{"id":577,"date":"2021-09-22T14:01:09","date_gmt":"2021-09-22T12:01:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=577"},"modified":"2023-03-28T01:21:02","modified_gmt":"2023-03-27T23:21:02","slug":"quo-vadis-aida","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2021\/09\/quo-vadis-aida\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Voix d&rsquo;A\u00efda \/ Quo vadis, Aida ?\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/sIQHwBWIeTEJlZjOzUQylNFVYaR-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-578\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/sIQHwBWIeTEJlZjOzUQylNFVYaR-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/sIQHwBWIeTEJlZjOzUQylNFVYaR-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/sIQHwBWIeTEJlZjOzUQylNFVYaR-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/sIQHwBWIeTEJlZjOzUQylNFVYaR-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/sIQHwBWIeTEJlZjOzUQylNFVYaR.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jasna \u0110uri\u010di\u0107 dans <em>La Voix d&rsquo;A\u00efda <\/em>(Jasmila \u017dbani\u0107, 2021)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il y a 25&nbsp;ans, aux alentours de Srebrenica, 8000&nbsp;hommes bosniaques sont morts en l\u2019espace de six jours, massacr\u00e9s par les soldats de la R\u00e9publique serbe de Bosnie. Trois ans de guerre civile qui culminent en une tuerie innommable, part d\u2019un projet plus large de \u00ab\u2009nettoyage ethnique\u2009\u00bb dirig\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de cette arm\u00e9e, Ratko Mladi\u0107. Les troupes de l\u2019ONU, bien que pr\u00e9sentes sur place, n\u2019ont pas pu emp\u00eacher cette trag\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n<p>Les actes \u00e0 caract\u00e8re g\u00e9nocidaire n\u2019ont \u00e9t\u00e9 que rarement d\u00e9peints dans des films de fiction, probablement en raison de leur dimension tristement et intrins\u00e8quement (in)humaine. C\u2019est clairement le g\u00e9nocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale qui a \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9 \u2013 parfois fid\u00e8lement, parfois non \u2013 le plus fr\u00e9quemment, quasi exclusivement m\u00eame, au point de presque occulter tous les autres, notamment l\u2019extermination des Arm\u00e9niens par les troupes de l\u2019Empire ottoman entre 1915-1916, toujours ni\u00e9 par le gouvernement turc plus de cent ans apr\u00e8s. Quasiment aucune adaptation filmique n\u2019a abord\u00e9 ce massacre, encore moins frontalement\u2026 et avant <em>Quo Vadis, Aida\u2009?<\/em>, on aurait pu porter le m\u00eame constat sur le g\u00e9nocide de la population bosniaque.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une r\u00e9alisatrice originaire de ce pays, Jasmila \u017dbani\u0107, \u00e2g\u00e9e de 20&nbsp;ans au moment des faits, qui a pris le pari de raconter cette histoire. \u00c0 la suite d\u2019un carton introductif relevant en toute honn\u00eatet\u00e9 la dimension semi-fictionnelle de son \u0153uvre (notamment la pr\u00e9sence de plusieurs personnages fictifs), le long-m\u00e9trage de Jasmila \u017dbani\u0107 nous plonge aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019A\u00efda, une femme bosniaque du commun, m\u00e8re et \u00e9pouse, qui a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e par les Nations Unies en tant que traductrice, ce qui lui accorde une position privil\u00e9gi\u00e9e dans ce conflit. Tiraill\u00e9e entre sa famille et son peuple d\u2019une part, son devoir d\u2019autre part, elle va devoir tout tenter pour prot\u00e9ger les gens qu\u2019elle aime au milieu d\u2019une situation profond\u00e9ment chaotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au niveau de la r\u00e9alisation, le film de Jasmila \u017dbani\u0107 n\u2019est pas juste bon\u2009: il est excellent. Loin de la mise en sc\u00e8ne \u00ab\u2009pataude\u2009\u00bb que l\u2019on pourrait attendre de ce type de production, <em>Quo Vadis, Aida\u2009?<\/em> se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une v\u00e9ritable course contre la montre d\u2019une r\u00e9elle intensit\u00e9. Bien que l\u2019issue de l\u2019histoire soit d\u00e9j\u00e0 connue, on ne peut \u00eatre que happ\u00e9 dans le r\u00e9cit du combat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d\u2019A\u00efda, cela gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne exemplaire\u2009: cam\u00e9ra port\u00e9e qui accompagne l\u2019h\u00e9ro\u00efne pendant la quasi-int\u00e9gralit\u00e9 du film, jeu d\u2019acteur tr\u00e8s cr\u00e9dible et d\u2019une puissance \u00e9motionnelle rare, etc. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments formels devenus populaires dans le cin\u00e9ma contemporain, tels que les proc\u00e9d\u00e9s du flashback, de la mise en abyme et du regard cam\u00e9ra, sont r\u00e9employ\u00e9s admirablement par Jasmila \u017dbani\u0107 pour interpeller le spectateur et intensifier la charge sociopolitique du film.<\/p>\n\n\n\n<p>Si <em>Quo Vadis, Aida\u2009?