{"id":489,"date":"2018-04-23T01:13:00","date_gmt":"2018-04-22T23:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=489"},"modified":"2023-03-28T01:25:31","modified_gmt":"2023-03-27T23:25:31","slug":"ready-player-one-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/04\/ready-player-one-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Ready Player One\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Ready-Player-One-Critique-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-490\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Ready-Player-One-Critique-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Ready-Player-One-Critique-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Ready-Player-One-Critique-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Ready-Player-One-Critique-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/09\/Ready-Player-One-Critique.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Steven Spielberg est d\u00e9cid\u00e9ment un auteur surprenant. Alors que le mois pass\u00e9, les derni\u00e8res aventures de Lara Croft \u2013 en plus d\u2019insulter ouvertement les <em>gamers<\/em> du monde entier \u2013 nous avaient donn\u00e9 des frissons d\u2019horreur et de tr\u00e8s mauvaises perspectives pour tout film hollywoodien tentant d\u2019aborder le m\u00e9dium vid\u00e9oludique, le dernier long-m\u00e9trage du r\u00e9alisateur des <em>Dents de la mer<\/em> rend au contraire hommage (si ce n\u2019est justice ?) \u00e0 la culture vid\u00e9oludique.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu quasi deux heures de torture sous le joug de l\u2019inf\u00e2me <em>Tomb Raider<\/em>, derni\u00e8re adaptation du jeu vid\u00e9o \u00e0 succ\u00e8s r\u00e9alis\u00e9e par Roar Uthaug, nos attentes concernant <em>Ready Player One<\/em> \u00e9taient l\u00e9g\u00e8rement mitig\u00e9es. Le traumatisme inh\u00e9rent au visionnage du premier \u2013 d\u00fb en grande partie \u00e0 l\u2019\u00e9chec total de fusionner les m\u00e9diums cin\u00e9matographiques et vid\u00e9oludiques \u2013 ne pr\u00e9sageait en effet rien de bon pour les films hollywoodiens voulant se lancer dans une entreprise similaire. De plus, la campagne marketing du dernier long-m\u00e9trage du r\u00e9alisateur d\u2019<em>Indiana Jones<\/em> reposait justement sur l\u2019aspect (ultra) r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e0 la pop culture et sur son ambition de transposition du m\u00e9dium vid\u00e9oludique au cin\u00e9ma. Par ailleurs, le projet \u2013 se voulant \u00e0 la base l\u2019adaptation du livre <em>Player One<\/em> d\u2019Ernest Cline \u2013 \u00e9tait relativement gargantuesque. Cependant, ce qui nous a confort\u00e9 face \u00e0 ces diverses craintes, c\u2019est l\u2019homme qui se tenait derri\u00e8re la cam\u00e9ra : Steven Spielberg. Les films de ce dernier, que l\u2019on ne pr\u00e9sente plus tellement ils sont la source de 50% de la pop culture des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une qualit\u00e9 assez \u00e9lev\u00e9e, d\u2019autant plus lorsqu\u2019on voit que le 100% de ses productions sont des blockbusters. En effet, il a le m\u00e9rite non-n\u00e9gligeable de ne pas (totalement) se conformer m\u00e9caniquement \u00e0 une industrie qui tend de plus en plus \u00e0 l\u2019uniformisation esth\u00e9tique, narrative et id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc avec une surprise consid\u00e9rable que, apr\u00e8s visionnage, nous posons le constat suivant&nbsp;: <em>Ready Player One <\/em>est une claque magistrale ainsi qu\u2019un tournant dans le cin\u00e9ma de divertissement contemporain. Mais avant d\u2019en arriver \u00e0 une analyse plus approfondie, synopsis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ready Player One<\/em> raconte l\u2019histoire de Wade Watts (dont le pseudo est Parzival), un jeune adulte vivant dans une soci\u00e9t\u00e9 dystopique \u2013 mais, de mani\u00e8re tout \u00e0 fait surprenante, assez <em>feel good<\/em> \u2013, dans laquelle les gens passent le plus clair de leur temps dans l\u2019OASIS, un univers en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle bas\u00e9 sur toute la pop culture des ann\u00e9es 1980 \u00e0 aujourd\u2019hui. Ce \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb, o\u00f9 tout est possible, a en quelque sorte remplac\u00e9 les structures socio-culturo-\u00e9conomiques telles que nous les connaissons. A sa mort, le cr\u00e9ateur de l\u2019OASIS, un certain James Hallyday, consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 comme une sorte de dieu, a cr\u00e9\u00e9 une comp\u00e9tition qui consiste \u00e0 passer trois \u00e9preuves. Ces derni\u00e8res