{"id":531,"date":"2018-02-15T02:31:00","date_gmt":"2018-02-15T01:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=531"},"modified":"2023-03-28T01:27:57","modified_gmt":"2023-03-27T23:27:57","slug":"la-forme-de-leau-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/02\/la-forme-de-leau-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Forme de l&rsquo;eau\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/La-Forme-de-leau-2017-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-532\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/La-Forme-de-leau-2017-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/La-Forme-de-leau-2017-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/La-Forme-de-leau-2017-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/La-Forme-de-leau-2017-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/La-Forme-de-leau-2017.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Une critique contemporaine du cin\u00e9ma classique hollywoodien<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Guillermo Del Toro est un r\u00e9alisateur connu pour proposer des \u0153uvres mettant en sc\u00e8ne des univers surnaturels d\u00e9cal\u00e9s empreint \u00e0 la fois d\u2019innocence enfantine et d\u2019horreur. <em>The Shape of Water<\/em>, film pour lequel nos attentes \u00e9taient tr\u00e8s hautes de par notre appr\u00e9ciation personnelle du cin\u00e9ma de Del Toro mais aussi de par son nombre impressionnant de nominations aux oscars (encore plus que <em>La La Land <\/em>l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e&nbsp;!), ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film raconte l\u2019histoire d\u2019Elisa Esposito (Sally Hawkins), une jeune femme muette, habitant \u00e0 l\u2019\u00e9tage d\u2019un cin\u00e9ma, vivant un quotidien assez monotone en tant que femme de m\u00e9nage dans un laboratoire am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1960 en pleine Guerre Froide, rythm\u00e9 uniquement par les com\u00e9dies musicales des ann\u00e9es 1930 qu\u2019elle regarde \u00e0 longueur de journ\u00e9e. Dans ce climat de tension, Elisa d\u00e9couvrira par hasard que des exp\u00e9riences horribles sont men\u00e9es sur un homme amphibien (Doug Jones) et, tomb\u00e9e amoureuse de celui-ci, tentera de le sauver. Dans cette tentative, Elisa, sa coll\u00e8gue Zelda (Octavia Spencer), et son \u00ab&nbsp;p\u00e8re adoptif&nbsp;\u00bb, Giles (Richard Jenkins), se heurteront au toxique agent de s\u00e9curit\u00e9 Strickland (Michael Shannon) qui fera de tout pour faire \u00e9chouer leur plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ce film, Guillermo Del Toro r\u00e9ussit une prouesse assez \u00e9tonnante&nbsp;: celle de dresser une critique en tous points du cin\u00e9ma classique hollywoodien, de la soci\u00e9t\u00e9 dont il est le reflet, ainsi que de ses prolongements contemporains. Ainsi est op\u00e9r\u00e9e une v\u00e9ritable vivisection cin\u00e9matographique telle que nous en avions rarement vue dans une salle obscure, par le moyen d\u2019une d\u00e9marche post-moderne pouss\u00e9e \u00e0 son paroxysme. Cependant, l\u00e0 o\u00f9 un cin\u00e9ma comme celui de Quentin Tarantino ferait r\u00e9f\u00e9rence au cin\u00e9ma classique en en reprenant les codes (principe d\u2019une logique post-moderne) pour lui faire hommage, Del Toro s\u2019en sert ici plut\u00f4t pour montrer ce que le cin\u00e9ma classique \u00ab&nbsp;aurait pu \u00eatre&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;aurait d\u00fb \u00eatre&nbsp;\u00bb sans le filtre normatif de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 1930-1950.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, il y a dans ce film un renversement de perspectives, autant formel que th\u00e9matique&nbsp;: par exemple, la famille canonique am\u00e9ricaine est pr\u00e9sent\u00e9e comme une entit\u00e9 sociale artificielle et malsaine, \u00e0 l\u2019image du personnage incarn\u00e9 par Michael Shannon, repr\u00e9sentant d\u2019une masculinit\u00e9 abusive, violente, dont la qu\u00eate de destruction de toute diff\u00e9rence, au rythme de dictions de versets de la Bible, est cat\u00e9goris\u00e9e comme la pire des menaces. A l\u2019oppos\u00e9, les protagonistes principaux, sont tous caract\u00e9ris\u00e9s par une diff\u00e9rence (couleur de peau, handicap, orientation sexuelle, opinions politiques, etc.), dont l\u2019homme amphibien est une incarnation par excellence, et sont objets d\u2019une discrimination syst\u00e9matique dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la normativit\u00e9 \u00e9touffante. Une caract\u00e9ristique formelle en particulier illustre parfaitement ce point&nbsp;: l\u2019utilisation des couleurs. Le vert, omnipr\u00e9sent dans le film, couleur historiquement symbolique de la modernit\u00e9 et du progr\u00e8s, devient ici quasi-radioactif, \u00e9touffant et symbole de cette normativit\u00e9 oppressante, gravitant in\u00e9vitablement autour du personnage de Strickland, qui va