{"id":495,"date":"2018-01-24T01:24:00","date_gmt":"2018-01-24T00:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=495"},"modified":"2023-03-28T01:28:12","modified_gmt":"2023-03-27T23:28:12","slug":"wonder-wheel-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/01\/wonder-wheel-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Wonder Wheel\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Wonder-Wheel-Critique-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-496\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Wonder-Wheel-Critique-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Wonder-Wheel-Critique-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Wonder-Wheel-Critique-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Wonder-Wheel-Critique-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Wonder-Wheel-Critique.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Woody Allen est la preuve vivante que quantit\u00e9 ne rime pas syst\u00e9matiquement avec qualit\u00e9. R\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre l\u2019un des metteurs en sc\u00e8ne am\u00e9ricains les plus prolifiques, il a, depuis les ann\u00e9es septante, \u00e9crit et r\u00e9alis\u00e9 des films qui pouvaient \u00e0 la fois \u00eatre de purs chefs-d\u2019\u0153uvre (comme <em>Annie Hall<\/em>) tout en en faisant d\u2019autres qui sombraient dans la plus bouleversante banalit\u00e9 (comme <em>You Will Meet a Tall Dark Stranger<\/em>). Loin d\u2019\u00eatre des nanars ou des navets, ni, par ailleurs, des \u0153uvres d\u00e9personnalis\u00e9es, ces quelques films du cin\u00e9aste am\u00e9ricain sont avant tout d\u00e9pourvus d\u2019int\u00e9r\u00eat et d\u2019originalit\u00e9, \u00e0 tel point qu\u2019il devient quasiment impossible d\u2019avoir une conversation \u00e0 leur sujet. Le clich\u00e9 selon lequel la qualit\u00e9 des films de Woody Allen suit une pente d\u00e9gradationnelle est toutefois, \u00e0 mes yeux, absolument faux&nbsp;: ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on a pu par exemple assister \u00e0 <em>Midnight in Paris<\/em> \u2013 dont l\u2019humour, la po\u00e9sie et la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019univers sont indiscutables \u2013 ou alors \u00e0 <em>Caf\u00e9 Society<\/em> \u2013 dont les qualit\u00e9s cin\u00e9matographiques (notamment la relecture de mythes hollywoodiens&nbsp;: le gangster, le r\u00eave am\u00e9ricain, le cin\u00e9ma lui-m\u00eame) sont bien plus d\u00e9nombrables que ses d\u00e9fauts.<\/p>\n\n\n\n<p>Recentrons-nous d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent sur <em>Wonder Wheel<\/em>. Il est dot\u00e9 de quelques points positifs qu\u2019il convient d\u2019\u00e9num\u00e9rer. Pour commencer, l\u2019incipit&nbsp;: d\u00e8s que l\u2019on entend la premi\u00e8re musique choisie par Woody Allen, on comprend imm\u00e9diatement qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019un de ses films, et cela bien avant d\u2019apercevoir son nom. Le premier plan du film instaure \u00e9galement une ambiance typique du metteur en sc\u00e8ne, avec ses couleurs tr\u00e8s satur\u00e9es, sa frontalit\u00e9 et son narrateur en voix-over. Ce dernier, encore plus m\u00e9ta qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, regarde la cam\u00e9ra et s\u2019adresse directement au spectateur&nbsp;\u2013 un proc\u00e9d\u00e9 amusant dans <em>Wonder Wheel<\/em> bien que, soyons honn\u00eate, totalement gratuit, et dont l\u2019impact est d\u2019ailleurs incomparable aux interactions entre Alvy Singer et le spectateur dans <em>Annie Hall<\/em>. En bref, on remarque sans conteste que <em>Wonder Wheel<\/em> est un long-m\u00e9trage qui a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre des plus fid\u00e8les \u00e0 son auteur. Pour terminer par les aspects positifs, nous pouvons ajouter que le film est globalement tr\u00e8s bien interpr\u00e9t\u00e9, d\u2019autant plus que la plupart des plans sont extr\u00eamement longs, quelquefois au point d\u2019\u00eatre des plans-s\u00e9quences.