{"id":498,"date":"2017-12-13T01:28:00","date_gmt":"2017-12-13T00:28:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=498"},"modified":"2023-03-28T01:28:33","modified_gmt":"2023-03-27T23:28:33","slug":"star-wars-viii-the-last-jedi-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2017\/12\/star-wars-viii-the-last-jedi-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Star Wars VIII: The Last Jedi\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Star-Wars-VIII-The-Last-Jedi-Critique-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-499\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Star-Wars-VIII-The-Last-Jedi-Critique-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Star-Wars-VIII-The-Last-Jedi-Critique-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Star-Wars-VIII-The-Last-Jedi-Critique-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Star-Wars-VIII-The-Last-Jedi-Critique-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Star-Wars-VIII-The-Last-Jedi-Critique.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Disney est une entreprise fascinante. Fascinante de par son irr\u00e9gularit\u00e9. Autant elle parvient jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui \u00e0 produire des dessins-anim\u00e9s qui font universellement r\u00eaver les gens, autant elle saccage ses propres licences (Pirates des Cara\u00efbes) et celles qu\u2019elle a rachet\u00e9es (Marvel) en les r\u00e9duisant toutes \u00e0 des ersatz aseptis\u00e9s, plus proches de catalogues photos (en images de synth\u00e8se) que de mondes v\u00e9ritablement cin\u00e9matographiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas de Star Wars est, quant \u00e0 lui, plus ambigu. Il est bien dommage que l\u2019\u00e9pisode VII n\u2019ait pas vraiment essay\u00e9 d\u2019\u00eatre original&nbsp;; plus assimilable \u00e0 un <em>remake<\/em> d\u2019<em>A New Hope<\/em> qu\u2019\u00e0 un nouveau film, il a balay\u00e9 les questionnements sociopolitiques introduits par la \u00ab&nbsp;pr\u00e9logie&nbsp;\u00bb de George Lucas et a sous-estim\u00e9 les possibilit\u00e9s cr\u00e9atrices d\u2019un univers si riche. Trop de nostalgie pour les premiers opus, en somme, et pas assez d\u2019imagination. En m\u00eame temps, <em>The Force Awakens<\/em> est admirable de par sa volont\u00e9 de retrouver un \u00e9quilibre entre effets physiques et effets num\u00e9riques, et de par la mobilisation de personnages qui, d\u2019une mani\u00e8re en plus non artificielle, renversent les st\u00e9r\u00e9otypes ethniques et de \u00ab&nbsp;genre&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire, succinctement, l\u2019identit\u00e9 sociale qu\u2019on a tendance \u00e0 corr\u00e9ler au sexe) de nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois admettre qu\u2019il est extr\u00eamement difficile de r\u00e9diger une critique sur ce huiti\u00e8me \u00e9pisode. Les gens en attendent beaucoup, et moi aussi \u2013 bien que je ne sois ni fanatique ni sp\u00e9cialiste de la mythologie Star Wars, ma connaissance se cantonnant aux \u0153uvres cin\u00e9matographiques et \u00e0 un ou deux jeux vid\u00e9o. De plus, <em>The<\/em> <em>Last Jedi<\/em> suscite de nombreuses questions : la force instantan\u00e9e et inou\u00efe de Rey trouve-t-elle une justification&nbsp;? Comment va r\u00e9agir et r\u00e9pliquer le Supr\u00eame Leader Snoke face \u00e0 la r\u00e9ussite des rebelles et \u00e0 la lamentable humiliation de son disciple Kylo Ren&nbsp;? Pourquoi Luke occupe-t-il une place si \u00e9trange sur l\u2019affiche du film&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne r\u00e9pondrai ici \u00e0 aucune d\u2019entre elles, bien entendu. Mais ce que je peux globalement