{"id":939,"date":"2021-12-01T19:50:47","date_gmt":"2021-12-01T18:50:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=939"},"modified":"2023-03-28T01:13:51","modified_gmt":"2023-03-27T23:13:51","slug":"les-olympiades","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2021\/12\/les-olympiades\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Les Olympiades\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"899\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/12\/3157892-1.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-edited-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-942\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/12\/3157892-1.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-edited-1.jpg 1600w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/12\/3157892-1.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-edited-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/12\/3157892-1.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-edited-1-1024x575.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/12\/3157892-1.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-edited-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/12\/3157892-1.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-edited-1-1536x863.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Lucie Zhang, No\u00e9mie Merlant et Makita Samba dans <em>Les Olympiades <\/em>\u00a9 2021 Filmcoopi<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Tel qu\u2019un \u00e9pisode apocryphe et tr\u00e8s tardif de <em>Paris vu par\u2026<\/em> (1965), le c\u00e9l\u00e8bre film \u00e0 sketches r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 plusieurs mains par quelques-uns des r\u00e9alisateurs les plus en vue de la Nouvelle Vague (Chabrol, Rohmer, Godard,\u2026) qui film\u00e8rent chacun une histoire dans un quartier diff\u00e9rent de la Ville Lumi\u00e8re. <em>Les Olympiades<\/em>, le nouveau film de Jacques Audiard, tire son d\u00e9cor ainsi que son titre d\u2019un quartier de Paris, ce 13<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement qui, selon le r\u00e9alisateur, se diff\u00e9rencie du reste du centre-ville (de son c\u00f4t\u00e9 trop \u00ab\u2009mus\u00e9al\u2009\u00bb et difficile \u00e0 filmer) par sa modernit\u00e9 architecturale et son multiculturalisme. Cela permet \u00e0 la cam\u00e9ra de planer sur les hautes tours du quartier au d\u00e9but du film en cr\u00e9ant une belle, a\u00e9r\u00e9e et dynamique s\u00e9quence o\u00f9 la verticalisation de l\u2019espace se fait protagoniste. N\u00e9anmoins, cette s\u00e9quence inaugurale (qui n\u2019est pas sans rappeler l\u2019ouverture analogue de <em>Manhattan<\/em> (1979) de Woody Allen, notamment \u00e0 cause de l\u2019utilisation du noir et blanc) demeure assez isol\u00e9e par rapport au bloc narratif du reste du film. En effet, si l\u2019esprit du quartier est cens\u00e9 parcourir le long-m\u00e9trage, cela se fait plut\u00f4t au niveau de son multiculturalisme, tandis que ses rues, ses places et ses b\u00e2timents ne sont que tr\u00e8s peu explor\u00e9s et ne prennent donc pas vraiment de signification ult\u00e9rieure, le film pr\u00e9f\u00e9rant se focaliser sur les personnages et sur une histoire qui pourrait se passer ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Inspir\u00e9 par trois nouvelles de l\u2019auteur am\u00e9ricain de bande dessin\u00e9e Adrian Tomine, le film d\u2019Audiard suit les vicissitudes amoureuses et professionnelles de trois jeunes de diff\u00e9rentes ethnies\u2009: il s\u2019agit d\u2019Emilie, d\u2019origine chinoise, dipl\u00f4m\u00e9e de Sciences Po, mais encha\u00eenant les petits boulots\u2009; Camille, homme noir et professeur en train de pr\u00e9parer une agr\u00e9gation\u2009; et Nora, une jeune femme blanche fra\u00eechement arriv\u00e9e de Bordeaux pour reprendre ses \u00e9tudes \u00e0 Paris. Si Emilie s\u2019\u00e9prend imm\u00e9diatement de Camille, celui-ci flotte entre elle et Nora, tandis que cette derni\u00e8re tombe sous l\u2019emprise d\u2019Amber, une <em>camgirl<\/em> avec laquelle elle devient de plus en plus proche\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On se trouve donc face \u00e0 une sorte de \u00ab\u2009conte moral\u2009\u00bb sur le th\u00e8me de l\u2019amour, comme ceux r\u00e9alis\u00e9s par \u00c9ric Rohmer il y a pr\u00e8s de cinquante ans\u2009? Pas vraiment. Car, contrairement \u00e0 Rohmer, Audiard ne se pr\u00e9occupe pas de donner \u00e0 cette \u0153uvre un substrat philosophique conscient ou un syst\u00e8me d\u2019ordre moral qui puisse servir de contrepoids \u00e0 la fois po\u00e9tique et analytique aux \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent \u00e0 l\u2019\u00e9cran. En effet, les personnages des <em>Olympiades<\/em> traversent la vie dans un \u00e9tat tr\u00e8s flou\u2009: sans authentique direction dans leurs vies, ils semblent guid\u00e9s plut\u00f4t par une instinctivit\u00e9 puissante et pulsionnelle. Pourtant, cette situation \u2013 si facilement attribuable, \u00e0 premi\u00e8re vue, \u00e0 une sorte de vide existentiel \u2013 ne semble quasiment pas faire l\u2019objet d\u2019une analyse critique de la part du r\u00e9alisateur. Le film choisit plut\u00f4t de parcourir la m\u00eame route d\u2019une grande partie du cin\u00e9ma moyen contemporain, qui semble chercher sa validation dans la simple repr\u00e9sentation d\u2019une vie quotidienne d\u00e9crite dans son \u00e9tat ordinaire et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, exalt\u00e9e en tant que telle, m\u00eame si le discours du film, demeurant superficiel, n\u2019appuie pas cette exaltation.