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on sort quelque peu de cet optimisme introductif et que l\u2019on commence \u00e0 faire preuve d\u2019un peu plus de pragmatisme, on constate que, en fin de compte, si <em>Wonder Wheel<\/em> \u00e9tait un vin, il sentirait tellement le bouchon qu\u2019il serait plus proche de la piquette de supermarch\u00e9 que du grand cr\u00fb. On pourrait encore ajouter que le dernier film de Woody Allen ressemble \u00e0 un mat\u00e9riau hautement radioactif, qui, \u00e0 peine cr\u00e9\u00e9, se consume de lui-m\u00eame. Derri\u00e8re ces m\u00e9taphores quelque peu agressives se cache un v\u00e9ritable propos&nbsp;: <em>Wonder Wheel<\/em> appartient \u00e0 la seconde cat\u00e9gorie des films du cin\u00e9aste, ceux qui sont juste banals. Mais pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, de par la r\u00e9currence \u2013 devenant s\u00e9rieusement insupportable chez le r\u00e9alisateur \u2013 de la th\u00e9matique de l\u2019adult\u00e8re et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de la tromperie d\u2019ordre amoureuse et\/ou sexuelle. C\u2019est pr\u00e9visible, tellement pr\u00e9visible que le film perd absolument tout effet de surprise et devient d\u2019une vacuit\u00e9 intersid\u00e9rale. Et ce n\u2019est pas l\u2019aspect \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb de la comparaison avec une trag\u00e9die grecque \u2013 qui arrive environ au milieu du film \u2013 qui arrange les choses&nbsp;: la probable autod\u00e9rision de Woody Allen ne lui pardonne en rien de r\u00e9p\u00e9ter quasi scolastiquement cet insatiable clich\u00e9. Pourtant, pour ne prendre qu\u2019un exemple, <em>Vicky Cristina Barcelona<\/em>, de son c\u00f4t\u00e9, r\u00e9it\u00e9rait aussi le clich\u00e9, mais il arrivait tout de m\u00eame \u00e0 en faire autre chose&nbsp;: loin d\u2019imiter mim\u00e9tiquement cette tournure sc\u00e9naristique d\u2019une grande facilit\u00e9 \u2013 o\u00f9 l\u2019on a sinc\u00e8rement l\u2019impression que tout le monde couche avec tout le monde dans le seul objectif de multiplier les quiproquos \u2013, il proposait une version id\u00e9ologiquement perturbante, si ce n\u2019est d\u00e9rangeante, qui posait de vraies questions sur les rapports sentimentaux \u00e0 l\u2019heure d\u2019aujourd\u2019hui. Dans <em>Wonder Wheel<\/em>, Woody Allen a fait un pas en arri\u00e8re&nbsp;: il revient vers le libertinage le plus acad\u00e9mique, \u00e9cul\u00e9, et carr\u00e9ment invraisemblable. Les personnages se rapprochent alors hideusement de ceux du courant fran\u00e7ais du \u00ab&nbsp;r\u00e9alisme psychologique&nbsp;\u00bb de l\u2019apr\u00e8s-guerre (surnomm\u00e9 commun\u00e9ment, de mani\u00e8re pour le moins d\u00e9pr\u00e9ciative, \u00ab&nbsp;qualit\u00e9 fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb)&nbsp;; <em>Wonder Wheel<\/em> \u00e9voque quelque peu, en effet, pour ses personnages, les films de Jean Delannoy, de Claude Autant-Lara et de Marcel Carn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est pas tout. Le monde repr\u00e9sent\u00e9 \u2013 le milieu forain, les stations baln\u00e9aires\u2026 \u2013 pourrait incontestablement procurer un apport au film, mais il n\u2019en est rien, car il n\u2019est que survol\u00e9 au d\u00e9but du film&nbsp;; dans l\u2019immense majorit\u00e9 de <em>Wonder Wheel<\/em>, les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent et n\u2019offrent qu\u2019une visibilit\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 cet univers, pr\u00e9f\u00e9rant