{"id":522,"date":"2017-10-16T02:17:00","date_gmt":"2017-10-16T00:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=522"},"modified":"2023-03-28T01:29:35","modified_gmt":"2023-03-27T23:29:35","slug":"mother-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2017\/10\/mother-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Mother!\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Mother-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-523\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Mother-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Mother-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Mother-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Mother-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Mother.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><em>Mother!<\/em> ou la manifestation contemporaine du syndrome \u00ab&nbsp;post deuxi\u00e8me guerre mondiale&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ceux d\u2019entre vous qui connaissent la filmographie de Darren Aronofsky sont peut-\u00eatre familiers avec le motif r\u00e9current qui la traverse : la volont\u00e9 de repr\u00e9senter\/parler de ce que personne n\u2019a envie de voir\/entendre. Si l\u2019on ne parle que de ses deux films les plus connus du grand public, <em>Requiem for a Dream <\/em>(2000) et <em>Black Swan <\/em>(2011), on remarque leur tendance \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler un aspect du quotidien g\u00e9n\u00e9ralement horrible, les effets de la drogue dans le premier et les dessous du monde du spectacle dans le deuxi\u00e8me, dont la simple repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019\u00e9cran est un tel tabou pour notre soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle cause souvent des r\u00e9actions de rejet tr\u00e8s vives. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est ce que j\u2019appellerai le \u00ab&nbsp;syndrome post-deuxi\u00e8me guerre mondiale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 1945, le d\u00e9bat sur la question de la repr\u00e9sentation des camps dans le domaine du cin\u00e9ma, fit \u00e9merger une fa\u00e7on bien particuli\u00e8re de penser. Certains r\u00e9alisateurs commandit\u00e9s pour l\u2019occasion, parmi lesquels figurent notamment Alfred Hitchcock ou Samuel Fuller, d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019un r\u00e9gime de repr\u00e9sentation pour ces lieux, qui, dans l\u2019esprit de l\u2019\u00e9poque, paraissaient absolument invraisemblables et encore moins repr\u00e9sentables. Bien que le choix qui eut \u00e9t\u00e9 fait soit remarquable de par son r\u00e9gime de relative transparence, l\u2019impact sur la soci\u00e9t\u00e9 ne fut probablement pas celui qu\u2019ils attendaient. Plut\u00f4t que de se confronter \u00e0 l\u2019horreur, la plupart de gens pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent la rejeter, l\u2019oublier, \u00e0 cause notamment de son invraisemblance par rapport \u00e0 la vision de la soci\u00e9t\u00e9 dict\u00e9e par la morale dominante. Selon moi, le postulat qui en est ressorti et qui s\u2019est notamment r\u00e9percut\u00e9 sur la production cin\u00e9matographique est le suivant : Du moment o\u00f9 l\u2019on ne voit pas quelque chose, ou que sa repr\u00e9sentation nous est occult\u00e9e, il n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>De nos jours, partiellement \u00e0 cause la surm\u00e9diatisation de notre quotidien, les repr\u00e9sentations en sont directement influenc\u00e9es et, bien que l\u2019on ne s\u2019y attendrait pas, un certain nombre de sujets nous sont totalement masqu\u00e9s, particuli\u00e8rement dans le cin\u00e9ma hollywoodien dominant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais venons-en au film : <em>Mother!<\/em> est un thriller qui raconte l\u2019histoire d\u2019un couple vivant seul dans une immense maison au milieu de nulle part et dont le quotidien sera boulevers\u00e9 par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un couple d\u2019inconnus qui va transformer leur quotidien en enfer. La particularit\u00e9 qui fait de ce film un artefact singulier dans le cin\u00e9ma contemporain est sa nature totalement all\u00e9gorique. En effet, l\u2019histoire et le r\u00e9cit ne font \u00e0 priori, si on les prend au premier degr\u00e9, aucun sens. Tandis qu\u2019une partie du public aura d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 perdue \u00e0 cause de ce premier b\u00e9mol, le reste sera s\u00fbrement accroch\u00e9 par la direction technique et esth\u00e9tique