{"id":316,"date":"2019-08-15T19:16:00","date_gmt":"2019-08-15T17:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=316"},"modified":"2023-03-28T01:22:43","modified_gmt":"2023-03-27T23:22:43","slug":"once-upon-a-time-in-hollywood-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2019\/08\/once-upon-a-time-in-hollywood-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Once Upon a Time\u2026 in Hollywood\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Once-Upon-a-Time\u2026-in-Hollywood-Critique-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-317\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Once-Upon-a-Time\u2026-in-Hollywood-Critique-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Once-Upon-a-Time\u2026-in-Hollywood-Critique-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Once-Upon-a-Time\u2026-in-Hollywood-Critique-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Once-Upon-a-Time\u2026-in-Hollywood-Critique.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Brad Pitt, Leonardo DiCaprio et Margot Robbie dans <em>Once Upon a Time\u2026 in Hollywood<\/em> (Quentin Tarantino, 2019).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On se trouve mal \u00e0 l\u2019aise \u00e0 r\u00e9sumer l\u2019intrigue de <em>Once upon a time in\u2026 Hollywood<\/em>, dernier <em>opus<\/em> de Quentin Tarantino. Ceci pour un simple et bon argument\u2009: sa vraie raison d\u2019\u00eatre, s\u2019il fallait lui en trouver une, r\u00e9side \u00e0 hors du film lui-m\u00eame, dans la chronique des meurtres de l\u2019actrice Sharon Tate, femme du r\u00e9alisateur Roman Polanski, et de quatre de ses amis dans sa maison de Bel-Air, \u00e0 Los Angeles, le 9 ao\u00fbt 1969, par la secte de Charles Manson. L\u2019intrigue du film, elle, change radicalement la nature m\u00eame de cet \u00e9pisode sanglant de telle fa\u00e7on que tout ce qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 perd compl\u00e8tement en importance et en sens narratif.<\/p>\n\n\n\n<p>On est \u00e0 Hollywood en 1969. Rick Dalton est un acteur de western pour la t\u00e9l\u00e9vision, autrefois \u00e0 la page, dont la carri\u00e8re se porte mal dans une Los Angeles <em>hippy<\/em> o\u00f9 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de jeunes cin\u00e9astes, acteurs et actrices fait ses preuves. Parmi eux, un couple c\u00e9l\u00e8bre\u2009: le r\u00e9alisateur Roman Polanski et sa femme, la jeune actrice Sharon Tate, qui viennent de s\u2019installer dans une maison voisine \u00e0 celle de Rick. Le film suit pendant plus de deux heures le quotidien de Rick et de son <em>personal stuntman<\/em> Cliff Booth parall\u00e8lement \u00e0 celui de Sharon, sans que les deux r\u00e9cits se croisent v\u00e9ritablement. Et cela jusqu\u2019aux derni\u00e8res minutes du film, lorsque Sharon invite Rick \u00e0 prendre un verre dans sa maison, o\u00f9 la secte de Charles Manson\u2026 n\u2019aura finalement jamais mis les pieds en ce soir fatal du 9 ao\u00fbt 1969.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me d\u2019une telle structure narrative\u2009r\u00e9side alors dans le choix de Tarantino de faire converger les histoires de Rick Dalton, de la <em>Manson Family<\/em> et de Sharon Tate vers un climax narratif qui en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019implique pas directement cette derni\u00e8re et qui par cons\u00e9quence appara\u00eet compl\u00e8tement incompr\u00e9hensible, au point o\u00f9 l\u2019on est alors oblig\u00e9 de questionner l\u2019utilit\u00e9 narrative (di\u00e9g\u00e9tique) d\u2019inclure le personnage de Sharon Tate dans le film.