{"id":513,"date":"2017-02-16T02:05:00","date_gmt":"2017-02-16T01:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=513"},"modified":"2023-03-28T01:30:36","modified_gmt":"2023-03-27T23:30:36","slug":"silence-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2017\/02\/silence-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Silence\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Silence-2016-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-514\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Silence-2016-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Silence-2016-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Silence-2016-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Silence-2016.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Scorsese traite dans son dernier film des pers\u00e9cutions subies par les missionnaires chr\u00e9tiens dans le Japon du XVIIe si\u00e8cle. Nous sommes invit\u00e9s \u00e0 suivre le p\u00e9riple de deux j\u00e9suites, le p\u00e8re Rodrigues (Andrew Garfield) et le p\u00e8re Garupe (Adam Driver). Ils partent depuis la Chine pour le Japon \u00e0 la recherche du p\u00e8re Ferreira (Liam Neeson), leur ancien mentor qui aurait, selon une rumeur, reni\u00e9 sa foi sous la pression de l\u2019inquisition japonaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9s dans un Japon o\u00f9 plus aucun pr\u00eatre ne semble pr\u00eacher, Garupe et Rodrigues se retrouvent face \u00e0 la difficult\u00e9 de retrouver Ferreira dans un environnement aussi hostile. Nos deux j\u00e9suites deviennent vite, \u00e0 d\u00e9faut, les guides spirituels d\u2019une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne en manque de vie religieuse&nbsp;; et ce sous l\u2019ombre de l\u2019inquisition et des pers\u00e9cutions r\u00e9serv\u00e9es aux chr\u00e9tiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Une ambition du film, revendiqu\u00e9e jusque dans son titre, est de traiter de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la foi face au silence de Dieu. Pourquoi prier et comment continuer \u00e0 esp\u00e9rer face \u00e0 la souffrance, au martyr et \u00e0 la pers\u00e9cution&nbsp;? Pourquoi pers\u00e9v\u00e9rer dans ses croyances, dans l\u2019idol\u00e2trie pour une simple promesse d\u2019amour et de b\u00e9atitude face \u00e0 un monde si cruel&nbsp;? Comment diable continuer \u00e0 croire en un Dieu qui laisse mourir ses fid\u00e8les les plus z\u00e9l\u00e9s dans d\u2019atroces souffrances&nbsp;? Poser une telle question aujourd\u2019hui, ce serait semble-t-il se poser la question du fanatisme. Comment un individu peut-il \u00eatre programm\u00e9 au point de sacrifier sa vie pour un id\u00e9al dont il ne poss\u00e8de pas de preuve tangible&nbsp;? Quelle est donc cette inclinaison de la nature humaine pour un absolu transcendantal&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A ces questions complexes semblent se dessiner des r\u00e9ponses qui le sont tout autant. Le film, lui, ne s\u2019emb\u00eate que d\u2019un vernis de nuance. Il nous pr\u00e9sente d\u2019abord deux p\u00f4les de valeurs ressenties comme oppos\u00e9es. D\u2019une part, les chr\u00e9tiens seraient porteurs d\u2019un message de paix et d\u2019amour qui permet l\u2019accomplissement spirituel de tous, m\u00eames des plus d\u00e9favoris\u00e9s. La parole serait un message universel, seulement emp\u00each\u00e9e au Japon par un contexte d\u00e9favorable. Le bouddhisme serait lui religion d\u2019Etat, servant les int\u00e9r\u00eats des \u00ab&nbsp;puissants&nbsp;\u00bb, ne pouvant percevoir dans le religieux qu\u2019un outil pour asseoir leur autorit\u00e9. Le film veut toutefois nuancer son propos, et sans trop en r\u00e9v\u00e9ler sur l\u2019intrigue, pr\u00e9sente en surface l\u2019incompatibilit\u00e9 du christianisme avec la culture japonaise, en particulier avec ses cat\u00e9gories de pens\u00e9e. Toutefois, et c\u2019est bien l\u00e0 sa faiblesse, il ne pr\u00e9sente au final que deux modes de pens\u00e9e irr\u00e9conciliables qui n\u2019arrivent qu\u2019en apparence \u00e0 cohabiter. On pourrait s\u2019interroger sur le dialogue entre les peuples, sur la possibilit\u00e9 d\u2019un \u00e9change interculturel (et un peu plus universel) qui va au-del\u00e0 des diff\u00e9rences d\u2019id\u00e9ologie. Cela semblerait salvateur dans le contexte politique et social actuel. Scorsese n\u2019en a que faire. Il pr\u00e9sente des pr\u00e9dicateurs, venus porter un message sp\u00e9cifique, l\u2019amour pour le Christ, oppos\u00e9s \u00e0 des inquisiteurs sadiques sans trop de consid\u00e9rations pour leur peuple. La seule question qui importe au film c\u2019est de comprendre comment continuer \u00e0 vivre sa foi dans un environnement hostile, sans jamais vraiment remettre en question ses croyances fondamentales. Le film r\u00e9interroge simplement la possibilit\u00e9 de les transmettre. Le parjure est par ailleurs un des seuls ressorts narratifs utilis\u00e9s par le film, de mani\u00e8re bien trop appuy\u00e9e et m\u00e9canique.<\/p>\n\n\n\n<p>Scorsese semble indiquer que la foi peut subsister malgr\u00e9 le parjure, dans un terreau hostile, contre vents et mar\u00e9es. Il est bien dommage que le film s\u2019arr\u00eate l\u00e0 dans son propos et il aurait sans doute \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable qu\u2019il livre une vision plus nuanc\u00e9e et moins partisane de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation, notamment en ce qui concerne son caract\u00e8re colonisateur. Pr\u00e9senter la parole christique comme un message d\u2019amour et de paix, c\u2019est bien joli, mais la confronter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et en extraire un substrat nuanc\u00e9 et porteur d\u2019espoir, ce serait autre chose. Un cours de th\u00e9ologie pratique servirait sans doute les cerveaux derri\u00e8re cette r\u00e9alisation. Comprendre ce qu\u2019on peut amener de soi \u00e0 l\u2019autre sans l\u2019\u00e9craser sous ses croyances, dans une optique humaniste et non pas toxique, c\u2019est l\u00e0 le but d\u2019un vrai humanitarisme. Mais vraiment aider sans vouloir de mani\u00e8re \u00e9go\u00efste pers\u00e9v\u00e9rer dans ses convictions et les propager, aux d\u00e9pens d\u2019autrui, voil\u00e0 qui semble impossible pour les padres de Martin Scorsese. Pr\u00e9senter une pens\u00e9e d\u2019un autre temps pour cacher une l\u00e2chet\u00e9 morale, celle de ne pas oser d\u00e9noncer, n\u2019est pas une excuse. Le seul message, d\u00e9sesp\u00e9rant, que le film nous fait retenir, porte sur le caract\u00e8re inali\u00e9nable de la nature humaine, et sur une fermeture d\u2019esprit qui n\u2019accepte qu\u2019un dialogue de surface.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Romain Gapany<\/strong> (16\/02\/2017)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Scorsese traite dans son dernier film des pers\u00e9cutions subies par les missionnaires chr\u00e9tiens dans le Japon du XVIIe si\u00e8cle. 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