{"id":543,"date":"2018-04-04T02:43:00","date_gmt":"2018-04-04T00:43:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=543"},"modified":"2023-03-28T01:25:48","modified_gmt":"2023-03-27T23:25:48","slug":"lile-aux-chiens-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/04\/lile-aux-chiens-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L&rsquo;\u00cele aux chiens\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/LIle-aux-chiens-2018-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-544\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/LIle-aux-chiens-2018-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/LIle-aux-chiens-2018-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/LIle-aux-chiens-2018-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/LIle-aux-chiens-2018-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/LIle-aux-chiens-2018.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 l\u2019artisanat du cin\u00e9ma de Wes Anderson dont le style grandiloquent n\u2019est pas un formalisme creux mais une mani\u00e8re de sonder la com\u00e9die humaine dans son moindre d\u00e9tail. Dans son dernier film intitul\u00e9 \u00ab Isle of Dogs \u00bb, le r\u00e9alisateur texan renoue avec une esth\u00e9tique qui lui \u00e9tait famili\u00e8re depuis Fantastic Mr Fox, celle de l\u2019animation en volume ou, populairement dit, du \u00ab stop motion \u00bb. Cette technique qui consiste \u00e0 faire d\u2019un film un th\u00e9\u00e2tre de figurines en p\u00e2te \u00e0 modeler ne sert pas exclusivement le d\u00e9ploiement de l\u2019imaginaire baroque du r\u00e9alisateur mais une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te \u2013 m\u00eame si all\u00e9g\u00e9e par les dorures stylistiques dont il conna\u00eet le secret : l\u2019exclusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un japon futuriste et dystopique, o\u00f9 la haine et la propagande convergent vers un totalitarisme v\u00e9h\u00e9ment, une grippe canine se propage semant un vent de panique dans la population qui place tout son espoir de retour \u00e0 la normal dans leur dictateur, Kobayashi. Celui-ci, voyant l\u00e0 une occasion d\u2019affirmer sa puissance, entreprend la d\u00e9portation des chiens sur une \u00eele infest\u00e9e et couverte de d\u00e9chets. Il \u0153uvre encore \u00e0 la confusion et \u00e0 l\u2019endoctrinement de sa population afin d\u2019\u00e9carter les avis contraires et la possibilit\u00e9 de soigner les chiens par une voie m\u00e9dicale prometteuse. On l\u2019aura compris : voil\u00e0 le tableau d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fractur\u00e9e qui cherche dans l\u2019ostracisme une am\u00e9lioration de sa condition. Cependant, les quelque personnes qui ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie cynophobe et \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation se lancent dans une mission h\u00e9ro\u00efque gr\u00e2ce \u00e0 laquelle Atari Kobayashi, jeune homme courageux en r\u00e9volte contre son oncle, esp\u00e8re retrouver son chien, parmi les premiers d\u00e9port\u00e9s. Arriv\u00e9 sur l\u2019\u00eele au chien, c\u2019est une v\u00e9ritable soci\u00e9t\u00e9 canine qu\u2019il d\u00e9couvre, avec ses classes, sa mythologie et sa cartographie fantasmagorique. Un groupe de canins aux caract\u00e8res distincts le prend sous son aile et l\u2019aide dans cette qu\u00eate personnelle qui d\u00e9bouchera sur l\u2019\u00e9viction du tyran.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fable moderne (on peut, \u00e0 l\u2019occasion, remarquer l\u2019homophonie presque parfaite avec un autre fabuleux fabuliste danois qu\u2019est Hans Christian Andersen car le roi, ici aussi, est nu), m\u00eale les genres, nous fait danser sur quatre pattes et conjugue le grotesque au s\u00e9rieux, l\u2019absurde au sens, la tristesse \u00e0 l\u2019audace. Le film est structur\u00e9 en chapitres, comme marquant les \u00e9pisodes d\u2019une \u00e9pop\u00e9e certes na\u00efve mais enchanteresse. Une \u00e9pop\u00e9e port\u00e9e par un message sous-jacent qui pourrait bien \u00eatre la topique citation d\u2019Edmund Burke : \u00ab Pour triompher, le mal n\u2019a besoin que de l\u2019inaction des gens de bien \u00bb. Mais, ici, les gens, les humains ont \u00e9t\u00e9 robotis\u00e9s et c\u2019est dans la marge de la soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire sur une \u00eele pestif\u00e9r\u00e9e, habit\u00e9e paradoxalement par le meilleur ami de l\u2019homme que nait la source de la r\u00e9sistance. Apr\u00e8s tout, si les cyniques grecs doivent leur nom \u00e0 cet animal farouche et entier, alors une \u00eele o\u00f9 vivent des chiens, peut facilement se transformer en un lieu de souverainet\u00e9 et d\u2019insularit\u00e9, la condition de la libert\u00e9. C\u2019est peut-\u00eatre dans cet \u00e9cart entre la gravit\u00e9 de son message et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de sa forme que ce film d\u2019animation nous surprend et nous ravit le plus. Il semblerait, en tout cas, qu\u2019il y ait plus dangereux et r\u00e9volt\u00e9 qu\u2019un homme priv\u00e9 de libert\u00e9 : un chien priv\u00e9 de libert\u00e9, un chien qui n\u2019a justement plus de chien. Il s\u2019agit d\u2019un trait singulier du dernier film de Wes Anderson : avoir r\u00e9ussi \u00e0 creuser la psychologie de ces animaux politiques et dou\u00e9s de parole que sont\u2026 les chiens. C\u2019est pour nous un plaisir d\u2019explorer un n\u00e9gatif de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, \u00e0 travers des \u00e9pisodes secondaires, des histoires annexes, qui donnent \u00e0 ce monde en carton-p\u00e2te un \u00e9trange go\u00fbt de r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors m\u00eame si Wes Anderson se montre peu intempestif quant au th\u00e8me trait\u00e9 \u2013 la d\u00e9fense des laiss\u00e9s-pour-compte \u00e9tant le propre du film hollywoodien-, il sauve son originalit\u00e9 en faisant du simulacre une arme de d\u00e9nonciation contre la cruaut\u00e9 du monde r\u00e9el. Et pour ce faire, il emprunte \u00e0 l\u2019une des formes les plus anciennes et les plus rudimentaires du cin\u00e9ma, le film d\u2019animation. Comme si les canons habituels n\u2019avaient pas d\u2019emprise sur la b\u00eatise et qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire pour la vaincre d\u2019user d\u2019un ton d\u00e9cal\u00e9, d\u2019une ironie et d\u2019un humour cinglants. En des termes concis, Wes Anderson fabrique de bric et de broc un film \u00e0 l\u2019allure enfantine, qui s\u2019adresse aux consciences des adultes<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Romain Borcard<\/strong> (04\/04\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 l\u2019artisanat du cin\u00e9ma de Wes Anderson dont le style grandiloquent n\u2019est pas un formalisme creux mais une mani\u00e8re de sonder la com\u00e9die humaine dans son moindre d\u00e9tail. Dans &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":544,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[],"class_list":{"0":"post-543","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/543","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=543"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/543\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/544"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}