{"id":3236,"date":"2026-04-29T06:26:00","date_gmt":"2026-04-29T04:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=3236"},"modified":"2026-04-29T11:35:21","modified_gmt":"2026-04-29T09:35:21","slug":"nuestra-tierra-lutte-decoloniale-de-lespace-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2026\/04\/nuestra-tierra-lutte-decoloniale-de-lespace-critique\/","title":{"rendered":"NUESTRA TIERRA\u00a0: LUTTE DECOLONIALE DE L&rsquo;ESPACE (Critique)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-2-1024x576.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3237\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-2-1024x576.png 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-2-300x169.png 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-2-768x432.png 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-2-1536x864.png 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-2.png 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Temporary Import Filme<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quatre long-m\u00e9trages de fiction, la r\u00e9alisatrice argentine Lucrecia Martel se tourne cette fois-ci vers le documentaire, en prenant un sujet plus que d\u2019actualit\u00e9 dans son pays et \u00e0 travers le monde&nbsp;: la revendication des peuples et communaut\u00e9s indig\u00e8nes. Entre images d\u2019archives, notamment celles du meurtre, photos prises par les familles et captation du proc\u00e8s, <em>Nuestra Tierra<\/em> restitue non seulement un crime, mais peint aussi le portrait de la communaut\u00e9 Chuschagasta et les luttes constantes pour revendiquer son droit de vie. Le film prend comme fil conducteur le d\u00e9roul\u00e9 du proc\u00e8s, en y ins\u00e9rant des passages tourn\u00e9s sur les membres de la communaut\u00e9, les familles, les histoires personnelles \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Lucrecia Martel s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019autor\u00e9flexivit\u00e9 du cin\u00e9ma (<em>Ben-Hur<\/em> ouvertement cit\u00e9 comme r\u00e9veil de conscience politique), \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 raconter, \u00e0 symboliser, \u00e0 rendre la v\u00e9rit\u00e9 saillante, mais aussi \u00e0 rendre justice. Si le tribunal reconna\u00eet coupables les meurtriers, reconnaissance l\u00e9gale donc, <em>Nuestra Tierra<\/em> reconna\u00eet la communaut\u00e9 Chuschagasta comme victime, mais aussi comme vivante. Lucrecia Martel joue avec la fiction et le documentaire, pas dans sa forme, mais dans son propos m\u00eame. Une s\u00e9quence captivante pr\u00e9sente la reconstitution du meurtre, sous les yeux de la police judiciaire, par les assassins et par les t\u00e9moins. A l\u2019appui, une vid\u00e9o peu claire, o\u00f9 le son prime sur l\u2019image, film\u00e9e par un des coupables, constitue une preuve documentaire autour de laquelle la fiction va tenter de s\u2019immiscer, en chargeant le discours colon \u00e0 l\u2019encontre des victimes.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici qu\u2019entre en jeu un autre th\u00e8me primordial, la place de la communaut\u00e9 au sein de l\u2019Etat argentin. <em>Nuestra Tierra<\/em>, dont la traduction litt\u00e9rale en fran\u00e7ais est \u00ab\u00a0notre terre\u00a0\u00bb, pose une question primordiale, d\u00e8s son titre, vis-\u00e0-vis de la position des communaut\u00e9s autochtones face aux puissances coloniales, dont le principe m\u00eame consiste \u00e0 s&rsquo;accaparer, s&rsquo;approprier des terres d\u00e9finies comme \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb. D\u00e9limiter le territoire, c&rsquo;est encadrer une suppos\u00e9e zone de civilisation, \u00e9tablir des codes occidentaux dans un paysage hostile aux blancs. En outre, du point de vue colonial omnipr\u00e9sent au cin\u00e9ma, c&rsquo;est agir de mani\u00e8re bienveillante, altruiste, m\u00eame h\u00e9ro\u00efque aupr\u00e8s du \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb, dont le massacre devient n\u00e9cessaire au nom de l&rsquo;instauration de la sacrosainte civilisation. Le film de Martel ne manque pas d&rsquo;\u00e9tablir ce paradoxe. La communaut\u00e9 Chuschagasta f\u00eate l&rsquo;Ind\u00e9pendance de l&rsquo;Argentine, arborant