sublime, empruntant notamment aux codes du cin\u00e9ma d\u2019horreur afin de cr\u00e9er, d\u00e8s les premiers plans du film, une dimension anxiog\u00e8ne qui prend aux tripes. Mention honorable \u00e9galement pour les acteurs, tous tr\u00e8s convaincants, particuli\u00e8rement Jennifer Lawrence qui fait ici une de ses meilleures prestations depuis le d\u00e9but de sa carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler du propos de ce film, les choses se corsent. Il devient notamment tr\u00e8s dur de le faire sans directement en r\u00e9v\u00e9ler l\u2019intrigue, ce que je vais n\u00e9anmoins tenter de faire. La difficult\u00e9 que rencontre <em>Mother! <\/em>est peut-\u00eatre aussi son point fort&nbsp;: le nombre de lectures diff\u00e9rentes que l\u2019on peut en faire. En effet, en fonction de celle que l\u2019on choisit de suivre, le film d\u00e9livre des informations compl\u00e8tement diff\u00e9rentes, employant notamment un symbolisme qui saura d\u00e9go\u00fbter les plus fervents adeptes de cin\u00e9ma du r\u00e9el. J\u2019ai personnellement identifi\u00e9 quatre lectures diff\u00e9rentes, toutes touchant des sujets tabous du quotidien, que j\u2019\u00e9num\u00e9rerai dans leur ordre \u00ab&nbsp;d\u2019intelligibilit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: une lecture biblique qui d\u00e9nonce l\u2019extr\u00e9misme religieux, une d\u00e9nonciation \u00e9cologiste, une d\u00e9nonciation de la violence faite sur les femmes et pour finir une sorte de m\u00e9tadiscours sur la cr\u00e9ation artistique. Malgr\u00e9 la regrett\u00e9e superficialit\u00e9 de traitement de certaines des th\u00e9matiques, Aronofsky r\u00e9ussit le tour de force de rester coh\u00e9rent sur l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du film avec toutes ces interpr\u00e9tations sans qu\u2019elles se m\u00e9langent et r\u00e9sultent en une fresque contemporaine d\u00e9goulinante de symbolisme incompr\u00e9hensible. C\u2019est aussi sur ce point pr\u00e9cis qu\u2019intervient le \u00ab&nbsp;syndrome post deuxi\u00e8me guerre mondiale&nbsp;\u00bb d\u00e9crit au d\u00e9but de cette critique. Comme on peut le constater en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la r\u00e9ception du film par l\u2019interrogation d\u2019autres spectateurs \u00e0 la sortie du cin\u00e9ma, on constate que nombreux sont ceux qui rejettent purement et simplement le film \u00e0 cause de ses diff\u00e9rents propos qui choquent de par leur violence symbolique, appuy\u00e9e par une repr\u00e9sentation extr\u00eamement crue et directe qui en a r\u00e9vuls\u00e9 l\u2019estomac de plus d\u2019un. Ce film cause donc une sorte de refus pathologique chez une bonne partie de l\u2019audience, ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 observer, symptomatique d\u2019une vision soci\u00e9tale occult\u00e9e par plusieurs d\u00e9cennies de d\u00e9ni concernant des questions pourtant omnipr\u00e9sentes dans notre quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, <em>Mother! <\/em>est une fresque contemporaine traumatisante, aux qualit\u00e9s esth\u00e9tiques notoires, sympt\u00f4mes de la maturit\u00e9 du cin\u00e9ma de Darren Aronofsky qui se veut percutant sans \u00eatre lourd, riche de signification sans \u00eatre confus, \u00e0 la fois r\u00e9pulsif et fascinant. Seul petit b\u00e9mol&nbsp;: le discours g\u00e9n\u00e9ral ainsi que le propos peuvent \u00eatre difficiles \u00e0 saisir pour un public non averti. Dans tous les cas, qu\u2019il d\u00e9goute ou qu\u2019il fascine, ce film ne laissera personne indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gabriel Ratano<\/strong> (16\/10\/2017)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mother! ou la manifestation contemporaine du syndrome \u00ab&nbsp;post deuxi\u00e8me guerre mondiale&nbsp;\u00bb Ceux d\u2019entre vous qui connaissent la filmographie de Darren Aronofsky sont peut-\u00eatre familiers avec le motif r\u00e9current qui la traverse : &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":523,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[],"class_list":{"0":"post-522","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/522","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=522"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/522\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/523"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=522"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=522"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=522"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}