conclure de <em>The Last Jedi<\/em>, c\u2019est qu\u2019il est un film d\u2019une grande qualit\u00e9. Sans \u00eatre le meilleur long-m\u00e9trage de l\u2019univers Star Wars \u2013 comme de nombreux critiques et spectateurs, par simple go\u00fbt du spectaculaire, chercheront imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019affirmer, avant de soudainement changer d\u2019opinion l\u2019ann\u00e9e prochaine \u2013, il n\u2019en reste pas moins un superbe film qui rend hommage \u00e0 la licence sans la plagier. La nostalgie fait toujours son petit effet, entre le g\u00e9n\u00e9rique traditionnel o\u00f9 retentit la musique de John Williams et les transitions d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre qui s\u2019effectuent, non pas par de classiques coupes, mais toujours par des volets <em>old school<\/em> balayant l\u2019\u00e9cran. Il est toutefois regrettable qu\u2019une ou deux sc\u00e8nes ressemblent encore \u00e0 des copier\/coller des \u00e9pisodes V et VI, sans qu\u2019on puisse y retrouver un impact affectif similaire, et que certains personnages iconiques (Chewbacca, R2-D2\u2026) n\u2019ont une importance narrative que r\u00e9duite et sont donc rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 d\u2019anodins figurants, presque des cam\u00e9os.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela est d\u2019autant plus d\u00e9solant que la qualit\u00e9 principale de <em>The Last Jedi<\/em> est, \u00e0 mes yeux, la construction des personnages. Malheureusement, on peine toujours \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 Rey, son manque d\u2019expressivit\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9 de son caract\u00e8re et sa ma\u00eetrise trop soudaine de la force (encore dans ce film) emp\u00eachant d\u2019\u00e9prouver de l\u2019empathie pour elle. C\u2019est avant tout de consistance dont elle manque profond\u00e9ment. En revanche, je tiens \u00e0 saluer tout particuli\u00e8rement deux personnages. Kylo Ren (Adam Driver), d\u00e9j\u00e0, qui est absolument sid\u00e9rant. Jamais on n\u2019a vu dans Star Wars un Sith si int\u00e9ressant. Enfant g\u00e2t\u00e9 en excessive admiration pour son grand-p\u00e8re, mais incapable d\u2019atteindre l\u2019id\u00e9al de masculinit\u00e9 qu\u2019il repr\u00e9sente pour lui, la faiblesse de Kylo Ren et son mim\u00e9tisme de Vador (plus proche de la moutonnerie que du cam\u00e9l\u00e9onisme qu\u2019il esp\u00e8rerait tant) sont explicitement th\u00e9matis\u00e9s dans le film, et le personnage est dot\u00e9 en prime d\u2019une r\u00e9elle psychologie. Luke Skywalker (Marc Hamill), ensuite, dont le retour est impressionnant de par toutes les \u00e9videntes connotations v\u00e9hicul\u00e9es par son personnage et surtout la prestance que, plus de trente ans apr\u00e8s <em>Return of the Jedi<\/em>, il parvient \u00e0 imposer. En outre, son int\u00e9riorit\u00e9 n\u2019a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 liss\u00e9e, mais complexifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, <em>Star Wars VIII<\/em> oublie malencontreusement de d\u00e9velopper une \u00ab&nbsp;atmosph\u00e8re \u00bb dans les divers lieux parcourus, les privant ainsi d\u2019une m\u00e9morabilit\u00e9. Il pr\u00e9f\u00e8re la succession de sc\u00e8nes d\u2019action, que je dois avouer \u00eatre d\u2019incroyables morceaux d\u2019anthologie qui, par-dessus tout, fuient un montage d\u00e9bilement \u00e9pileptique pour favoriser des plans longs, quelquefois quasi vid\u00e9oludiques, nous permettant d\u2019admirer les chor\u00e9graphies (des combats au sabre laser) et la technique elle-m\u00eame. Cependant, ce n\u2019est pas le manque d\u2019ambiance que je viens de souligner