{"id":309,"date":"2015-04-26T11:20:37","date_gmt":"2015-04-26T09:20:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asso-unil.ch\/orphi\/?p=309"},"modified":"2016-09-26T14:12:17","modified_gmt":"2016-09-26T12:12:17","slug":"lundi-17-novembre-2014-leonid-sekatski-verites-et-bonheur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/orphi\/lundi-17-novembre-2014-leonid-sekatski-verites-et-bonheur\/","title":{"rendered":"Leonid Sekatski &#8211; V\u00e9rit\u00e9s et bonheur"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Lundi soir 17 novembre 2014, l&rsquo;ORPHI a eu le plaisir Leonid Sekatski, \u00e9tudiant de troisi\u00e8me ann\u00e9e en philosophie, pour une conf\u00e9rence sur les questions de l&rsquo;individualit\u00e9, des \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s subjectives\u00a0\u00bb et de la capacit\u00e9 \u00e0 les d\u00e9passer, et de la place de la philosophie dans nos vies \u2013 entre autres. Un vaste programme, qui s\u2019est expos\u00e9 ainsi qu\u2019il suit\u00a0\u2013 plus ou moins!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La conf\u00e9rence a d\u00e9but\u00e9 par une r\u00e9flexion sur la philosophie. Quelle place tient celle-ci dans nos vies? Selon Leonid, la philosophie joue un r\u00f4le primordial pour nombre d\u2019entre nous; elle contribue \u00e0 une transformation du regard sur le monde. Mais qu\u2019est-elle? Question imm\u00e9moriale &#8211; ou presque. Etymologiquement, \u00eatre philosophe signifie \u00eatre\u00a0<em>philos\u00a0<\/em>(\u00ab\u00a0amant\u00a0\u00bb) de la\u00a0<em>sophia (<\/em>\u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb chez les Grecs &#8211; les deux significations se recouvrent). Le\u00a0<em>philosophe\u00a0<\/em>est l&rsquo;ami, l&rsquo;amant de la sagesse et du savoir. Il cherche \u00e0 gagner un savoir et une sagesse dans cette vie et tente d\u2019y trouver son fil rouge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Leonid, qui s\u2019est appuy\u00e9 sur Ren\u00e9 G\u00e9non (<em>La crise du monde moderne<\/em>) ainsi que la vision antique de la philosophie et de la sagesse, cette derni\u00e8re est sup\u00e9rieure \u00e0 la philosophie. La sagesse ne signifie pas, d&rsquo;ailleurs, \u00ab\u00a0intelligence\u00a0\u00bb, a-t-il pr\u00e9cis\u00e9\u00a0! Non: le rapport entre sage et sagesse est un rapport d&rsquo;amour: l&rsquo;apprenant\u00a0<em>contemple\u00a0<\/em>la sagesse, l&rsquo;aime et par elle, s&rsquo;enrichit. Philosophie et sagesse ne se valent pas, mais c&rsquo;est bien la sagesse qui est l&rsquo;objec(tif) de la philosophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Leonid, la sagesse consiste en la facult\u00e9 \u00e0 distinguer l&rsquo;essentiel de l&rsquo;accessoire: le\u00a0<em>primordial<\/em>\u00a0du\u00a0<em>secondaire\u00a0<\/em>\u00a0&#8211; d&rsquo;o\u00f9 le titre de la conf\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Afin de distinguer v\u00e9rit\u00e9 primordiale et v\u00e9rit\u00e9s secondaires, Leonid s&rsquo;est notamment r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 la d\u00e9marche de ph\u00e9nom\u00e9nologie transcendentale de Husserl, en prenant pour exemple la mani\u00e8re dont nous percevons un arbre. ll a affirm\u00e9 que nous ne voyons qu\u2019une facette de l\u2019arbre, son image (le <em>no\u00e8me<\/em>), qui se rattache au monde ph\u00e9nom\u00e9nal. Les abeilles, par exemple, per\u00e7oivent l\u2019arbre diff\u00e9remment, car leurs yeux constituent les formes et les couleurs d\u2019une autre mani\u00e8re et, de plus, leur point de vue est totalement diff\u00e9rent. Ces diff\u00e9rents no\u00e8mes d\u2019un m\u00eame arbre sont distincts de son essence (sa\u00a0<em>no\u00e8se<\/em>), qui, elle, nous reste inconnue. La nature fondamentale de l\u2019arbre nous est inaccessible,\u00a0elle est en quelque sorte cach\u00e9e par son image. Une situation similaire se pr\u00e9sente avec notre conscience, qui donne sens \u00e0 notre perception, sans pourtant se confondre avec elle\u00a0: la conscience nous est inaccessible par une approche purement descriptive et naturaliste. Mais alors, comment y acc\u00e9der\u00a0malgr\u00e9 tout?