jusqu\u2019\u00e0 ing\u00e9rer fr\u00e9n\u00e9tiquement d\u2019immondes drag\u00e9es vertes au volant de sa Cadillac vert-pourriture. A l\u2019oppos\u00e9, le rouge, du sang, des habits d\u2019Elisa \u00e0 la fin du film, symbole de la passion amoureuse mais aussi de l\u2019espoir de libert\u00e9 qui habite les personnages, vient se m\u00e9langer \u00e0 la pluie, au sable et la lumi\u00e8re verte. Il s\u2019insinue dans la rigidit\u00e9 d\u2019une \u00e9poque encore sujette au code Hays. Enfin, le bleu, de l\u2019eau, de la pluie battante, provoque une sensation de noyade et d\u2019enfermement, autant pour Elisa qui est incapable de communiquer normalement que pour l\u2019homme amphibien enferm\u00e9 en captivit\u00e9 au d\u00e9but du film. Mais, petit-\u00e0-petit, il se mue en \u00e9l\u00e9ment englobant, universalisant, protecteur de la diff\u00e9rence, jusqu\u2019\u00e0 devenir une menace pour les antagonistes dont le voyeurisme sera obstru\u00e9, dont la doctrine sera noy\u00e9e, et dont le corps (celui de Strickland) se liqu\u00e9fiera petit \u00e0 petit. <em>The Shape of Water <\/em>est donc indubitablement un pied-de-nez magistral au cin\u00e9ma classique hollywoodien et montre la ma\u00eetrise d\u2019un Guillermo Del Toro qui une fois de plus r\u00e9alise une \u0153uvre complexe en signification dont on ne parvient pas vraiment \u00e0 d\u00e9finir le genre exact tant elle est riche, complexe, et m\u00eame parfois contradictoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure sur les caract\u00e9ristiques formelles de ce film, on ne peut pas ne pas mentionner la prestation incroyable de Sally Hawkins, d\u2019une v\u00e9racit\u00e9 qui saura \u00e9mouvoir m\u00eame les plus sceptiques, pour un r\u00f4le pourtant extr\u00eamement difficile \u00e0 interpr\u00e9ter. Mention honorable \u00e9galement \u00e0 Michael Shannon, si affreusement d\u00e9testable et r\u00e9voltant qu\u2019il se hisse probablement en tant qu\u2019antagoniste le plus ex\u00e9crable de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que <em>The Shape of Water<\/em> soit fortement empreint de codes du pass\u00e9, il s\u2019adresse tout de m\u00eame \u00e0 un public contemporain et comme tout film post-moderne, il se doit de r\u00e9utiliser ces codes mais dans un but diff\u00e9rent. Comme nous l\u2019avons \u00e9crit plus haut, l\u00e0 o\u00f9 un film comme <em>La La Land <\/em>\u00e9tait dans une d\u00e9marche d\u2019hommage nostalgique, <em>The Shape of Water<\/em> se situe presque tout le temps \u00e0 l\u2019oppos\u00e9. Cependant, ce dernier postulat ne fera s\u00fbrement pas l\u2019unanimit\u00e9&nbsp;: certains trouveront que le sc\u00e9nario est trop classique, car il s\u2019agit tout de m\u00eame d\u2019une histoire d\u2019amour assez conventionnelle, transpos\u00e9e \u00e0 des personnages non-normatifs, tandis que d\u2019autres argumenteront dans le sens contraire, soutenant que c\u2019est justement ce qui fait toute la diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, ce film, malgr\u00e9 certains points qui peuvent \u00eatre sujets \u00e0 d\u00e9bat, est au final tr\u00e8s contemporain car il aborde des th\u00e9matiques dont l\u2019ann\u00e9e 2017 a tant \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e qu\u2019elles paraissent omnipr\u00e9sentes, de la plus petite production au gros blockbuster, en passant par le film d\u2019auteur comme celui dont cette critique fait l\u2019objet. Evidemment il s\u2019agit de l\u2019apologie de la diff\u00e9rence, de l\u2019int\u00e9gration des minorit\u00e9s et de la libert\u00e9 , message per\u00e7ant dans les sph\u00e8res du cin\u00e9ma international de cette ann\u00e9e comme un coup de poing vengeur envers les mouvements d\u2019extr\u00eame droite et particuli\u00e8rement l\u2019administration Trump et sa politique r\u00e9pressive du \u00ab&nbsp;retour \u00e0 la normativit\u00e9&nbsp;\u00bb aux USA, tout en se rangeant au c\u00f4t\u00e9 des mouvements de contestation tels que MeToo ou BlackLivesMatter. <em>The Shape of Water <\/em>ne d\u00e9roge donc pas \u00e0 la tendance commenc\u00e9e il y a un an avec <em>Moonlight<\/em>, faisant de multiples r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des probl\u00e9matiques de ce genre, en montrant le racisme dont est victime le personnage de Zelda, les moqueries pour cause de handicap dont est victime Elisa, les tendances sexuelles malsaines et agressives de Strickland, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, <em>The Shape of Water<\/em>, que l\u2019on approuve ou pas sa d\u00e9marche est indubitablement un excellent film, tr\u00e8s touchant, et formellement impeccable dont nous recommandons fortement le visionnage afin de bien commencer cette ann\u00e9e 2018&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lorraine Malherbe &amp; Gabriel Ratano<\/strong> (15\/02\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une critique contemporaine du cin\u00e9ma classique hollywoodien. 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