{"id":319,"date":"2019-03-02T19:23:00","date_gmt":"2019-03-02T18:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=319"},"modified":"2023-03-28T01:22:57","modified_gmt":"2023-03-27T23:22:57","slug":"the-favourite-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2019\/03\/the-favourite-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0The Favourite\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/The-Favourite-Critique-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-320\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/The-Favourite-Critique-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/The-Favourite-Critique-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/The-Favourite-Critique-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/The-Favourite-Critique.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Emma Stone dans <em>The Favourite<\/em> (Y\u00f3rgos L\u00e1nthimos, 2018).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>D\u2019embl\u00e9e, je me dois de faire une confidence&nbsp;: je ne supporte pas les aristocrates costum\u00e9s (17-19<sup>\u00e8me&nbsp;<\/sup>si\u00e8cles environ). Quelque chose me r\u00e9pugne visc\u00e9ralement lorsque j\u2019en vois sur un \u00e9cran de cin\u00e9ma, ou sur un tableau dans un mus\u00e9e. Vraisemblablement, c\u2019est le fait qu\u2019incessamment ils se mettent eux-m\u00eames en sc\u00e8ne \u2013 de par leur accoutrement et leurs tiques langagiers \u2013 qui m\u2019exasp\u00e8re. Autant dire que les films se situant di\u00e9g\u00e9tiquement dans cette p\u00e9riode historique (et aupr\u00e8s de cette classe sociale) sont tr\u00e8s mal partis pour me plaire. Pour ne prendre qu\u2019un exemple de ce cas de figure, <em>Raison et Sentiments&nbsp;<\/em>(Ang Lee, 1995) repr\u00e9sente sans doute l\u2019un des cas les plus paroxysmiques de ce qui est cin\u00e9matographiquement d\u00e9testable : nonobstant le fait que Jane Austen soit l\u2019auteure du roman original \u2013 et que ce dernier soit donc&nbsp;progressif pour l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 \u2013, le film pour sa part, en plus d\u2019\u00eatre d\u2019une insipidit\u00e9 sans pareille, livre une vision totalement fantasmatique des relations amoureuses entre aristocrates, dans lesquelles les beaux sentiments nient les r\u00e9alit\u00e9s sociopolitiques de cette \u00e9poque et, de par ce lancinant platonisme, effacent pu\u00e9rilement la dimension charnelle intrins\u00e8que \u00e0 tout rapport humain. C\u2019est un long-m\u00e9trage qui suinte \u00e0 chaque seconde la mauvaise foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, si me je suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller voir <em>La Favorite&nbsp;<\/em>(2019), c\u2019est essentiellement pour deux raisons&nbsp;: d\u2019une part Emma Stone, que je trouve extr\u00eamement talentueuse, et d\u2019autre part le metteur en sc\u00e8ne grec Y\u00f3rgos L\u00e1nthimos, qui a ces derni\u00e8res ann\u00e9es co-\u00e9crit et r\u00e9alis\u00e9 <em>The Lobster&nbsp;<\/em>(2015) et <em>Mise \u00e0 mort du cerf sacr\u00e9&nbsp;<\/em>(2017), deux films qui ont provoqu\u00e9 chez moi un malaise certain. M\u00eame si on peut reprocher \u00e0 L\u00e1nthimos son nombrilisme sur le plan stylistique \u2013 au sens o\u00f9 il semble parfois faire de \u00ab&nbsp;l\u2019art pour l\u2019art&nbsp;\u00bb \u2013, il parvient tout de m\u00eame \u00e0 d\u00e9gager dans ses \u0153uvres des th\u00e9matiques suffisamment fortes pour convaincre le spectateur, tout en jouant sur l\u2019absurdit\u00e9 des situations qu\u2019il met en sc\u00e8ne&nbsp;; \u00e9merge alors une ambiance \u00e0 la fois sinistre et dr\u00f4le, que le cin\u00e9ma contemporain n\u2019offre pas assez souvent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Favorite<\/em>, heureusement, s\u2019inscrit dans la droite lign\u00e9e des deux films pr\u00e9c\u00e9dents de L\u00e1nthimos. Il raconte l\u2019histoire d\u2019Abigail (Emma Stone), une jeune servante qui vient d\u2019arriver \u00e0 la cour de la reine d\u2019Angleterre, Anne (Olivia Colman). Cette derni\u00e8re, mal au point physiquement et psychologiquement, est assist\u00e9e dans ses t\u00e2ches gouvernementales par Sarah (Rachel Weisz), qui dispose de plus de pouvoir que th\u00e9oriquement elle ne devrait. Abigail va chercher \u00e0 renouer avec ses origines aristocratiques, en se rapprochant de Sarah et de la reine. Le film devient alors une lutte pour le pouvoir, dont l\u2019hypocrisie et la tromperie sont les principaux moteurs. Autour de ce trio gravitent de nombreux personnages tous plus loufoques les uns que les autres, tel Robert Harley (Nicholas Hoult), un pacifiste francophile particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le long-m\u00e9trage de Y\u00f3rgos L\u00e1nthimos est si incroyable, c\u2019est parce qu\u2019il parvient justement \u00e0 combler les deux manquements du film d\u2019Ang Lee (que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 en ouverture)&nbsp;: la dimension sociopolitique et la corporalit\u00e9 des actants. Ces deux aspects, il me faut \u00e0 pr\u00e9sent les aborder plus en profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans cesse, <em>La Favorite&nbsp;<\/em>articule les contextes \u00ab&nbsp;micro&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;macro&nbsp;\u00bb