se concentrer sur des conflits amoureux insipides dans des d\u00e9cors int\u00e9rieurs facticement th\u00e9\u00e2traux, ainsi que sur des personnages d\u00e9testables pour lesquels il est tout simplement impossible de ressentir de l\u2019empathie. Les com\u00e9diens jouent tout \u00e0 fait convenablement, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, mais ils n\u2019en incarnent pas moins des protagonistes trop lisses, arch\u00e9typiques et pr\u00e9visibles pour susciter l\u2019\u00e9motion. Woody Allen prend ses personnages d\u2019un peu trop haut, \u00e0 l\u2019instar du narrateur depuis sa chaise surplombante, et il ne dessine Conney Island qu\u2019en surface, sans cr\u00e9er (outre les premi\u00e8res minutes) un soup\u00e7on d\u2019atmosph\u00e8re authentique \u2013 ce qui est incompr\u00e9hensible et dramatique lorsqu\u2019on conna\u00eet la capacit\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne \u00e0 plonger son spectateur dans des ambiances diverses (notamment les villes d\u2019Europe dans lesquelles il a voyag\u00e9&nbsp;: Rome dans <em>To Rome with Love<\/em>, Paris dans <em>Midnight in Paris<\/em>, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, <em>Wonder Wheel<\/em> ne semble \u00eatre qu\u2019une version bis de<em> Caf\u00e9 Society<\/em>, sorti l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Tous deux offrent une vision nostalgique des Etats-Unis (respectivement les ann\u00e9es 30 et les ann\u00e9es 50), mais <em>Wonder Wheel<\/em> n\u2019est qu\u2019une variante profond\u00e9ment fade, aseptis\u00e9e, et surtout irr\u00e9guli\u00e8re de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. L\u2019\u00e9clairage, sans la moindre coh\u00e9rence d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre \u2013 voire d\u2019un plan \u00e0 l\u2019autre (voire, dramatiquement, au sein d\u2019un m\u00eame plan) \u2013, en constitue un tr\u00e8s bon exemple&nbsp;: en effet, il ne cesse d\u2019alterner entre la recherche d\u2019un certain r\u00e9alisme visuel, une stylisation m\u00e9lancolique, une lumi\u00e8re artificielle propre \u00e0 celle d\u2019une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre et des lueurs color\u00e9es infiniment expressionnistes \u2013 ce dernier point \u00e9tant \u00e9trangement proche du travail de Nicolas Winding Refn (<em>Drive<\/em>, <em>The Neon Demon<\/em>\u2026), mais absolument vide de sens ici. <em>Caf\u00e9 Society<\/em> faisait r\u00eaver le spectateur, moi y compris, car le monde qu\u2019il d\u00e9peignait \u00e9tait r\u00e9aliste \u2013 un r\u00e9alisme non pas au sens de l\u2019exact reflet de la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne, bien s\u00fbr, mais un r\u00e9alisme de l\u2019univers fictionnel&nbsp;\u2013, rendant alors v\u00e9ritablement possible une immersion spectatorielle. Un peu comme un <em>La La Land<\/em> (Damien Chazelle) ou un <em>Django Unchained<\/em> (Quentin Tarantino), <em>Caf\u00e9 Society<\/em> rendait hommage \u00e0 une \u00e9poque de l\u2019histoire am\u00e9ricaine, en construisant v\u00e9ritablement un discours dessus. <em>Wonder Wheel<\/em> n\u2019est en aucun cas tout cela&nbsp;; il dessine un Conney Island en toc d\u2019une mani\u00e8re obsessionnellement nostalgique, sans aucun point de mire. <em>Wonder Wheel<\/em> n\u2019est ainsi, en quelque sorte, qu\u2019une caricature d\u2019un bon film de Woody Allen. On esp\u00e8re juste que sa prochaine r\u00e9alisation ne tombera pas dans le m\u00eame \u00e9cueil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8res<\/strong> (24\/01\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Woody Allen est la preuve vivante que quantit\u00e9 ne rime pas syst\u00e9matiquement avec qualit\u00e9. 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