se rapproche progressivement. L’histoire d’amour ne paraît ni convaincante ni émotionnellement profonde. Entre son début, son point culminant et son dénouement, il est difficile de ressentir l’évolution de la relation et les émotions des personnages, car, à mon sens, trop peu de temps est consacré à leur développement et le récit manque de fluidité.
Cette distance entre l’existence d’un lien et le fait de le ressentir émotionnellement est accentuée par les transitions abruptes entre l’histoire d’amour et la lutte pour la scène. Les intrigues sont liées, mais les changements d’accent interrompent l’implication émotionnelle. Peu à peu, l’évolution des relations devient prévisible: que ce soit avec son amie ou avec le Fantôme, Anastasia alterne rapprochements et éloignements. La répétition de ce schéma permet d’anticiper une nouvelle rupture après chaque réconciliation.
Parallèlement, il faut souligner que les lieux et les choix d’éclairage créent une atmosphère romantique, parfois intime, mais que la relation manque de cette progression et de cette profondeur qui rendraient les sentiments des personnages tout aussi palpables.
Quant à la création chorégraphique finale pour laquelle Anastasia a été invitée à Paris, c’est avant tout le choix de faire évoluer les danseurs et le spectacle au-delà de la scène qui mérite l’attention: exploiter et révéler toute la beauté et l’espace du Palais Garnier, pour faire du bâtiment lui-même une scène.
Le film laisse une impression mitigée: sa beauté visuelle et son recours au mythe restent en mémoire, mais l’histoire romantique ne permet pas toujours de ressentir ce qu’elle montre avec tant d’expressivité.
Iuliia Eremina (28.10.2026)
Le Fantôme de l’Opéra
- Réalisation : Alexandre Castagnetti
- Pays de production : France
- Genre : Drame
- Acteurices: Deva Cassel, Julien De Saint-Jean, Romain Duris
- Durée : 2h14
