{"id":325,"date":"2018-11-23T19:39:00","date_gmt":"2018-11-23T18:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=325"},"modified":"2023-03-28T01:23:49","modified_gmt":"2023-03-27T23:23:49","slug":"first-man-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2018\/11\/first-man-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0First Man\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/First-Man-Critique-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-326\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/First-Man-Critique-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/First-Man-Critique-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/First-Man-Critique-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/First-Man-Critique.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ryan Gosling dans <em>First Man<\/em> (Damien Chazelle, 2018).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avec <em>First Man<\/em>, Damien Chazelle, quitte le monde musical des baguettes suintantes de <em>Whiplash<\/em> et les chor\u00e9graphies charmantes de <em>La La Land<\/em>, afin d\u2019embrasser la vie de Neil Armstrong, premier homme sur la lune ; th\u00e8me qui, trait\u00e9 maladroitement, pouvait vite d\u00e9river au r\u00e9cit patriotique p\u00e9nible \u2013 de fait, l\u2019Am\u00e9rique de Trump ne s\u2019y pr\u00eate nullement. Heureusement, il n\u2019en est rien. En effet, avec ce film, Chazelle raconte moins cet exploit national \u00e0 la r\u00e9sonance mondiale que l\u2019histoire dramatique de son pilote, d\u00e9chir\u00e9, en perte d\u2019humanit\u00e9, apr\u00e8s la perte de sa fille. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9cart th\u00e9matique pr\u00e9sum\u00e9 avec le reste de sa filmographie, Chazelle traite en r\u00e9alit\u00e9 une de ses th\u00e9matiques substantielles : le dolorisme ; la douleur per\u00e7ue comme utilit\u00e9, pos\u00e9e comme n\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est en toute logique que le film se construit principalement sous le voile de l\u2019\u00e9touffement : on \u00e9touffe dans les s\u00e9quences de vols absolument magistrales et saisissantes dont le d\u00e9cha\u00eenement des tremblements et des vibrations rend sensorielle \u2013 car on tremble v\u00e9ritablement au rythme de l\u2019image \u2013 la tension claustrophobique qui r\u00e8gne dans ces carlingues ; mais on \u00e9touffe \u00e9galement dans la peau d\u2019un Neil Armstrong(Ryan Gosling) apathique et taiseux, dont la vacuit\u00e9 \u00e9motionnelle d\u00e9note simplement un c\u0153ur meurtri. \u00c0 ces \u00e9gards, on ne peut que saluer le montage sonore \u2013 v\u00e9ritable prouesse du film \u2013 qui d\u00e9cuple doublement l\u2019exp\u00e9rience immersive : tant\u00f4t dans les vaisseaux anxiog\u00e8nes, tant\u00f4t dans la psychologie d\u2019un p\u00e8re endeuill\u00e9, compl\u00e8tement absent de son foyer \u2013 \u00e0 ce titre, il est important de souligner que Janet (Claire Foy), sa femme, apparait davantage seule qu\u2019en sa compagnie. Notons \u00e9galement, qu\u2019au-del\u00e0 du travail effectu\u00e9 sur le son, le film multiplie les outils mim\u00e9tiques : on \u00e9pouse \u00e0 la fois son regard \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 un usage fr\u00e9quent de la cam\u00e9ra subjective \u2013 et sa perception auditive \u2013 c\u2019est particuli\u00e8rement frappant dans une sc\u00e8ne o\u00f9, affubl\u00e9 d\u2019un scaphandre, Armstrong, n\u2019entend pas la vague d\u2019applaudissements autour de lui, faisant, de ce fait, r\u00e9gner le silence dans la salle. Enfin, m\u00eame quand on s\u2019extrait de son int\u00e9riorit\u00e9, le r\u00e9alisateur s\u2019efforce, cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule, de toujours filmer son visage en gros plan afin d\u2019amplifier la tension permanente ; \u00e0 tel point que \u2013 de mani\u00e8re vulgaris\u00e9e \u2013 on pourrait l\u2019affirmer comme d\u00e9cor principal du film.