<\/em> est un excellent film, il s\u2019agit aussi d\u2019une \u0153uvre n\u00e9cessaire, infiniment n\u00e9cessaire, dont on peut regretter qu\u2019elle n\u2019ait \u00e9t\u00e9 que nomm\u00e9e \u00e0 l\u2019oscar du meilleur film \u00e9tranger (tout en se r\u00e9confortant en se disant que cette nomination \u00e0 elle seule lui a vraisemblablement offert une excellente visibilit\u00e9 internationale). Le long-m\u00e9trage de Jasmila \u017dbani\u0107 d\u00e9nonce toute la manipulation orchestr\u00e9e pendant cette guerre par le g\u00e9n\u00e9ral Ratko Mladi\u0107 (qui a cherch\u00e9 en pr\u00e9sentiel et en vid\u00e9o \u00e0 se mettre en sc\u00e8ne comme un \u00ab\u2009sauveur\u2009\u00bb), pointe du doigt l\u2019abandon total des troupes de l\u2019ONU pr\u00e9sentes sur place par leurs sup\u00e9rieurs (qui n\u2019ont jamais envoy\u00e9 de renforts comme ils l\u2019avaient promis) et, surtout, attire l\u2019attention sur la mani\u00e8re dont les bourreaux cohabitent impun\u00e9ment avec leurs victimes dans la Srebrenica d\u2019apr\u00e8s-guerre. Sachant en outre que le corps d\u2019un quart des victimes n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, des plaies restent aujourd\u2019hui encore b\u00e9antes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des seuls d\u00e9fauts que l\u2019on puisse trouver \u00e0 <em>Quo Vadis, Aida\u2009? <\/em>(qui constitue sym\u00e9triquement l\u2019une de ses plus grandes forces), c\u2019est la mani\u00e8re dont il \u00e9lude la Guerre de Bosnie-Herz\u00e9govine elle-m\u00eame, lors de laquelle le massacre de Srebrenica a eu lieu. Cette d\u00e9cision sc\u00e9naristique invite le spectateur \u00e0 poser une distinction relativement manich\u00e9enne entre les \u00ab\u2009gentils\u2009\u00bb et les \u00ab\u2009m\u00e9chants\u2009\u00bb. Le contexte de cette guerre \u00e9tant relativement m\u00e9connu, il m\u2019a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de chercher en ligne des informations compl\u00e9mentaires pour saisir la complexit\u00e9 des enjeux sociaux, politiques et religieux de ce conflit. S\u2019il est positif que le film de Jasmila \u017dbani\u0107 m\u2019ait invit\u00e9 \u00e0 me poser ce type de questions, il est d\u00e9cevant qu\u2019il l\u2019ait fait de cette fa\u00e7on, c\u2019est-\u00e0-dire quelque peu involontairement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quo Vadis, Aida\u2009?<\/em> n\u2019en demeure pas moins une \u0153uvre essentielle pour les g\u00e9n\u00e9rations qui ont v\u00e9cu \u00e0 l\u2019heure du massacre de Srebrenica, de l\u2019int\u00e9rieur de la Bosnie-Herz\u00e9govine comme depuis leur t\u00e9l\u00e9viseur, mais \u00e9galement pour celles qui, \u00e0 mon \u00e9gard, sont n\u00e9es par la suite. En tant qu\u2019Europ\u00e9en, il est si difficile de concevoir l\u2019existence d\u2019un g\u00e9nocide si proche historiquement (il y a moins de 30&nbsp;ans), g\u00e9ographiquement (Srebrenica n\u2019est qu\u2019\u00e0 quinze heures de route en voiture de la Suisse), et qui a eu d\u00e9mographiquement un tel impact (l\u2019Europe a connu une tr\u00e8s forte vague d\u2019immigration bosniaque, v\u00e9ritable cons\u00e9quence de cette guerre meurtri\u00e8re) que le long-m\u00e9trage de Jasmila \u017dbani\u0107 rev\u00eat un caract\u00e8re des plus indispensables. Ajoutez \u00e0 cela une r\u00e9elle qualit\u00e9 d\u2019\u00e9criture et \u00e0 de mise en sc\u00e8ne, et vous obtenez un film qui se doit d\u2019\u00eatre vu et de devenir notoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8res<\/strong> (22\/09\/2019)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><em><strong>La Voix d&rsquo;A\u00efda <\/strong><\/em>(titre original : <em>Quo vadis, Aida ?<\/em>)<br>R\u00e9alisation et sc\u00e9nario : Jasmila \u017dbani\u0107 <br>Interpr\u00e8tes : Jasna Djuricic, Izudin Bajrovic, Boris Ler<br>Direction artistique : Sabine Engelberg <br>Photographie : Christine Maier <br>Montage : Jaros\u0142aw Kami\u0144ski <br>Musique : Paul M. van Brugge <br>Pays d&rsquo;origine : Bosnie-Herz\u00e9govine<br>Dur\u00e9e : 100 minutes<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique de \u00ab\u00a0La Voix d&rsquo;Aida\u00a0\u00bb (Quo vadis, Aida?) de Jasmila \u017dbani\u0107 sorti aujourd&rsquo;hui dans les salles romandes.<\/p>\n","protected":false},"author":1001233,"featured_media":578,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[9,33,80,13,81],"class_list":{"0":"post-577","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-cinema","10":"tag-critique","11":"tag-culture","12":"tag-film","13":"tag-quo-vadis-aida"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/577","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001233"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=577"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/577\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/578"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=577"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=577"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=577"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}