{"id":540,"date":"2018-03-18T02:41:00","date_gmt":"2018-03-18T01:41:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=540"},"modified":"2023-03-28T01:27:17","modified_gmt":"2023-03-27T23:27:17","slug":"the-disaster-artist-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/03\/the-disaster-artist-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0The Disaster Artist\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/The-Disaster-Artist-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-541\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/The-Disaster-Artist-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/The-Disaster-Artist-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/The-Disaster-Artist-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/The-Disaster-Artist-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/The-Disaster-Artist.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>En allant \u00e0 la projection presse de <em>The Disaster Artist<\/em>, un questionnement particulier obstruait mes pens\u00e9es&nbsp;: Comment se fait-il qu\u2019un film parlant de la production de ce que beaucoup de gens ont qualifi\u00e9 hyperboliquement de \u00ab&nbsp;pire film de l\u2019histoire du cin\u00e9ma&nbsp;\u00bb, <em>The Room<\/em>, arrive-t-il \u00e0 susciter autant d\u2019attentes&nbsp;? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question j\u2019ai donc d\u00fb me pencher sur un petit historique de ce film \u00ab&nbsp;mythique&nbsp;\u00bb malgr\u00e9-lui, dont le visionnage, il y a de cela quelques ann\u00e9es, m\u2019avait laiss\u00e9 dans un \u00e9tat \u00e9motionnel partag\u00e9 entre d\u00e9pression et hilarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ceux qui ignoreraient ce qu\u2019est <em>The Room<\/em>, voil\u00e0 un rapide r\u00e9sum\u00e9, non pas de son sc\u00e9nario car il est si incoh\u00e9rent que cela vous serait bien inutile, mais bien de son contexte de production&nbsp;: Si ce film est autant connu c\u2019est car c\u2019est probablement un des pires films hollywoodiens du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Avant de le regarder, je n\u2019avais jamais pens\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019autant \u00e9chouer dans la conceptualisation et la r\u00e9alisation de tous les aspects d\u2019un film. Les acteurs sont plus que mauvais, le sc\u00e9nario ne fait aucun sens, le cadrage est aux fraises, la mise en sc\u00e8ne est pire que celle d\u2019une sitcom des ann\u00e9es 1980, le montage confond le mat\u00e9riel existant plut\u00f4t que de lui donner un sens, etc. Au final, m\u00eame si l\u2019intention de <em>The Room<\/em> \u00e9tait de raconter une histoire de trahison amoureuse \u00e0 son degr\u00e9 de kitsch maximal, comme seuls les films du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 en ont le secret, ce film se transforme in\u00e9vitablement en v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;nanar&nbsp;\u00bb, qui, si l\u2019on parvient \u00e0 passer les 45 premi\u00e8res minutes de torture cin\u00e9matographique, en devient terriblement d\u00e9sopilant.&nbsp; Cependant ce qui a fait passer du statut de nanar infini \u00e0 celui de l\u00e9gende de la pop-culture c\u2019est son cr\u00e9ateur\/r\u00e9alisateur\/producteur\/sc\u00e9nariste\/acteur principal&nbsp;: Tommy Wiseau. En effet, cet homme dont apparemment personne ne connait ni l\u2019\u00e2ge, ni le vrai nom, ni l\u2019origine, ni la provenance de la quantit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale d\u2019argent (six millions de dollars&nbsp;!) qu\u2019il a investi dans ce film, reste un myst\u00e8re absolu pour le grand public. C\u2019est donc la proposition de lever ce voile de myst\u00e8re sur ce personnage mythique qui a cr\u00e9\u00e9 un tel d\u00e9ploiement de <em>hype<\/em> pour <em>The Disaster Artist<\/em> dans les c\u0153urs de nombreux fans \u00e0 travers le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me question qui peut surgir dans l\u2019esprit d\u2019un observateur attentif est de nature un peu plus m\u00e9ta-discursive. En effet, il est int\u00e9ressant de constater qu\u2019un tel projet na\u00eet dans les mains de James Franco, un des acteurs les plus rentables de sa g\u00e9n\u00e9ration, qui d\u00e9cide d\u2019adapter au cin\u00e9ma le livre \u00e9ponyme de Greg Sestero, l\u2019acteur jouant le r\u00f4le de Mark dans <em>The Room<\/em> et proche ami de Tommy Wiseau. Cela cr\u00e9e donc en moi une crainte in\u00e9vitable&nbsp;: Est-ce que