{"id":552,"date":"2018-11-01T02:52:00","date_gmt":"2018-11-01T01:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=552"},"modified":"2023-03-28T01:24:13","modified_gmt":"2023-03-27T23:24:13","slug":"kursk-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/11\/kursk-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Kursk\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Kursk-2018-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-553\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Kursk-2018-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Kursk-2018-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Kursk-2018-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Kursk-2018-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Kursk-2018.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il y a des r\u00e9alisateurs qui changent de points de vue, sans jamais perdre leur objectif, Thomas Vinterberg en fait partie. Ce r\u00e9alisateur danois, qui fonda avec Lars Von Trier Dogme95, liste de prescriptions visant \u00e0 rendre plus \u00ab&nbsp;brut&nbsp;\u00bb l\u2019exp\u00e9rience cin\u00e9matographique, n\u2019a eu de cesse d\u2019explorer les diverses formes de la communaut\u00e9 humaine&nbsp;:&nbsp; la famille avec <em>Festen <\/em>ou <em>Submarino, <\/em>la collectivit\u00e9 avec <em>La Commune <\/em>ou <em>La Chasse<\/em>, les groupements alternatifs avec <em>Les Idiots<\/em>. La danse des liens sociaux qui se font et se d\u00e9font anime toute son \u0153uvre. Et \u00e0 fleur de ce tissu de relations, l\u2019\u00e9tranget\u00e9, la fragilit\u00e9 de l\u2019harmonie, l\u2019insaisissable malice des hommes\u2026 Il semble explorer, comme depuis un traumatisme, les f\u00ealures de l\u2019unit\u00e9 humaine avec une esth\u00e9tique qui agit comme un sismographe enregistrant la moindre de ses frictions.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois, son dernier film <em>Kursk <\/em>nous plonge dans le noyau d\u2019une \u00e9quipe de marins qui seront les victimes du premier accident militaire du si\u00e8cle&nbsp;: le naufrage du sous-marin nucl\u00e9aire russe K-141 Koursk qui ne laissera aucun survivant. On suit la trajectoire du capitaine Mikhail Kalekov, camp\u00e9 par Mathias Schoenaerts, qui arrive \u00e0 entretenir laconisme et droiture, sans lourdeur&nbsp;; trajectoire s\u00e9quenc\u00e9e notamment avec celle de sa femme Tania \u2013 interpr\u00e9t\u00e9e par L\u00e9a Seydoux, m\u00eame si elle manque parfois de foi dans ce qu\u2019elle \u00e9prouve et vit \u2013&nbsp; avec qui il a eu un petit gar\u00e7on et qui attend le suivant. Le film s\u2019ouvre sur les noces festives et en liesse d\u2019un coll\u00e8gue marin, moment de communion, s\u2019il en est, saisi avec truculence par la cam\u00e9ra curieuse de Anthony Dod Mantle. Apr\u00e8s une nuit tendre aux c\u00f4t\u00e9s de son \u00e9pouse, Mikhail Kalekov part pour une mission d\u2019entrainement dans la mer de Barents, avec un \u00e9quipage soud\u00e9. Mais les choses s\u2019enveniment quand la temp\u00e9rature d\u2019une des torpilles se met \u00e0 monter inopin\u00e9ment. Celle-ci finira par exploser apr\u00e8s un refus de la larguer, de la part du poste de commandement. Le sous-marin pique, heurtant violemment le fond de la mer. Le temps s\u2019acc\u00e9l\u00e8re&nbsp;: d\u00e9flagrations, cris gutturaux, courses haletantes. Les marins impuissants, une seconde bombe explose. Puis l\u2019attente, l\u2019attente des ordres, l\u2019attente des d\u00e9cisions politiques, l\u2019attente des secours, l\u2019attente de la mort\u2026 Dans ce temps mort, se recr\u00e9ent les habitudes et les fraternit\u00e9s, o\u00f9 l\u2019on oscille entre rire et usure, s\u00e9par\u00e9 du monde des vivants par une eau froide et angoissante. \u00c0 la surface, Tania et les familles des marins ont vent de l\u2019incident et cherchent \u00e0 trouver des informations aupr\u00e8s d\u2019une administration insens\u00e9e et kafka\u00efenne. Le temps compte mais l\u2019appareil \u00e9tatique s\u2019engr\u00e8ne&nbsp;; les infrastructures militaires russes sont v\u00e9tustes et leur commandement \u00e9choue \u00e0 chaque tentative de sauvetage. Dernier espoir, le recours \u00e0 l\u2019aide am\u00e9ricaine. Mais l\u2019ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re ne convient pas aux hauts dirigeants qui laissent le temps s\u2019\u00e9couler et la mort s\u2019approcher.