{"id":890,"date":"2021-11-26T21:48:22","date_gmt":"2021-11-26T20:48:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=890"},"modified":"2023-03-28T01:14:08","modified_gmt":"2023-03-27T23:14:08","slug":"cry-macho-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2021\/11\/cry-macho-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Cry Macho\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1279\" height=\"720\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/11\/Cry-Macho-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-892\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/11\/Cry-Macho-edited.jpg 1279w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/11\/Cry-Macho-edited-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/11\/Cry-Macho-edited-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/11\/Cry-Macho-edited-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1279px) 100vw, 1279px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Texas, 1979. Mike Milo est \u00e9leveur de chevaux. Son ancien ami et patron, Howard Polk, lui demande d\u2019aller chercher son fils Rafael au Mexique, qui y vit avec sa m\u00e8re tyrannique. Mike accepte de l\u2019aider et va tenter de ramener Rafael et son coq de compagnie, Macho, aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>La simplicit\u00e9 de la trame sc\u00e9naristique de <em>Cry Macho<\/em> rappelle instantan\u00e9ment la filmographie de Clint Eastwood. \u00c0 91 ans, celui-ci n\u2019aura cess\u00e9 de conter des histoires simples, mais profond\u00e9ment complexes sur le plan humain : si le trajet que doivent parcourir les personnages de <em>Cry Macho<\/em> se r\u00e9v\u00e8le assez classique, il se cache derri\u00e8re (la plupart de) ces \u00eatres fictionnels une int\u00e9riorit\u00e9 assez insoup\u00e7onnable au premier abord. Cette profondeur psychologique est renforc\u00e9e par le fait que Clint Eastwood parvient \u2013 chose particuli\u00e8rement rare dans le cin\u00e9ma contemporain \u2013 \u00e0 ne jamais en dire trop, \u00e0 laisser une cons\u00e9quente part d\u2019interpr\u00e9tation au spectateur. L\u2019absence de voix off et de flashback favorisent tous deux cette agr\u00e9able sobri\u00e9t\u00e9 narrative et esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9criture de la plupart des personnages et des qualit\u00e9s ind\u00e9niables de la r\u00e9alisation (<em>Cry Macho<\/em> illustre comment \u00ab&nbsp;aust\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;beaut\u00e9&nbsp;\u00bb ne sont pas forc\u00e9ment antith\u00e9tiques au cin\u00e9ma), les valeurs humaines que v\u00e9hiculent le dernier long-m\u00e9trage de Clint Eastwood sont des plus bienvenues, surtout lorsque l\u2019on observe des productions r\u00e9centes comme <em><a href=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2019\/10\/rambo-last-blood-critique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Rambo V&nbsp;: Last Blood<\/a><\/em> qui, \u00e0 partir d\u2019un sc\u00e9nario extr\u00eamement proche de celui de <em>Cry Macho<\/em>, d\u00e9livre une vision notablement x\u00e9nophobe des Mexicains. Clint Eastwood ne cache pas la fa\u00e7on dont le gouvernement de ce pays peut \u00eatre corrompu (ni la mani\u00e8re dont l\u2019argent est \u00e0 la base des disfonctionnements dans les rapports humains), mais il montre parall\u00e8lement \u00e0 quel point la population mexicaine \u2013 et m\u00eame certains repr\u00e9sentants de l\u2019ordre \u2013 ne s\u2019y soumet pas et\/ou tente de vivre ind\u00e9pendamment de ces probl\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cry Macho<\/em> appara\u00eet donc, globalement, comme un bon film. C\u2019est essentiellement dans une perspective auteuriste que na\u00eet le r\u00e9el probl\u00e8me de ce long-m\u00e9trage&nbsp;: concr\u00e8tement, qu\u2019apporte <em>Cry Macho<\/em> \u00e0 la filmographie exceptionnelle de Clint Eastwood&nbsp;? En toute honn\u00eatet\u00e9, et aussi douloureusement que cela soit de l\u2019admettre, \u00e0 peu pr\u00e8s rien, si ce n\u2019est rien du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Si c\u2019est au moins \u00e0 partir de <em>Sur la route de Madison<\/em>, chef d\u2019\u0153uvre absolu du film romantique, que Clint Eastwood a voulu montrer \u00e0 son public une facette de lui bien plus sensible qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, loin du m\u00e2le alpha qu\u2019il incarnait en tant que policier (<em>L\u2019inspecteur Harry<\/em>) ou cow-boy (la Trilogie du dollar), cette tendance atteint assur\u00e9ment un \u00e9tat paroxysmique dans <em>Million Dollar Baby<\/em>, puis dans <em>Gran Torino<\/em>. La fin de cet incroyable film illustre, \u00e0 elle seule, comment la logique d\u2019auteur de Clint Eastwood a atteint son terminus. Conclure avec <em>Gran Torino<\/em> aurait sans doute \u00e9t\u00e9 la plus belle fin imaginable pour la filmographie du r\u00e9alisateur et acteur californien, tant les th\u00e9matiques de la violence, de la vieillesse, de la mort et de la passation sont omnipr\u00e9sentes et sont vectrices de puissantes \u00e9motions pour le spectateur. <em>Gran Torino<\/em> aurait d\u00fb \u00eatre son film-testament.