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019apr\u00e8s Leonid, c\u2019est la fameuse\u00a0<em>\u00e9poch\u00e8<\/em>\u00a0ph\u00e9nom\u00e9nologique husserlienne qui devrait nous le permettre. Ce terme, repris des sceptiques par Husserl, correspond \u00e0 une \u00ab\u00a0mise entre parenth\u00e8ses\u00a0\u00bb du monde ext\u00e9rieur et des jugements que nous portons sur lui: c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 se d\u00e9tacher, ne serait-ce que pour un bref instant, de qui nous sommes et de ce qui nous entoure. Par l\u00e0, nous \u00a0arrivons \u00e0 un type transfigur\u00e9 de connaissance, exempte de tout jugement conditionn\u00e9 par notre histoire, notre \u00e9ducation, notre culture et nos perceptions pr\u00e9c\u00e9dentes. Lorsque l\u2019ego, repr\u00e9sent\u00e9 par une d\u00e9finition formelle de nous-m\u00eame, s\u2019est dissout, nous acc\u00e9derions \u00e0 un contenu transcendental, \u00ab\u00a0un vide qui r\u00e9v\u00e8le le tout\u00a0\u00bb. Ce n\u00e9ant nous effrayant, nous tenterions \u00e0 tout prix de l\u2019\u00e9viter, ce qui nous m\u00e8nerait constamment \u00e0 penser, juger et agir, nous distan\u00e7ant par l\u00e0 d\u2019une conscience v\u00e9ritable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la conscience se distinguerait de la pens\u00e9e comme le no\u00e8me de la no\u00e8se, et Descartes aurait eu tort en affirmant qu\u2019il est car il pense. En effet, cette affirmation n\u2019est qu\u2019une pens\u00e9e de plus, c\u2019est-\u00e0-dire une v\u00e9rit\u00e9 secondaire; le fait d\u2019en avoir conscience la d\u00e9passe. Cette conscience repose en une non-dualit\u00e9 entre le sujet et l\u2019objet per\u00e7u. Elle se retrouve dans plusieurs traditions orientales et dans la mystique chr\u00e9tienne avec\u00a0Ma\u00eetre Eckart.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La conscience est inalt\u00e9rable et immuable, a poursuivi Leonid: elle est ce qui nous permet continuellement de percevoir nos pens\u00e9es, sans pourtant en \u00eatre une elle-m\u00eame. Elle est le \u00ab\u00a0t\u00e9moin int\u00e9rieur\u00a0\u00bb qui assiste au monde dans son changement incessant.\u00a0Selon lui, c\u2019est notre essence, notre identit\u00e9 profonde qui permet \u00e0 tous nos contenus mentaux d\u2019avoir lieu. Tout comme la musique a besoin du silence pour exister, nous avons nous aussi besoin de \u00ab\u00a0silence\u00a0\u00bb (une sereine reconnaissance de notre conscience, d\u00e9passant les pens\u00e9es) pour vivre et \u00eatre v\u00e9ritablement nous-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Leonid a poursuivi (et termin\u00e9) par une derni\u00e8re partie sur le bonheur. L&rsquo;<em>eudaimonia<\/em>\u00a0est la t\u00e2che premi\u00e8re \u00e0 r\u00e9aliser pour les philosophes, selon les Grecs. Aujourd&rsquo;hui, nous abordons trop souvent cette notion de mani\u00e8re uniquement \u00ab\u00a0quantitative\u00a0\u00bb: il s&rsquo;agit par exemple d&rsquo;avoir une belle femme, une jolie maison \u00e0 la campagne, de beaux enfants, etc.\u00a0: un ensemble de \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb d\u00e9pendant de crit\u00e8res ext\u00e9rieurs. Le vrai bonheur, lui, est un \u00e9tat int\u00e9rieur de l&rsquo;ordre d&rsquo;une\u00a0<em>joie profonde<\/em>\u00a0 d\u2019\u00eatre. Elle d\u00e9coule de la r\u00e9ponse \u00e0 la question: \u00ab\u00a0Qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb et se refl\u00e8te dans nos actions, nos attitudes et notre rapport au monde.\u00a0<em>Joie profonde\u00a0<\/em>et\u00a0<em>bonheur\u00a0<\/em>diff\u00e8rent. Alors que le \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb, per\u00e7u d\u2019un point de vue moderne, est par nature eph\u00e9m\u00e8re et fragile, la joie profonde provient de la reconnaissance de notre essence\u00a0; on ne peut donc l\u2019alt\u00e9rer et la perdre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Leonid a ainsi bri\u00e8vement conclu qu\u2019en philosophie, il s\u2019agit d\u2019aller vers la sagesse! Et que ce qui compte est de distinguer toujours\u00a0<em>joie profonde<\/em>\u00a0(v\u00e9rit\u00e9 primordiale) et\u00a0<em>bonheur<\/em>\u00a0(v\u00e9rit\u00e9 secondaire) dans notre vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La discussion s&rsquo;est poursuivie par diff\u00e9rentes questions relatives \u00e0 ces deux notions, \u00e0 celles de conscience et de pens\u00e9e, et \u00e0 plein d&rsquo;autres choses encore. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est particuli\u00e8rement ressortie: \u00eatre sage signifie-t-il \u00eatre conscient?\u00a0Le d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 long, et aucune r\u00e9ponse d\u00e9finitive n\u2019en est sortie\u2026 Qu\u2019en pensez-vous\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Romain Fardel<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi soir 17 novembre 2014, l&rsquo;ORPHI a eu le plaisir Leonid Sekatski, \u00e9tudiant de troisi\u00e8me ann\u00e9e en philosophie, pour une conf\u00e9rence sur les questions de l&rsquo;individualit\u00e9, des \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s subjectives\u00a0\u00bb et de la capacit\u00e9 \u00e0 les d\u00e9passer, et de la place de la philosophie dans nos vies \u2013 entre autres. 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