{"id":519,"date":"2017-10-04T02:14:00","date_gmt":"2017-10-04T00:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=519"},"modified":"2023-03-28T01:29:48","modified_gmt":"2023-03-27T23:29:48","slug":"blade-runner-2049-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2017\/10\/blade-runner-2049-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Blade Runner 2049\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Blade-Runner-2049-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-520\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Blade-Runner-2049-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Blade-Runner-2049-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Blade-Runner-2049-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Blade-Runner-2049-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Blade-Runner-2049.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Philip K. Dick n\u2019est pas uniquement l\u2019un des \u00e9crivains am\u00e9ricains majeurs, il est celui qui a donn\u00e9 \u00e0 la science-fiction ses lettres de noblesse, la sortant du tiroir poussi\u00e9reux o\u00f9 on l\u2019avait oubli\u00e9e. Il voyait dans ce genre litt\u00e9raire la fa\u00e7on la plus percutante d\u2019exprimer ce que l\u2019homme ressentait mais n\u2019arrivait pas encore \u00e0 concevoir. Un genre entre la proph\u00e9tie et l\u2019anticipation scientifique, qui souvent chez Dick, prend le visage d\u2019une dystopie o\u00f9 l\u2019espoir se rar\u00e9fie. Enfant exemplaire du mouvement contre-culturel am\u00e9ricain, le monde ne se pr\u00e9sentait pas \u00e0 lui sous la forme d\u2019un sch\u00e9ma rationnel, mais sous celle d\u2019une hallucination. C\u2019est la question de la r\u00e9alit\u00e9 qui le taraude et traverse, de part en part, son \u0153uvre. Ses romans sont le lieu o\u00f9 les contradictions s\u2019effacent pour laisser place \u00e0 une fronti\u00e8re diffuse et opaque entre la culture et la nature, la vie et la mort. Il a b\u00e2ti une esth\u00e9tique sans \u00e9gal qui nous interroge sur notre existence myst\u00e9rieuse et notre avenir obscur.<\/p>\n\n\n\n<p>Son actualit\u00e9, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, son intempestivit\u00e9, \u00e0 lui, l\u2019\u00e9crivain dionysiaque, n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 de nombreux r\u00e9alisateurs contemporains qui ont adapt\u00e9 son oeuvre \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Citons notamment, <em>Total Recall<\/em> de Paul Verhoeven ou encore <em>Minority Report<\/em> de Spielberg.Mais l\u2019adaptation qui a peut-\u00eatre cristallis\u00e9 le plus d\u2019attention, en raison notamment d\u2019un contexte de production chaotique, est le Blade Runner de Ridley Scott, dont l\u2019h\u00e9ritage est aujourd\u2019hui repris par Denis Villeneuve sous le titre de <em>Blade Runner 2049<\/em>. Ce roman cristallise les grands th\u00e8mes dickiens&nbsp;: l\u2019\u00e9mergence d\u2019une intelligence robotique qui supplante les facult\u00e9s humaines, une soci\u00e9t\u00e9 progressivement d\u00e9shumanis\u00e9e par le capitalisme, une qu\u00eate philosophique interrogeant la singularit\u00e9 de l\u2019homme. Ce monolithe de la science-fiction offre \u00e0 celui qui s\u2019y aventure la sensation glaciale que ce r\u00e9cit se d\u00e9ploie dans un avenir proche, peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 contemporain&nbsp;? Alors, certes, un rafra\u00eechissement de cette \u0153uvre \u00e9tait opportun dans une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on n\u2019a jamais autant parl\u00e9 de \u00ab&nbsp;transhumanisme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Denis Villeneuve, dont les marottes ne sont pas si \u00e9loign\u00e9es de celles de Dick ( on pense \u00e0 son go\u00fbt pour les narrations labyrinthiques ou les multiples niveaux de r\u00e9alit\u00e9), ne nous propose nullement une relecture de <em>Blade Runner<\/em> mais sa suite si j\u2019ose dire logique. Pari os\u00e9, surtout que la fin du roman original n\u2019offre pas forc\u00e9ment une grande marge interpr\u00e9tative. On abandonne donc l\u2019inspecteur Deckard pour suivre les tribulations de l\u2019officier K dont la nature andro\u00efde ne laisse cette fois plus de doute. L\u2019anti-h\u00e9ros de Villeneuve, incarn\u00e9 par Ryan Gosling qui se complairait presque dans son r\u00f4le de policier laconique et t\u00e9n\u00e9breux, est charg\u00e9 de retrouver un enfant hybride, n\u00e9 d\u2019une m\u00e8re andro\u00efde et d\u2019un p\u00e8re humain et dont l\u2019existence pourrait changer radicalement la face du monde. \u00c9voluant dans un univers post-apocalyptique angoissant o\u00f9 le divertissement et la technologie apparaissent comme les seuls \u00e9chappatoires, il devra r\u00e9soudre les \u00e9nigmes qui successivement viennent \u00e0 lui et constituent un puzzle dont certaines pi\u00e8ces sont \u00e0 tout jamais manquantes. Pour ce faire, il fera recours \u00e0 l\u2019aide de l\u2019inspecteur Deckard ( un Harrison Ford, s\u2019effor\u00e7ant de rendre ses tourments transparents) qui se trouve \u00eatre le p\u00e8re de l\u2019enfant. Aspir\u00e9 dans une course \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie entre les hommes et les andro\u00efdes et dont il ne saisit pas tous les enjeux, l\u2019officier K doit se m\u00e9fier de tout et tous, \u00e0 commencer par lui-m\u00eame et ses souvenirs qui ne pourraient \u00eatre qu\u2019illusions.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est toujours difficile de juger une \u0153uvre cin\u00e9matographique qui s\u2019inspire d\u2019un roman car, comme chacun le sait, les mots n\u2019ont ni couleurs, ni formes. Il est n\u00e9anmoins possible d\u2019en juger, non pas \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 du r\u00e9alisateur \u00e0 l\u2019\u00e9crivain, mais plut\u00f4t \u00e0 l\u2019assimilation de sa philosophie et de son esth\u00e9tique. Philip K. Dick tenta, sa vie enti\u00e8re, de comprendre le miracle de la conscience, d\u2019en chercher les origines et les cons\u00e9quences de cet attribut divin. Un pan de l\u2019\u0153uvre qui semble avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Villeneuve qui se focalise davantage sur le rapport des andro\u00efdes au monde. Villeneuve nous fait assur\u00e9ment voyager dans un univers anxiog\u00e8ne aux d\u00e9tails travaill\u00e9s, o\u00f9 seuls les n\u00e9ons publicitaires sont source de lumi\u00e8re, ce que Dick n\u2019aurait pas reni\u00e9. En revanche, o\u00f9 ce g\u00e9nie parano\u00efaque excellait, dans son refus de tout manich\u00e9isme et sa grisante obsession \u00e0 instaurer une confusion entre l\u2019homme et la machine, Dennis Villeneuve rate son sujet ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le rend trop lisse, loin des ambigu\u00eft\u00e9s qui habitent les cauchemars de Phillip K. Dick. Reste une fable futuriste \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique enivrante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Romain Borcard<\/strong> (04\/10\/2017)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Philip K. 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