fi\u00e8rement le drapeau blanc et bleu ciel, que le petit soleil vient orner, c\u00e9l\u00e9brant un Etat qui les rejette, et se consid\u00e9rant comme faisant partie de la nation. Cette m\u00eame Argentine, fond\u00e9e sur un id\u00e9al colonial, dont l&rsquo;Ind\u00e9pendance signifie en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;instauration de fronti\u00e8res strictes et de la mon\u00e9tisation des terres. Etat qui a longtemps consid\u00e9r\u00e9 les populations autochtones comme disparues, mall\u00e9ant les caract\u00e9ristiques les d\u00e9finissant, afin de consid\u00e9rer la \u00ab\u00a0sauvagerie\u00a0\u00bb comme \u00e9teinte, signifiant l&rsquo;instauration d\u00e9finitive de la civilisation occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau film de Lucrecia Martel balaie fermement les repr\u00e9sentations coloniales auxquelles le cin\u00e9ma s&rsquo;est rattach\u00e9 pendant son si\u00e8cle et quelque d&rsquo;existence. La r\u00e9alisatrice argentine use des techniques, des conventions du m\u00e9dium pour r\u00e9tablir des v\u00e9rit\u00e9s absentes, souligner des mensonges historiques. Une interview avec un historien, mise, gr\u00e2ce au montage et au champ\/contrechamp, en r\u00e9sonance avec le tribunal, permet de d\u00e9caler la malhonn\u00eat\u00e9, la dangerosit\u00e9 du narratif national, qui a effac\u00e9 ses premiers habitants pour pr\u00f4ner les colons. Le proc\u00e8s n&rsquo;est qu&rsquo;un reflet de l&rsquo;attitude de ces derniers vis-\u00e0-vis des communaut\u00e9s autochtones : les terres ne sont vues que comme ressources mon\u00e9taires, que le capitalisme doit \u00e0 tout prix gangr\u00e9ner, et qui passe donc par l&rsquo;\u00e9limination de toute entit\u00e9 ne faisant pas partie du syst\u00e8me, tandis qu&rsquo;elles constituent la source vitale des populations natives, ch\u00e9rissant la nature, pendant que d&rsquo;autres ne veulent que la d\u00e9truire. L&rsquo;individu corrupteur doit donc d\u00e9stabiliser la communaut\u00e9, ravager la structure familiale, voler les animaux, d\u00e9rober la terre, pour obtenir son profit : l&rsquo;argent, symbole ultime de la puissance coloniale capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>A d\u00e9couvrir d\u00e8s le 29 avril au Cin\u00e9matographe !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gil Dalebroux<\/strong>\u00a0(29.04.2026)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><em>Nuestra Tierra<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>R\u00e9alisation\u00a0: Lucrecia Martel<\/li>\n\n\n\n<li>Pays de production\u00a0: Argentine<\/li>\n\n\n\n<li>Genre\u00a0: Documentaire<\/li>\n\n\n\n<li>Acteurices: Communaut\u00e9 Indig\u00e8ne Chuschagasta<\/li>\n\n\n\n<li>Dur\u00e9e\u00a0: 2h02<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La communaut\u00e9 Chuschagasta, vivant dans une r\u00e9gion montagneuse sur le territoire argentin, doit constamment lutter pour le droit de ses terres. En 2009, leur leader, Javier Chocobar, est assassin\u00e9 par des hommes voulant obtenir le territoire appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 indig\u00e8ne. Nuestra Tierra suit leur proc\u00e8s. <\/p>\n","protected":false},"author":1001312,"featured_media":3237,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,127,16,1],"tags":[153,376,341,374,375],"class_list":{"0":"post-3236","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-au-cinema","9":"category-critiques","10":"category-uncategorized","11":"tag-argentine","12":"tag-chuschagasta","13":"tag-cinematographe","14":"tag-documentaire","15":"tag-lucrecia-martel"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3236","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001312"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3236"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3236\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3238,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3236\/revisions\/3238"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3237"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3236"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3236"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3236"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}