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres mots, des vicissitudes comme celles d\u00e9crites dans le film d\u2019Audiard pourraient ouvrir la porte \u00e0 des significations plus profondes seulement si les personnages avaient eu une port\u00e9e symbolique\u2009; cela aurait demand\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur de s\u2019\u00e9loigner de la signification imm\u00e9diate de son r\u00e9cit pour en chercher d\u2019autres, peut-\u00eatre sociologiquement moins \u00e0 la mode, mais plus ambitieuses au niveau artistique. Pourtant, la vie un peu anonyme et sans int\u00e9r\u00eat de ses personnages semble constituer l\u2019unique centre d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019Audiard, en lien \u2013 peut-\u00eatre inconsciemment \u2013 avec la pr\u00e9somption et l\u2019\u00e9gocentrisme typiques de la bourgeoisie moyenne. Il n\u2019y a rien, dans le film, qui laisse supposer qu\u2019on puisse avoir d\u2019autres horizons, d\u2019autres mani\u00e8res de vivre, en dehors de celles convoit\u00e9es par le nombrilisme des personnages. Aucune mise en discussion, et donc aucune dialectique artistique, ne semble possible\u2009: par cons\u00e9quent, l\u2019ambition supr\u00eame du film reste celle de parler \u00e0 un cercle restreint de personnes \u2013 en les amenant, par exp\u00e9rience de vie ou similarit\u00e9s ethnico-sociologiques, \u00e0 s\u2019identifier \u00e9motionnellement avec l\u2019un des personnages. Nabokov disait que la pire chose en litt\u00e9rature est la recherche de l\u2019identification \u00e0 l\u2019un des personnages d\u2019un livre. La m\u00eame chose peut \u00eatre affirm\u00e9e dans le cas d\u2019un film, si le but unique d\u2019une \u0153uvre consiste dans l\u2019atteinte d\u2019une telle identification.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tentative de rassurer le public avec ce type d\u2019identification imm\u00e9diate \u00e0 ce qu\u2019il voit sur l\u2019\u00e9cran (soit la plus fade des banalit\u00e9s) r\u00e9v\u00e8le beaucoup de choses sur le narcissisme et les fragilit\u00e9s de notre \u00e9poque\u2009: le besoin de voir sa propre individualit\u00e9 flatt\u00e9e, la peur profonde d\u2019une analyse critique des limites de nos existences. En effet, les insatisfactions dans les vies de ces trois personnages qui \u00e9mergent au cours du r\u00e9cit demeurent temporaires et un <em>happy ending<\/em> providentiel et peu cr\u00e9dible permet d\u2019\u00e9vacuer les drames potentiels de l\u2019intrigue. Une fois cela fait, le film a accompli sa t\u00e2che et peut se conclure.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien dommage, car il faut certainement reconna\u00eetre \u00e0 <em>Les Olympiades<\/em> une technique cin\u00e9matographique bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle du film fran\u00e7ais moyen d\u2019aujourd\u2019hui. Audiard arrive \u00e0 imprimer \u00e0 de nombreuses s\u00e9quences un dynamisme et une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 enviables, avec des mouvements de cam\u00e9ra rapides et un montage particuli\u00e8rement fluide qui alterne habilement des moments naturalistes avec d\u2019autres aux saveurs plus oniriques (mais qui ne s\u2019\u00e9loignent pas, malheureusement, de la logique flatteuse du film envers \u00e0 la fois ses personnages et le public qui est cens\u00e9 s\u2019y identifier). Parmi les interpr\u00e8tes, la meilleure est Lucie Zhang, incarnant une Emilie tr\u00e8s fra\u00eeche et spontan\u00e9e, face \u00e0 Makita Samba (Camille) et No\u00e9mie Merlant (Nora), plus conventionnels, dans leurs r\u00f4les respectifs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pietro Guarato<\/strong> (01\/12\/2021)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em><strong>Les Olympiades<\/strong><\/em><br>R\u00e9alisation : Jacques Audiard<br>Sc\u00e9nario : Jacques Audiard, C\u00e9line Sciamma et L\u00e9a Mysius, d&rsquo;apr\u00e8s la bande dessin\u00e9e <em>Les Intrus<\/em> d&rsquo;Adrian Tomine<br>Interpr\u00e9tation&nbsp;: Lucie Zhang, Makita Samba, No\u00e9mie Merlant, Jehnny Beth<br>Photographie : Paul Guilhaume<br>Montage : Juliette Welfling<br>Musique : Rone<br>Soci\u00e9t\u00e9 de production : Page 114<br>Pays de production : France<br><em>Sortie le 3 novembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique du dernier film de Jacques Audiard, sur un sc\u00e9nario de C\u00e9line Sciamma et L\u00e9a Mysius, avec Lucie Zhang, Makita Samba et No\u00e9mie Merlant.<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":942,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[11,9,24,33,80,13],"class_list":{"0":"post-939","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-cine-club","10":"tag-cinema","11":"tag-cinema-2","12":"tag-critique","13":"tag-culture","14":"tag-film"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/939","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=939"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/939\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/942"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=939"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=939"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=939"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}