James Franco, la star hollywoodienne, jouant aussi le r\u00f4le principal de son propre film, celui d\u2019une \u00ab&nbsp;anti-star&nbsp;\u00bb, va-t-il r\u00e9ussir \u00e0 donner une version non caricaturale et non-st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e d\u2019un tel personnage&nbsp;? Va-t-on r\u00e9ussir \u00e0 ne pas simplement se moquer et discriminer un homme en marge du syst\u00e8me hollywoodien, \u00ab&nbsp;star malgr\u00e9 lui&nbsp;\u00bb, d\u00e9fiant tout discours conventionnel sur la qualit\u00e9 cin\u00e9matographique ? C\u2019est ce que nous allons voir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>The Disaster Artist<\/em> ne raconte pas uniquement l\u2019histoire du tournage de <em>The Room<\/em> mais bien celle de la vie de Greg Sestero et de Tommy Wiseau depuis moment de leur rencontre dans un cours d\u2019improvisation th\u00e9\u00e2trale jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019avant-premi\u00e8re de <em>The Room<\/em>. La premi\u00e8re sc\u00e8ne du film nous met directement dans l\u2019ambiance car elle nous montre un jeune Greg Sestero (Dave Franco), qui manque de confiance en soi, en admiration devant l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une sc\u00e8ne de <em>The Tempest<\/em> par Tommy Wiseau (probablement une des pires de l\u2019histoire), non pas pour son talent d\u2019acteur mais pour la nonchalance et la confiance avec laquelle il entreprend tout ce qu\u2019il fait. Le film est rempli de moments similaires qui contribuent grandement \u00e0 teinter toutes les situations d\u2019un absurde absolu, autrement dit, des situations propices \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un film comme <em>The Room<\/em>. Sestero constate rapidement que Tommy est un personnage tr\u00e8s \u00e9trange&nbsp;: ce qu\u2019il dit de lui-m\u00eame au sujet de son \u00e2ge et de ses origines ne fait aucun sens et il est \u00e9trangement riche pour quelqu\u2019un dont la d\u00e9gaine fait plus penser \u00e0 un junkie qui ne serait jamais redescendu de son trip. Dans tous les cas, apr\u00e8s de nombreux essais infructueux d\u2019obtenir du travail dans le domaine du cin\u00e9ma, Tommy d\u00e9cide de faire son propre film&nbsp;: <em>The Room<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusque-l\u00e0, le film propose quelque chose qui, si ce n\u2019\u00e9tait pour l\u2019absurdit\u00e9 de toutes ses sc\u00e8nes, reste tr\u00e8s conventionnel et s\u2019apparente \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me qu\u00eate du r\u00eave am\u00e9ricain. Cependant, c\u2019est bien ce point pr\u00e9cis que le film va exploiter par la suite&nbsp;: Le d\u00e9sir utopique de Tommy de devenir une grande star de cin\u00e9ma malgr\u00e9 ses chances quasi-inexistantes. Sestero r\u00e9ussissant \u00e0 d\u00e9velopper un d\u00e9but de carri\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de <em>The Room<\/em>, ainsi qu\u2019une vie au-del\u00e0 de son amiti\u00e9 avec Tommy (par exemple, une vie de couple), ce dernier devient rapidement jaloux de son succ\u00e8s, ce qui envenime leur relation au fur et \u00e0 mesure du tournage de <em>The Room<\/em>. La premi\u00e8re grande force de <em>The Disaster Artist <\/em>est donc r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9composer \u00e0 la perfection le contexte de la cr\u00e9ation de ce film, c\u2019est-\u00e0-dire le paradoxe relationnel entre un homme avec un profil de star mais sans l\u2019intention d\u2019en devenir une et un homme rejet\u00e9 du syst\u00e8me mais avec l\u2019ardeur de s\u2019y \u00e9riger au sommet. En \u00e9voluant, ce paradigme fait passer le film de la com\u00e9die au drame avec brio en marquant les esprits d\u2019une tristesse certaine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Tommy Wiseau, qui malgr\u00e9 toute sa bonne volont\u00e9 dans la r\u00e9alisation de ce qu\u2019il pense \u00eatre \u00ab&nbsp;un nouveau chef-d\u2019\u0153uvre du drame am\u00e9ricain&nbsp;\u00bb, lutte pour ne pas sombrer dans la d\u00e9prime.