qui fait n\u00e9gliger \u00e0 <em>The Last Jedi<\/em> son \u00ab&nbsp;bestiaire&nbsp;\u00bb, tout simplement g\u00e9nial&nbsp;: qu\u2019il s\u2019agisse, pour ne prendre que deux exemples, des <em>Caretakers<\/em>, sorte de parodie de bonnes s\u0153urs grincheuses, ou des <em>Porgs<\/em>, dont le degr\u00e9 de mignoncit\u00e9 risque de mettre \u00e0 mal le <em>Niffler <\/em>de <em>Fantastic Beasts<\/em>&nbsp;; les cr\u00e9atures intersid\u00e9rales, qu\u2019elles soient humano\u00efdes ou animales, participent \u00e0 l\u2019implication \u00e9motionnelle du spectateur \u2013 surtout le rire \u2013 de mani\u00e8re tout \u00e0 fait r\u00e9ussie.<\/p>\n\n\n\n<p>Choisir Rian Johnson pour l\u2019\u00e9criture et la r\u00e9alisation de <em>The Last Jedi <\/em>semble donc avoir \u00e9t\u00e9 une excellente d\u00e9cision de Disney. Mais l\u2019on constate, malgr\u00e9 la libert\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne, que ce dernier a ressenti un besoin (compulsif \u00e0 l\u2019heure d\u2019aujourd\u2019hui ?) de parfois enfoncer son sc\u00e9nario dans des clich\u00e9s hollywoodiens insupportables. D\u2019une part, il y a profusion de <em>deus ex machina<\/em> \u2013 on se croirait presque dans une pi\u00e8ce de Moli\u00e8re \u2013 et de personnages qu\u2019implicitement on assimile, du moins provisoirement, \u00e0 des martyrs christiques. Avoir recours \u00e0 des renversements de situation et \u00e0 de telles (fausses) figures sacrificielles n\u2019est pas en soi d\u00e9rangeant, c\u2019est plus leur nombre excessif qui pose probl\u00e8me, tant cela est banalis\u00e9 et devient pr\u00e9visible. On cr\u00e9e le frisson pour le frisson, sans grande coh\u00e9rence, et cela jusqu\u2019\u00e0 l\u2019indigestion.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, la dimension politique est extr\u00eamement mal abord\u00e9e. La plupart du temps \u00e9cart\u00e9e, Johnson a tout de m\u00eame tent\u00e9, dans un \u00e9pisode du film, de fabriquer un embryon de critique sociale, soulevant notamment des questions autour de la maltraitance des enfants, de la r\u00e9partition in\u00e9gale des richesses ou du (n\u00e9o)colonialisme. Le souci vient du fait qu\u2019elle ne restitue pas les enjeux r\u00e9els et qu\u2019elle n\u2019y r\u00e9pond que de mani\u00e8re lacunaire, si ce n\u2019est pas du tout, d\u00e9rivant vers le plus pur manich\u00e9isme. Pire encore, l\u2019\u00e9pisode lui-m\u00eame ne fait pas sens avec le reste du film. <em>The Last Jedi<\/em> a certes le m\u00e9rite de s\u2019interroger, mais en fin de compte, il ne construit pas de r\u00e9flexion, m\u00eame minimale, alors qu\u2019il en aurait eu le potentiel. A la place, il pr\u00e9f\u00e8re pondre une honteuse vulgate, qui transforme des probl\u00e9matiques sociales essentielles en quelques s\u00e9quences tellement attractionnelles qu\u2019on y comprend ais\u00e9ment la gratuit\u00e9 de la d\u00e9marche&nbsp;: non pas critique, mais commerciale.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ses quelques d\u00e9fauts, <em>Star Wars VIII<\/em> est un film que je recommande. Grand public sans \u00eatre infantile, fid\u00e8le sans \u00eatre contrefait, il m\u00e9rite son visionnage sur grand \u00e9cran, ne serait-ce que pour Kylo Ren et l\u2019\u00e9poustouflante sc\u00e8ne finale du film, qui annonce le meilleur pour le neuvi\u00e8me volet qui ach\u00e8vera cette nouvelle trilogie en beaut\u00e9, du moins je l\u2019esp\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8res<\/strong> (13\/12\/2017)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Disney est une entreprise fascinante. Fascinante de par son irr\u00e9gularit\u00e9. 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