{"id":3220,"date":"2026-04-08T06:13:00","date_gmt":"2026-04-08T04:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=3220"},"modified":"2026-04-08T13:41:35","modified_gmt":"2026-04-08T11:41:35","slug":"i-swear-machine-a-sensibiliser-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2026\/04\/i-swear-machine-a-sensibiliser-critique\/","title":{"rendered":"I Swear : machine \u00e0 sensibiliser (critique)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"940\" height=\"529\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3221\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image.png 940w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-300x169.png 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2026\/04\/image-768x432.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;Praesens-Film AG<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Machine \u00e0 sensibiliser<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment lutter contre une maladie incurable, qui ne cause de mort que sociale ? Dans <em>I Swear<\/em>,de Kirk Jones, cet enjeu d\u00e9termine la mission que s\u2019est donn\u00e9e l\u2019homme dont il s\u2019inspire, autant que l\u2019ambition de prolonger, voire amplifier ce combat \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p>Atteint du syndrome Gilles de la Tourette depuis l\u2019adolescence, John Davidson a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 sensibiliser l\u2019opinion pour att\u00e9nuer les stigmates de ce trouble neurologique encore mal connu, ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 membre de l\u2019Empire britannique en 2019. Dans le plan qui saisit la remise de d\u00e9coration, sur laquelle s\u2019ouvre le film, le lettrage cruciforme du titre sugg\u00e8re d\u2019embl\u00e9e un destin christique pour celui qu\u2019incarne l\u2019excellent Robert Aramayo. En effet, la reconnaissance de son d\u00e9vouement par la reine \u00e9quivaut \u00e0 une r\u00e9surrection aux yeux de la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 qui le \u00ab&nbsp;mit \u00e0 mort&nbsp;\u00bb sit\u00f4t les premiers sympt\u00f4mes apparus \u2014 tics moteurs et insultes incontr\u00f4lables, soit autant de comportements infamants qui restreignent son acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, au logement ou encore au mariage, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une vie normale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des hauts et des bas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais <em>I Swear<\/em> ne se contente pas de restituer cette trajectoire, que l\u2019on serait tent\u00e9 de qualifier de convenue si elle n\u2019\u00e9tait pas inspir\u00e9e de faits r\u00e9els. Il d\u00e9ploie tous les artifices de la fiction pour dramatiser le destin de son protagoniste, et en prolonger l\u2019\u0153uvre \u00e9ducative. Le <em>happy end <\/em>anticip\u00e9 permet ainsi de g\u00e9rer les anticipations du public, suivant un ressort narratif \u00e9prouv\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il les construit : l\u2019incipit ayant expos\u00e9 le syndrome, la f\u00e9licit\u00e9 de John adolescent inspire fatalement la crainte de voir cet avenir bris\u00e9. De l\u2019autre, il les d\u00e9gonfle, puisque l\u2019on sait que tout finira bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, cette \u00e9conomie narrative m\u00e9nage paradoxalement un espace au film pour malmener son protagoniste, dont il organise la d\u00e9ch\u00e9ance terme \u00e0 terme. Alors qu\u2019il entre au lyc\u00e9e, John est en effet d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9 comme entreprenant, en amour comme en affaires \u2014 l\u2019argent de poche gagn\u00e9 en livrant des journaux lui permet d\u2019inviter une camarade de classe au cin\u00e9ma \u2014, et gardien de but prometteur. Las, il est ensuite m\u00e9thodiquement humili\u00e9 \u00e0 l\u2019apparition des premiers sympt\u00f4mes ; devant son amie, puis devant le <em>scout<\/em> venu le voir jouer. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9motion suscit\u00e9e, la r\u00e9p\u00e9tition de ce sch\u00e9ma, qui fait suivre chaque progr\u00e8s dans le quotidien de John par une arrestation ou un passage aux urgences, finit par lasser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Troublant m\u00e9lange<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La fiction aurait pourtant bien des choses \u00e0 apporter \u00e0 la mission du John authentique. L\u2019on aper\u00e7oit ce potentiel dans la repr\u00e9sentation de ses rapports sociaux, marqu\u00e9s notamment par la suspicion que ses tics vocaux manifesteraient le fond de sa pens\u00e9e. Cette id\u00e9e se v\u00e9rifie d\u2019abord dans une s\u00e9quence de blackjack jou\u00e9 avec sa famille de substitution&nbsp;; habile r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la double acception du terme \u00ab&nbsp;handicap&nbsp;\u00bb, qui renvoie aussi bien \u00e0 la condition de John qu\u2019\u00e0 l\u2019avantage qu\u2019il procure malgr\u00e9 lui \u00e0 ses partenaires de jeu, en leur r\u00e9v\u00e9lant ses cartes. Mais elle est vite battue en br\u00e8che lorsque John s\u2019accuse d\u2019un crime qu\u2019il n\u2019a pas commis, refl\u00e9tant toute la complexit\u00e9 du syndrome.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de \u00e7a, <em>I Swear<\/em> laisse une d\u00e9sagr\u00e9able impression de m\u00e9lange des genres, qui tient beaucoup \u00e0 sa s\u00e9quence conclusive. \u00c0 rebours de la pr\u00e9misse d\u2019incurabilit\u00e9 du syndrome, il pr\u00e9sente comme \u00ab&nbsp;rem\u00e8de miracle&nbsp;\u00bb un bracelet dont le fabricant est abondamment cit\u00e9. Et pour renforcer l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;tout \u00e9tait vrai&nbsp;\u00bb, d\u00e9filent au g\u00e9n\u00e9rique des images d\u2019archives o\u00f9 l\u2019on reconna\u00eet non seulement les personnages, mais aussi des r\u00e9pliques du film. Ironiquement, la confusion avec sa source d\u2019inspiration se prolonge par-del\u00e0 l\u2019\u00e9cran&nbsp;: la pol\u00e9mique suscit\u00e9e aux BAFTA par les insultes racistes prof\u00e9r\u00e9es par John&nbsp;\u2014 le vrai \u2014 rappelle que le <em>happy end<\/em> ne marque pas toujours la fin de l\u2019histoire. Le\u00e7on que le film aurait bien du mal \u00e0 assumer&nbsp;: lorsque l\u2019on porte le syndrome de la Tourette, on peut \u00eatre crucifi\u00e9 plus d\u2019une fois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dimitri Nouveau<\/strong> (08.04.2026)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><em>I swear<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>R\u00e9alisation&nbsp;: Kirk Jones<\/li>\n\n\n\n<li>Pays de production&nbsp;: Royaume-Uni<\/li>\n\n\n\n<li>Genre&nbsp;: Drame<\/li>\n\n\n\n<li>Acteurices: Peter Mullan, Shirley Henderson, Robert Aramayo<\/li>\n\n\n\n<li>Dur\u00e9e&nbsp;: 2h01<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Inspir\u00e9 du combat d\u2019un \u00c9cossais atteint du syndrome de la Tourette, I Swear cherche \u00e0 marquer les esprits, aux d\u00e9pens de l\u2019\u00e9paisseur de son r\u00e9cit.<\/p>\n","protected":false},"author":1001312,"featured_media":3221,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,127,16,1],"tags":[9,33,13,371,372],"class_list":{"0":"post-3220","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-au-cinema","9":"category-critiques","10":"category-uncategorized","11":"tag-cinema","12":"tag-critique","13":"tag-film","14":"tag-i-swear","15":"tag-kirk-jones"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001312"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3220"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3223,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3220\/revisions\/3223"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3221"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}