
Dans son premier long-métrage, Mélisa Godet nous plonge, par le biais d’un film choral, dans le quotidien invisibilisé de femmes maltraitées et de soignants faisant tout leur possible pour leur venir en aide. Nous suivons la vie professionnelle, relationnelle et privée de l’équipe médicale d’une institution, principalement composée de Diane, médecin-chirurgienne et directrice (Karin Viard), Manon, une nouvelle maman jonglant entre sa vie de famille et son emploi (Laetitia Dosch), Awa, soignante patiente avec un bon répondant (Eye Haïdara) et d’Inès, jeune docteure qui entreprend un stage avant d’aller travailler en clinique privée (Oulaya Amamra), ainsi que leurs collègues psychologues, animateurs ou soignants. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour secourir, soutenir, soigner et permettre à ces femmes brisées de se reconstruire grâce à leur aide, quitte à bouleverser leurs propres équilibres, projets de carrière ou familles. Nous assistons simultanément à leur lutte pour maintenir l’institution ouverte, malgré le manque de ressources et de financements, dont l’état et l’avancée sont littéralement visibles au travers d’un parallélisme avec une séquence de Diane nageant dans une piscine.
Inspiré par la Maison des Femmes de St-Denis fondée en 2016 par la médecin Ghada Hatem-Gantzer, ce film touchant aborde des sujets sensibles tels que les violences physiques ou sexuelles, la mutilation forcée (excision), ainsi que l’intimidation et l’oppression dans le cadre familial. Au cœur de sa problématique nous retrouvons également les sources quotidiennes de stress que peuvent vivre les femmes comme l’hypervigilance dans les lieux publics, la charge mentale ou la difficulté à trouver un équilibre entre travail et rôle de mère et d’épouse. Humour, douceur et couleurs viennent contrebalancer le poids et l’horreur de ces thèmes, sans en amoindrir l’importance et en soulignant même l’absurdité de nos systèmes. En usant de piques bien pensées ou alors de comparaisons évidentes et parlantes (par exemple avec un homme étant passé sous un camion dont on n’attend pas la guérison immédiate et que l’on va assister et comprendre, mis en parallèle avec une victime de viol), cette œuvre met en lumière la gravité des faits et la violence vécue par ces femmes de façon réaliste mais avec tact et finesse. Par le biais du cinéma, la réalisatrice offre une nouvelle visibilité à toutes les structures et institutions d’aide et de soutien pour les femmes, rappelant à quel point elles jouent un rôle essentiel pour la reconstruction et l’évolution de ces femmes et qu’il est donc primordial de se battre pour qu’elles puissent continuer d’exister et qu’elles aient les moyens de tourner et de secourir celles qui en ont besoin. De plus, ce long-métrage transmet un message positif pour les victimes, leur remémorant qu’elles n’ont pas à subir, à se taire ou à être seules, qu’elles ont le droit d’être aidées et écoutées, leur rendant ainsi leur légitimité et leur confiance en elles.
En effet, il dénonce ces thématiques encore trop tabous par les témoignages des patientes dans lesquels la question de la responsabilité et de la honte repose le plus souvent sur les victimes, avec des agresseurs et auteurs de violences qui restent blancs de tout crime ou qui sont considérés comme étant irréprochables par le reste de la société. Ce film illustre donc une facette de nos communautés que ces dernières préféreraient occulter et pousse le spectateur à s’y confronter, en découvrant le parcours traumatique de femmes de tout âge et de toute culture, prouvant ainsi qu’il s’agit d’un problème global et bien présent qu’il faut prendre en compte, dévoiler au grand jour et qui mérite une réelle attention. La séquence finale du film vient manifester un besoin de changement et de considération pour toutes les victimes, pour toutes les femmes, leur donnant ainsi une pulsion de révolte, de puissance et d’union, les invitant à l’action afin de lutter contre le patriarcat et les inégalités.
J’ai personnellement énormément apprécié ce film, dont je n’ai pas vu passer les 110 minutes ! Bien que les thématiques abordées soient dures, je trouve important qu’elles soient mises en avant et Mélisa Godet le fait ici avec brio ! De plus, le jeu d’acteur est très bon, touchant, réaliste et surtout communicatif; en tant que spectateurs, et encore plus en tant que femmes, nous ressentons toute cette indignation face à ces situations injustes, horribles et anormales qui sont banalisées ou passées sous silence, et avons même l’envie d’aider les personnages dans leurs actions. Le fait que nous ayons également plusieurs points de vue et non une seule focalisation ou point d’attache est bien plus prenant pour ce genre de contenu et constitue une excellente approche selon moi. En effet, cela permet de toucher à plus de sujets et de révéler plus de faits, malheureusement réels, par l’intermédiaire de différents personnages, mais aussi d’accéder au secteur des victimes ainsi qu’à celui des soignants de façon distincte. Ce mélange de visions, de voix et de vécus vient former un grand tout dans lequel chacun a son rôle, amenant plus de réalisme au film et le rendant bien plus complet et intéressant qu’un film à voix unique. Je ne connaissais pas du tout l’institution de la Maison des Femmes avant la séance et je trouve ce genre d’association très noble et importante, bien que le monde (et surtout les femmes!) se porterait mieux si l’on n’en avait pas besoin et je suis donc très reconnaissante que le cinéma se soit penché sur ce sujet pour lui donner corps et lui rendre justice ! Cependant, j’espère vraiment que ce type de production, rendant visible au grand public les actions de ces structures et surtout mettant en avant la détresse des victimes de violences permettra de mettre ce problème sur le devant de la scène, provoquant une prise de conscience générale et faisant ainsi de la maltraitance une priorité pour notre société afin de trouver un moyen d’y remédier de façon concrète et durable. Dans tous les cas, La Maison des Femmes est un excellent film que je recommande vivement !
Callyanne Vessaz (11.03.2026)
La maison des femmes
- Réalisation : Melisa Godet
- Pays de production : France
- Genre : Drame
- Acteurices: Juliette Armanet, Aure Atika, Karin Viard
- Durée : 1h50