<\/p>\n\n\n\n<p>On est alors en droit de se demander si les films post\u00e9rieurs \u00e0 ce dernier, qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 jou\u00e9s et\/ou seulement r\u00e9alis\u00e9s par Clint Eastwood, ont ajout\u00e9 quelque chose \u00e0 son \u0153uvre&nbsp;? Peut-\u00eatre que c\u2019est le cas de deux d\u2019entre eux. On pense ici \u00e0 <em>American Sniper<\/em>, le <em>biopic<\/em> du tireur d\u2019\u00e9lite Chris Kyle, qui construit un discours passionnant sur la Guerre d\u2019Irak, notamment en raison de son ambivalence&nbsp;; ainsi qu\u2019\u00e0 <em>La mule<\/em>, dans laquelle Clint Eastwood se remet en sc\u00e8ne, dans une logique d\u2019exacerbation du corps vieillissant encore plus radicale que dans <em>Gran Torino<\/em>, mais dont l\u2019impact \u00e9motionnel est malheureusement moindre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cry Macho<\/em>, pour sa part, n\u2019apporte rien. Le corps vieillissant de la star est bel et bien pr\u00e9sent, mais, loin d\u2019\u00eatre th\u00e9matis\u00e9, sa pr\u00e9sence am\u00e8ne le film \u00e0 produire un discours compl\u00e8tement contradictoire&nbsp;: le personnage que campe Clint Eastwood se bat, s\u2019engage dans des courses-poursuites et demeure un objet de d\u00e9sir aupr\u00e8s de la gent f\u00e9minine, comme si son interpr\u00e8te refusait d\u2019admettre l\u2019inexorable poids du temps. De plus, si le r\u00e9alisateur faisait preuve d\u2019une certaine autod\u00e9rision dans ses derni\u00e8res productions, cette tendance a totalement disparu dans <em>Cry Macho<\/em>&nbsp;: Clint Eastwood y est certes dr\u00f4le, m\u00eame plut\u00f4t touchant, mais il ne s\u2019amuse plus de la figure qu\u2019il incarne. Il semble chercher d\u2019une part \u00e0 redonner un ultime souffle \u00e0 sa l\u00e9gende, d\u2019autre part \u00e0 r\u00e9affirmer sa masculinit\u00e9 (dans une logique toutefois \u2013 heureusement \u2013 plus sensible que viriliste).<\/p>\n\n\n\n<p>Peu d\u2019\u00e9motions se d\u00e9gagent, en outre, du dernier film de Clint Eastwood. Si <em>Cry Macho<\/em> dessine le portrait de personnages tr\u00e8s humains en eux-m\u00eames et dans leurs interactions (\u00e0 l\u2019exception notable de la m\u00e8re de Rafael et de son sous-fifre, dont l\u2019\u00e9criture et le jeu d\u2019acteur virent au ridicule), il lui arrive de tomber dans des facilit\u00e9s situationnelles assez inimaginables, en t\u00e9moignent le pseudo climax du film (d\u2019une gratuit\u00e9 inqualifiable) et l\u2019alignement de poncifs sur la paternit\u00e9 (symbolique), un th\u00e8me pourtant ultra r\u00e9current et trait\u00e9 assez intelligemment dans le cin\u00e9ma contemporain (et dans d\u2019autres m\u00e9dias audiovisuels comme le jeu vid\u00e9o).<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, <em>Cry Macho<\/em> est un film qui illustre parfaitement un f\u00e2cheux constat&nbsp;: celui que Clint Eastwood n\u2019a plus rien \u00e0 nous dire, de notre monde comme de lui-m\u00eame, si ce n\u2019est pour radoter. C\u2019est un film de vieil homme qui, malgr\u00e9 ses ind\u00e9niables qualit\u00e9s narratives et esth\u00e9tiques, se rapproche plus de l\u2019<em>ego trip<\/em> nostalgique que de la fable sociale universelle (bien que cette dimension ne soit pas inexistante). On esp\u00e8re sinc\u00e8rement que la prochaine r\u00e9alisation de Clint Eastwood rehaussera le niveau&nbsp;; il serait infiniment triste que l\u2019un des plus grands acteurs et metteurs en sc\u00e8ne de l\u2019histoire du cin\u00e9ma tire sa r\u00e9v\u00e9rence avec un film si d\u00e9cevant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8res<\/strong> (26\/11\/2021)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em><strong>Cry Macho<\/strong><\/em><br>R\u00e9alisation : Clint Eastwood <br>Sc\u00e9nario : Nick Schenk &amp; N. Richard Nash, d&rsquo;apr\u00e8s le roman de N. Richard Nash <br>Interpr\u00e9tation : Clint Eastwood, Dwight Yoakam, Fernanda Urrejola<br>Direction artistique : Gregory G. Sandoval <br>D\u00e9cors : Ronald R. Reiss <br>Photographie : Ben Davis <br>Montage : Joel Cox &amp; David Cox <br>Musique : Mark Mancina<br><em>Sortie le 21 octobre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique de la derni\u00e8re r\u00e9alisation de Clint Eastwood. Une histoire simple comme pour ses plus grands succ\u00e8s. Nouveau chef-d\u2019\u0153uvre \u00e0 la cl\u00e9?<\/p>\n","protected":false},"author":1001233,"featured_media":892,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[24,9,33,118,80,119,13],"class_list":{"0":"post-890","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-cinema-2","10":"tag-cinema","11":"tag-critique","12":"tag-cry-macho","13":"tag-culture","14":"tag-eastwood","15":"tag-film"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/890","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001233"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=890"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/890\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/892"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=890"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=890"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=890"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}