<\/p>\n\n\n\n<p>Thomas Vinterberg emprunte une tangente plus politique et tente de filmer un fait social total, souhaitant traverser par le m\u00e9dium des \u00e9motions, l\u2019enti\u00e8re hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00e9difice social. A une \u00e9chelle macroscopique, il filme les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019information entre puissances, les tergiversations diplomatiques et les cascades des missives administratives&nbsp;; \u00e0 une \u00e9chelle microscopique, ou devrait-on dire intime, l\u2019incompr\u00e9hension vertigineuses des familles gard\u00e9es dans le secret par souci de confidentialit\u00e9 et la peur des marins, sporadiquement apais\u00e9e par leurs derni\u00e8res polissonneries \u2013 avec une sc\u00e8ne vibrante o\u00f9 l\u2019un d\u2019eux se met \u00e0 raconter la fable d\u2019un ours polaire, se plaignant d\u2019avoir froid \u2013 ou la r\u00e9miniscence de leur foyer, qui les maintiennent en vie.<\/p>\n\n\n\n<p>La force du film est d\u2019\u00eatre galvanis\u00e9 par cette tension entre la personnalit\u00e9 des rapports humains, o\u00f9 est essentielle la loyaut\u00e9 et la confiance en chacun, et l\u2019impersonnalit\u00e9 d\u2019une administration gouvern\u00e9e par des principes froids et une formalit\u00e9 mortif\u00e8re. La capacit\u00e9 \u00e0 valoriser la vie humaine semble d\u00e9cro\u00eetre\u00e0 mesure que l\u2019on monte les \u00e9chelons hi\u00e9rarchiques. L\u2019urgence et la promptitude de la catastrophe n\u2019a d\u2019\u00e9gal que la lenteur diplomatique, et au bout de cette dialectique, une \u00e9vidence&nbsp;: la mort. Les dirigeants prennent la figure de monstres qui luttent pour l\u2019honneur d\u2019un mot, en l\u2019occurrence, celui de \u00ab&nbsp;nation&nbsp;\u00bb, tandis qu\u2019ils nient l\u2019agonie bien r\u00e9elle des soldats. On pense \u00e0 Camus disant \u00ab&nbsp;[qu\u2019]\u00e0 la justice, il pr\u00e9f\u00e9rerait toujours sa m\u00e8re&nbsp;\u00bb. Ce d\u00e9calage entre l\u2019angoisse concr\u00e8te des victimes et la formalit\u00e9 cruelle des dirigeants est cristallis\u00e9e dans une sc\u00e8ne, d\u2019ailleurs cadr\u00e9e avec justesse, dans laquelle une s\u00e9ance d\u2019information d\u00e9rape lorsque Tania \u2013 qui, rappelons-le, est enceinte \u2013 et la femme d\u2019un autre marin interrompent le dithyrambe d\u00e9plac\u00e9 du colonel sur le corps militaire de son pays. Avec une ma\u00eetrise du rythme et de la succession des plans, le r\u00e9alisateur danois cerne magistralement l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me vaniteux mais innocente ceux qui le constitue, faisant \u00e9tinceler l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des marins et la dignit\u00e9 de leur femme. De plus, la bande originale ne c\u00e8de jamais \u00e0 la m\u00e9lancolie, mais apporte soutien \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du film. Enfin, son traitement de l\u2019action nous \u00e9tonne par sa plausibilit\u00e9 et l\u2019eau se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment qui lui permet de capter le temps \u2013 notamment un long plan-s\u00e9quence sous l\u2019eau particuli\u00e8rement asphyxiant \u2013, un temps qui est comme le nerf de cette \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Romain Borcard<\/strong> (01\/11\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a des r\u00e9alisateurs qui changent de points de vue, sans jamais perdre leur objectif, Thomas Vinterberg en fait partie. 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