de sa di\u00e9g\u00e8se, mais savamment il efface dans le hors-champ le second afin de sur-dramatiser \u2013 jusqu\u2019au grotesque \u2013 &nbsp;le premier. En d\u2019autres termes, L\u00e1nthimos ne quitte jamais ses personnages, enferm\u00e9s quasiment du d\u00e9but \u00e0 la fin dans le kitchissime palais de la reine Anne, et \u00e9voque seulement verbalement les probl\u00e8mes du monde ext\u00e9rieur&nbsp;\u2013 essentiellement la guerre entre l\u2019Angleterre et la France. <em>La Favorite&nbsp;<\/em>en devient un huis-clos relativement d\u00e9rangeant, du fait que les horreurs et les absurdit\u00e9s du monde se voient rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 une conversation de couloir d\u2019une incommensurable insignifiance, alors que seule la lutte pour le \u00ab&nbsp;pouvoir&nbsp;\u00bb est importante pour les protagonistes&nbsp;; apr\u00e8s tout, tuer des millions d\u2019innocents importe-t-il vraiment lorsqu\u2019on peut rester un peu plus \u00ab&nbsp;prestigieux&nbsp;\u00bb \u00e0 la cour&nbsp;? A cet \u00e9gard, il convient de souligner l\u2019excellence du jeu d\u2019acteur, qui contribue \u00e0 construire cette atmosph\u00e8re si ambivalente, puisque tout est \u00e0 la fois attachant de par son caract\u00e8re ridicule (la d\u00e9mesure de chaque sc\u00e8ne et de chaque personnage), et d\u00e9testable de par son naturalisme (l\u2019\u00e9go\u00efsme de l\u2019\u00eatre humain qui transpara\u00eet \u00e0 chaque instant).<\/p>\n\n\n\n<p>Le second aspect sur lequel je tiens \u00e0 m\u2019attarder, c\u2019est la dimension \u00ab&nbsp;charnelle&nbsp;\u00bb du film. Si la pr\u00e9sence de l\u2019affect n\u2019est pas n\u00e9glig\u00e9e, cette facette est avant tout li\u00e9e \u00e0 l\u2019incessant double jeu que m\u00e8nent Abigail et Sarah&nbsp;; en effet, la sentimentalit\u00e9 n\u2019est, chez les aristocrates, qu\u2019une question de mise en sc\u00e8ne. On se d\u00e9peint comme souffrant du plus profond de notre \u00e2me, on se pr\u00e9sente comme int\u00e9ress\u00e9 par telle ou telle chose, seulement pour la flatterie que de telles attitudes engendrent. Cette esth\u00e9tique de l\u2019obs\u00e9quiosit\u00e9 ne vise finalement qu\u2019\u00e0 masquer les pulsions des protagonistes, et \u00e0 cet \u00e9gard rien n\u2019est visuellement effac\u00e9 dans <em>La Favorite<\/em>&nbsp;: masturbation incontr\u00f4l\u00e9e, lesbianisme manipulatoire, prostitution lugubre, etc. Dans le plus pur respect de l\u2019Histoire, le mariage est r\u00e9duit \u00e0 une affaire \u00e9conomique, administrative m\u00eame, dans lequel tout ressenti a disparu&nbsp;; le sexe et la nudit\u00e9, quant \u00e0 eux, ne servent qu\u2019\u00e0 s\u2019approprier le pouvoir ou \u00e0 amuser les plus riches. Tous les tabous puritains propres \u00e0 cette classe sociale sont exhib\u00e9s au grand jour, d\u00e9notant toute la perversion exp\u00e9rimentable gr\u00e2ce \u00e0 leur fortune, et l\u2019hypocrisie qui leur permet de s\u2019en cacher. Notons que l\u2019utilisation ultra r\u00e9currente d\u2019objectifs <em>fisheye&nbsp;<\/em>\u2013 dont la focale est si courte que Stanley Kubrick et Terry Gilliam paraissent en comparaison tourner leurs films au t\u00e9l\u00e9objectif \u2013, qui telle une GoPro d\u00e9forment les perspectives, participe \u00e0 irr\u00e9aliser le monde dans lequel se meuvent les aristocrates, les transformant en figures grossi\u00e8res (d\u00e9-sublim\u00e9es de plus par d\u2019interminables ralentis) et le d\u00e9cor environnant en une monstrueuse et artificielle maison de poup\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Favorite&nbsp;<\/em>est, en somme, un film \u00e0 voir. Assur\u00e9ment, les fans du r\u00e9alisateur seront combl\u00e9s&nbsp;; les novices, eux, pourront se familiariser plus ais\u00e9ment avec les \u0153uvres de Y\u00f3rgos L\u00e1nthimos, puisque <em>La Favorite&nbsp;<\/em>est la plus \u00ab&nbsp;abordable&nbsp;\u00bb pour le grand public \u2013 bien qu\u2019il soit plus qu\u2019optimiste de parler ainsi, la pr\u00e9sence de c\u00e9l\u00e8bres actrices am\u00e9ricaines \u00e9tant l\u2019une des seules portes d\u2019entr\u00e9es dans ce film \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique novatrice et au propos tout sauf aseptis\u00e9. Et si, comme moi, vous d\u00e9testez les aristocrates \u00ab&nbsp;mani\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb, vous les d\u00e9testerez encore plus gr\u00e2ce \u00e0 Y\u00f3rgos L\u00e1nthimos\u2026 juste un peu plus narquoisement qu\u2019auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8re<\/strong> (02\/03\/2019)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique de nouveau film de Yorgos Lanthimos avec Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman.<\/p>\n","protected":false},"author":1001233,"featured_media":320,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[56,9,33,53,13,57,55,54],"class_list":{"0":"post-319","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-56","10":"tag-cinema","11":"tag-critique","12":"tag-emma-stone","13":"tag-film","14":"tag-olivia-colman","15":"tag-the-favourite","16":"tag-yorgos-lanthimos"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001233"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/320"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}