{"id":534,"date":"2018-02-17T02:33:00","date_gmt":"2018-02-17T01:33:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=534"},"modified":"2023-03-28T01:27:45","modified_gmt":"2023-03-27T23:27:45","slug":"black-panther-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/02\/black-panther-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Black Panther\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Black-Panther-2018-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-535\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Black-Panther-2018-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Black-Panther-2018-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Black-Panther-2018-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Black-Panther-2018-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Black-Panther-2018.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Les chiens ne font pas des chats, mais des panth\u00e8res\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 la projection presse de <em>the Shape of Water<\/em>, voil\u00e0 que j\u2019encha\u00eene sur le dernier Marvel en date&nbsp;: <em>Black Panther<\/em>. Pour tout dire, je ne savais pas vraiment quoi attendre de ce film, si ce n\u2019est que les bandes annonces m\u2019avaient mis l\u2019eau \u00e0 la bouche en proposant quelque chose d\u2019assez particulier, surtout visuellement. En ce qui concerne le personnage lui-m\u00eame, je dois admettre qu\u2019il m\u2019est assez \u00e9tranger. Je n\u2019en n\u2019avais jamais entendu parler avant <em>Captain America&nbsp;: Civil War<\/em> et le film m\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9 un Chadwick Boseman certes charismatique mais somme-toute pas assez d\u00e9velopp\u00e9 pour \u00eatre v\u00e9ritablement int\u00e9ressant. D\u2019autre part, Black Panther est un film qui a le m\u00e9rite de pr\u00e9senter un casting quasi-enti\u00e8rement afro-am\u00e9ricain, ce qui est plut\u00f4t une raret\u00e9 dans la production d\u2019un studio se caract\u00e9risant par son univers peupl\u00e9 quasi uniquement de h\u00e9ros masculins h\u00e9t\u00e9rosexuels blancs. Evidemment ce point n\u2019a pas manqu\u00e9 de d\u00e9cha\u00eener les passions sur les r\u00e9seaux sociaux, soulevant ainsi une mar\u00e9e de tweets quasi-racistes empreints d\u2019une b\u00eatise aberrante et faisant, malgr\u00e9-eux, un maximum de pub au film par la m\u00eame occasion. C\u2019est donc avec de la curiosit\u00e9 m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 de l\u2019inqui\u00e9tude que je suis rest\u00e9 ancr\u00e9 dans mon si\u00e8ge de cin\u00e9ma. Le dernier opus du <em>Marvel Cinematic Universe<\/em> va-t-il r\u00e9ussir \u00e0 nous proposer de l\u2019originalit\u00e9 dans un univers cin\u00e9matographique de plus en plus satur\u00e9 de ses propres codes&nbsp;? Va-t-il r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9velopper son personnage principal de fa\u00e7on satisfaisante ? Et surtout, va-t-il r\u00e9ussir \u00e0 exploiter sa prise de position manifeste sur les conflits ethniques qui ont lieu aux USA \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine sans tomber dans la caricature ? C\u2019est ce que nous allons voir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Passons donc au film lui-m\u00eame&nbsp;: <em>Black Panther <\/em>raconte la suite des aventures de T\u2019Challa, prince d\u2019un pays d\u2019Afrique appel\u00e9 \u00ab&nbsp;Wakanda&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 devenir roi suite \u00e0 l\u2019assassinat de son p\u00e8re, le roi T\u2019Chaka, aux nations unies lors des \u00e9v\u00e8nements de <em>Captain America&nbsp;: Civil War<\/em>. Bien que les pays du monde entier pensent que le Wakanda est un pays du tiers-monde extr\u00eamement pauvre, un joli g\u00e9n\u00e9rique d\u2019introduction anim\u00e9 nous explique qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, le pays est construit sur une m\u00e9t\u00e9orite, tomb\u00e9e il y a des millions d\u2019ann\u00e9es, constitu\u00e9e de Vibranium, un m\u00e9tal quasi indestructible aux propri\u00e9t\u00e9s \u00e9tonnantes. De ce fait, les wakandais ont pris depuis des si\u00e8cles une avance technologique impressionnante par rapport au reste du monde, qui, totalement ignorant de l\u2019\u00e9tat de richesse extr\u00eame du pays a l\u2019air d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e2ge de pierre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux. Pour pr\u00e9server cette pr\u00e9cieuse ressource, les wakandais se cachent du monde, n\u2019exportent rien (ceci ne rappelle bien s\u00fbr aucune politique d\u2019un pays r\u00e9el contemporain) et surtout ont un super-gardien pour les d\u00e9fendre contre tout, Black Panther. Lors de son couronnement, apr\u00e8s un combat rituel contre des membres des 4 tribus locales, chaque roi du Wakanda ing\u00e8re une plante magique qui le fait entrer en contact avec ses anc\u00eatres et lui donne, par la m\u00eame occasion, une force et des r\u00e9flexes surhumains. Ainsi nouvellement couronn\u00e9, T\u2019Challa est inform\u00e9 que Ulysse Klaue, incarn\u00e9 par un toujours aussi tar\u00e9 Andy Serkis (le mercenaire qui avait vol\u00e9 du Vibranium pour le revendre \u00e0 papy Ultron), a \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u en Cor\u00e9e du Sud. Vu que le bonhomme est toujours en cavale depuis des lustres, alors que pourtant les Avengers lui avaient mis la main dessus, autant vous dire que le peuple wakandais met un peu la pression au nouveau roi pour le ramener en prison. C\u2019est ainsi que Black Panther part, avec l\u2019aide de ses trois acolytes f\u00e9minines (sur lesquelles je reviendrai plus bas) pour la Cor\u00e9e du Sud sur fond de tambours tribaux. Par une suite de p\u00e9rip\u00e9ties, T\u2019Challa sera par la suite confront\u00e9 \u00e0 son cousin am\u00e9ricain perdu de vue pendant des ann\u00e9es et form\u00e9 par la CIA avant de monter sa petite organisation terroriste (sorte d\u2019Oussama Ben Laden moderne), Killmonger, qui d\u00e9barquera au Wakanda sur fond de Kendrick Lamar (\u00e9videmment il est am\u00e9ricain&nbsp;!) pour clamer le tr\u00f4ne \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m\u2019a frapp\u00e9 dans ce film, dont l\u2019argument de vente principal \u00e9tait sa \u00ab&nbsp;pseudo grande diff\u00e9rence&nbsp;\u00bb avec les autres Marvel, c\u2019est la fa\u00e7on dont son sc\u00e9nario est au final d\u2019un classicisme absolu. Nous sommes ici dans une histoire conventionnelle de \u00ab&nbsp;fr\u00e8res ennemis&nbsp;\u00bb telle qu\u2019il en existe depuis longtemps (comme la th\u00e9ba\u00efde de Jean Racine et autres pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre) et qui passe par tout le sch\u00e9ma narratif conventionnel des films Marvel (h\u00e9ros au sommet de sa gloire, amoindri au milieu du film et qui r\u00e9affirme sa sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 la fin). Cependant, ce qui permet de donner de l\u2019aplomb \u00e0 cet \u00e9ni\u00e8me produit de consommation pur\u00ab&nbsp;made in Disney&nbsp;\u00bb, ce sont ses personnages et je ne parle pas ni de T\u2019Challa ni de Killmonger, somme-toute assez st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, mais bien des trois personnages f\u00e9minins principaux&nbsp;: Nakia (l\u2019espionne incarn\u00e9e par Lupita Nyong\u2019o), Okoye (la cheffe des gardes royaux incarn\u00e9e par Danai Gurira) et Shuri (la petite g\u00e9nie incarn\u00e9e par Letitia Wright). A part la premi\u00e8re des trois, je n\u2019avais jamais vu les autres \u00e0 l\u2019\u00e9cran et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par la force avec laquelle elles donnent vie \u00e0 leurs personnages, tous bien \u00e9cris et d\u00e9finitivement convaincants.