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second point marquant du film est la fa\u00e7on dont sont repr\u00e9sent\u00e9es les coulisses du tournage de <em>The Room<\/em>, sur un style quasi-documentaire, qui sont bien plus probl\u00e9matiques que l\u2019on se l\u2019imaginerait. Wiseau se comportant comme un dictateur, maltraitant ses acteurs et son \u00e9quipe technique et leur imposant des conditions de travail inhumaines tout en ayant un sens du d\u00e9tail toujours aussi absurde. La meilleure partie \u00e9tant \u00e9videmment les reconstitutions des diff\u00e9rentes sc\u00e8nes de <em>The Room<\/em>, \u00e0 la similarit\u00e9 bluffante avec les originales, parfois m\u00eame mont\u00e9es en split-screen pour facilement se rendre compte du travail de reconstitution qui a \u00e9t\u00e9 fait. De plus, la vue des coulisses du film fait voir \u00e9norm\u00e9ment de petits d\u00e9tails de tournage dont on n\u2019aurait jamais suspect\u00e9 l\u2019existence, par exemple la raison pour laquelle Tommy a une bouteille dans la main lors de la fameuse sc\u00e8ne sur le toit de son immeuble. En parlant de vraisemblance, s\u2019il ne devait y avoir qu\u2019une seule raison d\u2019aller voir ce film, ce serait l\u2019interpr\u00e9tation de James Franco, probablement digne d\u2019une nomination aux Oscars (si l\u2019acteur n\u2019\u00e9tait pas emp\u00eatr\u00e9 dans des scandales de harc\u00e8lement) et m\u00e9ritant amplement son Golden Globe. Il parvient \u00e0 \u00eatre une copie conforme de Tommy Wiseau, ce qui pour un personnage \u00e0 la diction et l\u2019attitude aussi atypique est une v\u00e9ritable prouesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, qu\u2019en est-il de ce fameux aspect m\u00e9ta-discursif sur l\u2019auto-parodie dont aurait pu \u00eatre victime le film&nbsp;? Est-ce si st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 que je le craignais&nbsp;? Eh bien\u2026 non. Cependant, il y a un au contraire un autre probl\u00e8me&nbsp;: bien que sur le plan narratif le film arrive bien \u00e0 jongler entre com\u00e9die et drame sans se parodier, il alterne entre deux aspects d\u2019Hollywood assez oppos\u00e9s&nbsp;: Le milieu du show-business et toutes ses icones \u00e0 la r\u00e9ussite incontestable et celui du film underground dont les cr\u00e9ateurs et le public sont somme-toute assez intimistes. Bien qu\u2019\u00e0 la base l\u2019intention de Wiseau ait \u00e9t\u00e9 de passer du deuxi\u00e8me au premier, il n\u2019avait jamais atteint compl\u00e9tement son but car le film n\u2019\u00e9tait connu jusque-l\u00e0 que d\u2019un public d\u2019internautes en dehors des sph\u00e8res du mainstream. Mais ce qu\u2019op\u00e8re <em>The Disaster Artist<\/em> est un processus contraire&nbsp;: une absorption du milieu underground par Hollywood. Peut-\u00eatre est-ce le nombre incroyable de cameos de stars, la s\u00e9quence d\u2019intro o\u00f9 des ic\u00f4nes du mainstream comme J. J. Abrams parlent de <em>The Room<\/em> ou encore l\u2019impression d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 une version d\u00e9form\u00e9e d\u2019un \u00e9ni\u00e8me film sur le r\u00eave am\u00e9ricain, mais ce film laisse un go\u00fbt mi- amer dans ma bouche, de par la fa\u00e7on dont il se r\u00e9approprie un univers et une histoire qui ne lui appartient pas. Cela est malheureusement symptomatique de la tendance contemporaine d\u2019Hollywood \u00e0 vouloir int\u00e9grer toutes les minorit\u00e9s qui ont toujours \u00e9t\u00e9 exclues de son syst\u00e8me, processus qui parfois leur fait injustement perdre leur individualit\u00e9. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce le souhait de Tommy Wiseau que d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9 dans ce milieu qu\u2019il ch\u00e9rit tant mais d\u2019un point de vue externe, lorsque l\u2019on voit la facilit\u00e9 d\u00e9concertante avec laquelle tout Hollywood se met litt\u00e9ralement dans sa peau, toute cette histoire pourtant si particuli\u00e8re en perd ind\u00e9niablement sa saveur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gabriel Ratano<\/strong> (18\/03\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En allant \u00e0 la projection presse de The Disaster Artist, un questionnement particulier obstruait mes pens\u00e9es&nbsp;: Comment se fait-il qu\u2019un film parlant de la production de ce que beaucoup de gens ont &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":541,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[],"class_list":{"0":"post-540","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/540","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=540"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/540\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/541"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=540"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=540"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=540"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}