se pr\u00e9sentent sous la forme de trois \u00e9nigmes\/niveaux de jeu vid\u00e9o, bas\u00e9s sur les connaissances biographiques de Halliday qu\u2019ont les joueurs, ainsi que sur son <em>background<\/em> culturel. A terme, la r\u00e9compense n\u2019est pas des moindres : le contr\u00f4le total de cette matrice vid\u00e9oludique et la fortune d\u2019Hallyday. Ainsi, par amour pour l\u2019OASIS, Parzival et ses amis vont se lancer dans cette \u00ab&nbsp;chasse \u00e0 l\u2019\u0153uf&nbsp;\u00bb virtuelle et seront oppos\u00e9s \u00e0 Nolan Sorrento, patron de la redoutable soci\u00e9t\u00e9 IOI, dont l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9side plut\u00f4t dans l\u2019instrumentalisation du jeu \u00e0 des fins purement \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re chose qui a frapp\u00e9 notre \u0153il, c\u2019est la qualit\u00e9 indubitablement hallucinante des effets sp\u00e9ciaux. En effet, le film se d\u00e9roulant majoritairement dans un univers virtuel, la plupart des sc\u00e8nes du film sont int\u00e9gralement num\u00e9riques. La technique de la \u00ab&nbsp;performance capture&nbsp;\u00bb, appliqu\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans <em>Le P\u00f4le Express<\/em> de Robert Zemeckis en 2004, puis ayant acquis ses lettres de noblesse avec <em>Avatar <\/em>en 2009, atteint ici son paroxysme. Esth\u00e9tiquement, l\u2019univers ne para\u00eet certes pas \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb au sens litt\u00e9ral du terme, mais le degr\u00e9 de d\u00e9tail et la qualit\u00e9 de l\u2019animation est si \u00e9lev\u00e9e que la suspension d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 vis-\u00e0-vis du monde virtuel est totale. Sur le plan technique, <em>Ready Player One<\/em> est irr\u00e9prochable et marque, en quelque sorte, le d\u00e9but d\u2019une nouvelle \u00e8re dans l\u2019histoire des effets sp\u00e9ciaux num\u00e9riques au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des ind\u00e9niables qualit\u00e9s visuelles (et sonores) du film, le monde de ce dernier est des plus coh\u00e9rents. De la plan\u00e8te apocalyptique <em>Doom<\/em> \u00e0 la discoth\u00e8que futuriste du <em>Distracted Globe<\/em>, en passant par la reproduction quasi exacte d\u2019un film des ann\u00e9es 1980 ainsi qu\u2019un monde r\u00e9el dystopique, les environnements sont vari\u00e9s et provoquent l\u2019\u00e9merveillement, d\u2019autant plus que la mani\u00e8re dont les lieux sont pr\u00e9sent\u00e9s (notamment par le biais de la s\u00e9quence d\u2019introduction) parvient \u00e0 articuler les mondes entre eux sans que la juxtaposition de ceux-ci ne nuise \u00e0 la coh\u00e9rence di\u00e9g\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire celle de l\u2019univers filmique. L\u00e0 o\u00f9 <em>Valerian<\/em> (Luc Besson, 2017) \u00e9tait compl\u00e8tement rat\u00e9 sur cet aspect, <em>Ready Player One<\/em> insuffle de la vie \u00e0 des espaces totalement artificiels. Par ailleurs, le <em>design<\/em> des personnages est int\u00e9ressant, et ne tombe pas dans le pi\u00e8ge facile des clich\u00e9s sur les avatars vid\u00e9oludiques (par exemple : aucune emphase sur le fait qu\u2019une femme joue aux jeux vid\u00e9o, neutralit\u00e9 r\u00e9f\u00e9rentielle et stylistique de Parzival et d\u2019Art3mis, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan narratif, le film construit ses personnages suffisamment bien pour qu\u2019on s\u2019y attache (sans \u00eatre transcendants, les acteurs tiennent tout \u00e0 fait la route), mis \u00e0 part quelques personnages secondaires un peu sous-exploit\u00e9s. De m\u00eame, concernant le sc\u00e9nario, malgr\u00e9 le fait que ce soit un pur film de divertissement hollywoodien, le r\u00e9cit est bien construit et se permet tout de m\u00eame quelques originalit\u00e9s non n\u00e9gligeables. La r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9, point central de la construction de l\u2019univers vid\u00e9oludique de l\u2019OASIS, parvient \u00e0 totalement s\u2019int\u00e9grer au r\u00e9cit sans \u00eatre gratuite, ce qui est un tour de force majeur et miraculeux pour un film de ce genre. Un des propos centraux de <em>Ready Player One<\/em> est justement de repr\u00e9senter la pop culture pour ce qu\u2019elle est vraiment, c\u2019est-\u00e0-dire une composante intrins\u00e8que \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 postmoderne. Bien qu\u2019on la tienne souvent responsable \u2013 \u00e0 juste titre \u2013 de la d\u00e9personnalisation et de la \u00ab&nbsp;stupidification&nbsp;\u00bb d\u2019\u0153uvres d\u2019art singuli\u00e8res et profondes, elle peut (occasionnellement) \u00eatre