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, pour en finir avec les points formels, on constate un vrai travail sur les costumes, fortement inspir\u00e9s des habits traditionnels africains, tr\u00e8s complexes, color\u00e9s et d\u00e9finitivement raccord avec la culture dans laquelle ils s\u2019inscrivent. On regrettera cependant les effets sp\u00e9ciaux assez in\u00e9gaux, point particuli\u00e8rement \u00e9trange sur une production Marvel, magnifiques par moments (partout o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019animer du Vibranium et durant les sc\u00e8nes de combat) et dignes de <em>La Menace Fant\u00f4me<\/em> lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire bouger des acteurs sur des paysages d\u00e9goulinants d\u2019artificialit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Passons maintenant aux points les plus int\u00e9ressants de ce film et qui \u00e0 mon avis peuvent justifier par eux m\u00eame le visionnage&nbsp;: les messages qu\u2019il v\u00e9hicule. Pour cela, petite remise en contexte&nbsp;: On remarque d\u00e8s les premi\u00e8res sc\u00e8nes du film que le Wakanda est un m\u00e9lange parfait entre modernit\u00e9 technologique extr\u00eame et tradition ancestrale, \u00e0 l\u2019image de l\u2019opposition radicale entre des lieux tels que le laboratoire de Shuri dans les mines de Vibranium et la vall\u00e9e recul\u00e9e des Jabari, la tribu de \u00ab&nbsp;barbares&nbsp;\u00bb des montagnes. Cependant, ces deux extr\u00eames cohabitent parfaitement dans des endroits tels que la capitale, laissant \u00e0 la fois place \u00e0 des \u00e9normes gratte-ciels et \u00e0 des quartiers marchands traditionnels. Cependant cela se fait au prix d\u2019un point essentiel&nbsp;: le Wakanda est un secret absolu pour le monde ext\u00e9rieur. Sa politique d\u2019immigration est extr\u00eamement stricte, quasiment personne n\u2019est autoris\u00e9 \u00e0 y p\u00e9n\u00e9trer, et surtout pas des blancs. De plus, malgr\u00e9 leur sup\u00e9riorit\u00e9 technologique et militaire sur tout le reste de la plan\u00e8te, les Wakandais n\u2019interviennent jamais en dehors de leurs fronti\u00e8res, mis \u00e0 part en cas d\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9. Cependant, lors de l\u2019arriv\u00e9e de Killmonger, qui pr\u00eache ce qu\u2019un historien du XX\u00e8me si\u00e8cle appellerait un \u00ab&nbsp;nationalisme noir \u00e0 tendances violentes&nbsp;\u00bb, le Wakanda est divis\u00e9 entre partisans de ce r\u00e9gime totalitaire et vifs opposants. Cela me m\u00e8ne \u00e0 mon postulat principal&nbsp;: Ce film effectue une transposition des probl\u00e8mes contemporains des USA, concernant des points tels que l\u2019immigration, le racisme, etc, dans un pays africain imaginaire. Il d\u00e9nonce par ce fait \u00e0 la fois les violences des organisation \u00ab&nbsp;nationalistes noires&nbsp;\u00bb (certes oppos\u00e9es \u00e0 un pouvoir oppressant mais trop extr\u00eames dans leur fa\u00e7on de faire), auxquelles le titre du film fait in\u00e9vitablement penser, tout en dressant une critique de la politique d\u2019immigration du gouvernement am\u00e9ricain actuel, le soutien d\u2019id\u00e9es r\u00e9volues, les fondements d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale construite sur des mensonges et le n\u00e9o-colonialisme latent de certaines organisations gouvernementales. On remarque donc que c\u2019est l\u00e0 que se situe la principale qualit\u00e9 de ce film&nbsp;: dans son message d\u2019ouverture \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les peuples et d\u2019acceptation des diff\u00e9rences, malgr\u00e9 des luttes intestines qui tendent \u00e0 diviser.<\/p>\n\n\n\n<p>Sorte de <em>Moonlight<\/em> commercial et d\u00e9finitivement tr\u00e8s peu pourvu d\u2019originalit\u00e9, <em>Black Panther<\/em> saura plaire \u00e0 qui est en qu\u00eate d\u2019un bon divertissement pourvu d\u2019un message contemporain extr\u00eamement positif, mais saura aussi in\u00e9vitablement d\u00e9cevoir les habitu\u00e9s au genre en qu\u00eate de nouveaut\u00e9, pour lesquels <em>Thor&nbsp;: Ragnarok<\/em> \u00e9tait d\u00e9finitivement bien meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gabriel Ratano<\/strong> (17\/02\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les chiens ne font pas des chats, mais des panth\u00e8res\u2026 Suite \u00e0 la projection presse de the Shape of Water, voil\u00e0 que j\u2019encha\u00eene sur le dernier Marvel en date&nbsp;: Black Panther. 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