
On connaît l’attachement qu’a Kristoffer Borgli pour la provocation de la bourgeoisie à l’ère de la technologie et des réseaux sociaux ; ces deux derniers longs-métrages en étaient l’incarnation-même. Dans Sick of Myself, la maladie devenait une opportunité en or pour atteindre la célébrité pour une artiste en peine, suivant quelque peu la lignée d’un Lars Von Trier aux débuts du Dogme 95, avec Les Idiots ; dans Dream Scenario, la cancel culture devenait le grand mal de l’individu voulant évoluer en société – sujet que le réalisateur d’origine norvégienne ne semblait pas saisir pleinement – mais passons.
Succédant à Nicolas Cage et sa calvitie mémorable, le couple Zendaya-Robert Pattinsonse trouve en tête d’affiche de The Drama, deuxième production A24 pour Borgli après Dream Scenario. Deux acteurices en vogue, que l’on retrouvera par ailleurs ensemble dans le troisième volet de Dune à la fin de l’année, qui incarnent le renouvellement d’un certain idéal hollywoodien, notamment à un niveau esthétique. C’est sur cette image que joue The Drama : un couple a priori parfait – qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Évidemment, outre les précédents projets de Borgli, le nom d’Ari Aster au générique d’ouverture, crédité comme producteur, met la puce à l’oreille : qu’est-ce qui pourrait ne pas mal tourner ? Le réalisateur norvégien n’a pas le même goût pour la violence outrancière que son camarade américain, mais son style n’est pas pour autant dépourvu de malice vis-à-vis d’une certaine violence psychologique – reliée à des phénomènes de société contemporains.
The Drama se dresse comme une comédie romantique satirique, prolongeant quelque peu les thématiques qu’avait prises Borgli pour Dream Scenario, dont le propos, se déroulant à la suite d’un « twist », de la révélation d’un secret de la mariée (Zendaya), s’attaque encore une fois à la cancel culture. Cette fois-ci avec un peu plus de tact : comment faire confiance à la personne censée être la plus proche de soi – en l’occurrence sa future femme – quand un élément de son passé fait irruption, remettant en cause tout attachement pour elle. Borgli n’hésite pas à appuyer sa mise en scène avec des éléments modernes – les réseaux sociaux notamment – un montage dynamique, parfois trop même, et des plans constamment déconstruits, et oscille entre romance et drame psychologique. Il joue autour de la paranoïa pour déstabiliser le rapport de confiance entre les différents personnages, avec un humour qui se pose bien sur les situations absurdement inquiétantes.
Mais The Drama ne vole jamais vraiment de ses propres ailes ; comme pour Sick of Myself et Dream Scenario, Borgli contrôle son oeuvre minutieusement – trop minutieusement, se retirant juste avant l’orgasme, comme s’il n’osait pas aller au bout de ses personnages et de ses propos. Malgré quelques passages comiques remarquables, le film patine sur des sujets vus et revus au cinéma américain – les utilisant comme outils sensationnels et apeurants plutôt que moteurs de l’intrigue. Le couple Zendaya-Pattinson s’en sort bien, accompagné par un casting secondaire qui le suit justement, mais se retrouve coincé dans un drame inarticulable et inarticulé par Borgli.
On comprend un peu mieux la stratégie de sortie d’A24 – le film sort partout dans le monde cette semaine, sans aucune avant-première en festival – basée sur la sensation plutôt que le sentiment. Car c’est ce qu’est The Drama : un produit d’un studio, par ailleurs perdu depuis quelques temps, bien aidé par ses stars lors de sa promotion, cherchant le déclic commercial et la controverse subversive facile.
Gil Dalebroux (01.04.2026)
The Drama
- Réalisation: Kristoffer Borgli
- Pays de production: Etats-Unis
- Genre: Comédie Romantique
- Acteurices: Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim
- Durée: 1h46