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019emprisonnement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 participe \u00e0 d\u00e9mystifier le r\u00e9cit \u00e9pique de l\u2019alunissage tout en mettant en lumi\u00e8re la qu\u00eate de r\u00e9demption de son pilote. Dans cette perspective, deux \u00e9l\u00e9ments di\u00e9g\u00e9tiques apparaissent comme particuli\u00e8rement \u00e9clairants : la r\u00e9currence avec laquelle Neil regarde la lune t\u00e9moigne d\u2019un myst\u00e8re \u2013 y cherche-t-il un signe de sa fille ? ; ainsi que la s\u00e9quence de la conf\u00e9rence de presse qui pr\u00e9c\u00e8de le grand d\u00e9part o\u00f9 la mise en sc\u00e8ne op\u00e8re un renversement hi\u00e9rarchique : le co-pilote \u2013 interpr\u00e9t\u00e9 par un Corey Stoll tr\u00e8s convaincant \u2013 joue symboliquement le r\u00f4le de la vedette, et Neil Armstrong le subalterne. Tout d\u2019abord, l\u2019opacit\u00e9 et le mutisme d\u2019Armstrong d\u00e9tonnent avec l\u2019attitude enjou\u00e9e et d\u00e9tendue \u2013 il se permet m\u00eame quelques blagues \u2013 de son co-pilote, qui s\u2019attire donc naturellement la pr\u00e9f\u00e9rence de l\u2019auditoire dans la salle de conf\u00e9rence. Mais, le motif le plus frappant r\u00e9side dans le cadrage de la sc\u00e8ne : les plans sur Armstrong pr\u00e9sentent un arri\u00e8re-fond bleut\u00e9 transposant formellement sa froideur ; tandis que son co-pilote est positionn\u00e9 au centre du plan, devant le drapeau am\u00e9ricain, accentuant son ambition patriotique et exposant, par la forme, l\u2019adh\u00e9sion qu\u2019il suscite. Ce n\u2019est pas tout : le montage parall\u00e8le de cette s\u00e9quence associe l\u2019\u00e9tat psychologique d\u2019Armstrong lors de la conf\u00e9rence et sa situation familiale : que ce soit par les m\u00e9dias ou par ses proches, il est assen\u00e9 de questions malgr\u00e9 sa nature mutique. Ce rapprochement d\u00e9crit symboliquement l\u2019isolement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d\u2019un homme taciturne, jamais \u00e0 sa place, dont l\u2019attitude cristallise un profond d\u00e9gout de la vie. D\u00e8s lors, la mission Apollo 11 s\u2019apparente davantage \u00e0 une fuite qu\u2019\u00e0 un voyage r\u00eav\u00e9, longtemps fantasm\u00e9. Pour le dire autrement : c\u2019est une tentative de vaincre l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Une derni\u00e8re chance. Un salut. Sans vouloir d\u00e9peindre la fin du film, par ailleurs merveilleuse, pour des raisons de spoilers \u00e9videntes, je me contenterai simplement d\u2019affirmer deux choses : 1) que tr\u00e8s rarement au cin\u00e9ma le silence n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce point synonyme d\u2019apaisement ; et 2) que les gestes valent bien souvent plus que les mots. Enfin, bien que l\u2019on puisse regretter une direction d\u2019acteur pas toujours tr\u00e8s juste \u2013 notons toutefois que Ryan Gosling confirme, une fois encore, l\u2019immensit\u00e9 de son talent \u2013 qui dessert certaines sc\u00e8nes, ainsi qu\u2019un usage aga\u00e7ant de la musique, beaucoup trop emphatique et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, ce film a tout de m\u00eame le m\u00e9rite de d\u00e9sacraliser cet exploit \u00e9pique. Dans ce film, l\u2019Histoire laisse sa place \u00e0 l\u2019histoire : le pas est grand pour l\u2019homme, et petit pour l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Kevin Pereira<\/strong> (23\/11\/2018)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique du biopic de Neil Armstrong r\u00e9alis\u00e9 par Damien Chazelle avec Ryan Gosling.<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":326,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[56,24,33,62,13,63,61],"class_list":{"0":"post-325","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-56","10":"tag-cinema-2","11":"tag-critique","12":"tag-damien-chazelle","13":"tag-film","14":"tag-first-man","15":"tag-ryan-gosling"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=325"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/326"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}