th\u00e9matis\u00e9e sans passer par la parodie : \u00e0 partir d\u2019un amas d\u00e9sorganis\u00e9 de personnages, de lieux communs et de d\u00e9tails al\u00e9atoires, il est parfois possible de cr\u00e9er quelque chose avec une signification propre, et m\u00eame \u00e9ventuellement dot\u00e9 d\u2019un caract\u00e8re autor\u00e9flexif et critique sur son mat\u00e9riau d\u2019origine. Dans cette cat\u00e9gorie, on peut observer la cin\u00e9matographie de Quentin Tarantino (en particulier <em>Pulp Fiction<\/em>), d\u2019Edgar Wright ou m\u00eame de Matthew Vaughn. C\u2019est donc exactement ce que fait Steven Spielberg avec <em>Ready Player One<\/em>, au point d\u2019enrichir le mat\u00e9riel litt\u00e9raire de base (parfois lacunaire), tout en posant une multitude de critiques sur un \u00e9ventail extr\u00eamement large de probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la pop culture, mais aussi \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine en g\u00e9n\u00e9ral (industrialisation de la culture, d\u00e9personnalisation de l\u2019individu, course au profit \u00e0 n\u2019importe quel co\u00fbt, instrumentalisation de la jeunesse, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme vous avez peut-\u00eatre pu le constater en lisant notre derni\u00e8re critique, un point qui nous tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur est celui de l\u2019adaptation des codes du jeu vid\u00e9o au cin\u00e9ma. L\u00e0 o\u00f9 <em>Tomb Raider<\/em> \u00e9chouait mis\u00e9rablement sur toute la ligne, <em>Ready Player One<\/em> parvient (enfin) \u00e0 marier les deux m\u00e9diums \u00e0 la perfection. Bien qu\u2019il ne soit pas directement une adaptation de jeu vid\u00e9o, il reprend de nombreuses m\u00e9caniques typiquement vid\u00e9oludiques. Sa structure narrative est elle-m\u00eame calqu\u00e9e sur certaines de ces derni\u00e8res : la recherche d\u2019un \u00ab&nbsp;easter egg&nbsp;\u00bb (un clin d\u2019\u0153il extra-di\u00e9g\u00e9tique cach\u00e9 dans le jeu), le sch\u00e9ma des trois \u00e9preuves qui rapportent trois objets servant eux-m\u00eames \u00e0 ouvrir la \u00ab&nbsp;salle finale&nbsp;\u00bb du jeu, la boutique d\u2019armes et \u00e9quipements divers, ou encore l\u2019inventaire, la connexion\/d\u00e9connexion du jeu, etc., tout cela sans prendre idiotement son spectateur par la main et inutilement lui expliquer des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bien tant ils sont ancr\u00e9s dans l\u2019imaginaire collectif. Le film fait preuve d\u2019une telle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 narrative, audiovisuelle, et stylistique qu\u2019il parvient presque \u00e0 nous faire oublier la dimension que le jeu vid\u00e9o a de plus que le septi\u00e8me art : l\u2019interactivit\u00e9. En effet, le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des adaptations vid\u00e9oludiques au cin\u00e9ma \u00e9tait de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 marier les codes des deux m\u00e9diums sans en n\u00e9gliger un. Exemple : le film <em>Mortal Kombat <\/em>est trop vid\u00e9oludique et se moque ouvertement des codes cin\u00e9matographiques&nbsp;; le dernier film <em>Tomb Raider <\/em>est, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, trop conventionnel narrativement pour compenser son manque d\u2019utilisation des caract\u00e9ristiques formelles de son m\u00e9dium d\u2019origine. <em>Ready Player One <\/em>r\u00e9ussit donc l\u2019exploit d\u2019\u00e9tablir un juste milieu, o\u00f9 les deux m\u00e9diums coexistent en symbiose, sans toutefois fusionner v\u00e9ritablement. Cependant, le film parvient \u00e0 presque nous faire oublier le dispositif cin\u00e9matographique tant ses partis pris nous positionnent, en tant que spectateur, au bord du foss\u00e9 s\u00e9miologique qui s\u00e9pare le cin\u00e9ma du jeu vid\u00e9o, nous invitant m\u00eame \u00e0 faire un pas en avant, et ainsi consid\u00e9rer <em>Ready Player One <\/em>comme une \u0153uvre \u00ab&nbsp;filmo-vid\u00e9oludique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Que vous soyez \u2013 comme nous \u2013 obs\u00e9d\u00e9s par des questions de dispositif ou juste \u00e0 la recherche d\u2019un divertissement exceptionnel, ce film saura marquer vos esprits en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2018 et m\u00e9rite ind\u00e9niablement d\u2019\u00eatre vu et revu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gabriel Ratano &amp; Michael Wagni\u00e8res<\/strong> (23\/04\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Steven Spielberg est d\u00e9cid\u00e9ment un auteur surprenant. 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