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce film, Tarantino renonce presque totalement \u00e0 d\u00e9ployer les dispositifs narratifs et sc\u00e9naristes qui l\u2019ont rendu c\u00e9l\u00e8bre dans le monde entier\u2009: <em>exit<\/em> les dialogues complexes et audacieux, ainsi que les situations grotesques et intrigantes de <em>Pulp Fiction<\/em> ou de <em>Inglorious Basterds<\/em>. Ce qui reste est un bric-\u00e0-brac de s\u00e9quences languissantes, ternes et superficielles, tr\u00e8s mal li\u00e9es les unes aux autres, qui tend \u00e0 ressembler beaucoup plus au travail de Claude Lelouch qu\u2019aux pr\u00e9c\u00e9dents films du r\u00e9alisateur am\u00e9ricain. Un auto-complaisant monument au vide \u00e0 100 millions de dollars dans une esth\u00e9tique vaguement <em>sixties<\/em>\u2009: voil\u00e0 ce qui pourrait \u00eatre une bonne \u2014 et peu flatteuse \u2014 d\u00e9finition de <em>Once upon a time in\u2026 Hollywood<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me fondamental vient des personnages des films de Tarantino qui \u2013 m\u00eame dans ses films meilleurs \u2013 ne sont, en g\u00e9n\u00e9ral, pas aussi int\u00e9ressants que les situations, souvent surr\u00e9elles ou grotesques, dans lesquelles ils \u00e9voluent. Par exemple, Vincent Vega et Mia Wallace dans <em>Pulp Fiction<\/em> ne sont qu\u2019une repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de l\u2019homme de main et de la femme fatale. C\u2019est, entre autres, la qualit\u00e9 de l\u2019intrigue et des dialogues qui \u00e9l\u00e8vent leurs sc\u00e8nes, tandis que l\u2019auto-ironie et la vision post-moderne du cin\u00e9ma noir dans laquelle baigne le film est capable de montrer le ridicule profond d\u2019une certaine soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une certaine mani\u00e8re de concevoir la vie et les rapports entre les \u00eatres humains dans le monde contemporain. Mais <em>Once upon a time in\u2026 Hollywood<\/em> n\u2019est presque jamais post-moderne, surr\u00e9el ou grotesque et d\u00e9montre au contraire, dans son approche nostalgique et sa narration hyper-simpliste, la volont\u00e9 qu\u2019a Tarantino cette fois-ci de jouer selon les canons d\u2019un classicisme pur sucre. En se reposant sur des protagonistes fades et sans nuances qui ne sortent pratiquement jamais des limites narratives qui leur sont impos\u00e9es (l\u2019acteur \u00ab\u2009has been\u2009\u00bb, son <em>stuntman<\/em> macho, la starlette au sommet de la gloire et aim\u00e9e de tous, etc.) et pas sur une relecture \u2014 postmoderne ou d\u2019autre type \u2014 capable de les remettre en question, le film ne fait que ressortir de mani\u00e8re impitoyable la banalit\u00e9 et la manque d\u2019\u00e9paisseur de ses personnages. Jamais l\u2019auto-ironie n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi loin des intentions de Tarantino que dans ce film, m\u00eame lorsqu\u2019il essaie d\u2019\u00eatre dr\u00f4le\u2009: au contraire, presque tout ici est pris au premier degr\u00e9, sans aucune distance critique, et ne t\u00e9moigne de rien d\u2019autre que de l\u2019amour aveugle du r\u00e9alisateur pour une certaine <em>pop culture<\/em> dont est impr\u00e9gn\u00e9 son imaginaire de <em>geek<\/em>. L\u2019humour reste donc tr\u00e8s superficiel, une succession d\u2019<em>inside jokes<\/em> plus qu\u2019un moyen d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des couches additionnelles de sens donn\u00e9 aux \u00e9v\u00e9nements et personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dommage parce qu\u2019un couple de s\u00e9quences r\u00e9ussies d\u00e9montre ce que le film aurait pu \u00eatre si Tarantino avait compris et \u00e9vit\u00e9 les pi\u00e8ges d\u2019un sc\u00e9nario \u00e0 ce point mou et complaisant. Ces s\u00e9quences dans l\u2019ensemble r\u00e9ussies le sont avant tout, car bas\u00e9es, contrairement au reste de l\u2019\u0153uvre, soit sur l\u2019approfondissement de traits de caract\u00e8re des personnages, soit sur une \u00e9volution narrative coh\u00e9rente, comme dans le meilleur cin\u00e9ma classique. La premi\u00e8re s\u00e9quence, lorsque Cliff visite le ranch de George Spahn, o\u00f9 la <em>Manson Family<\/em> habite \u2014 probablement la meilleure sc\u00e8ne du film \u2014, arrive \u00e0 d\u00e9peindre une v\u00e9ritable atmosph\u00e8re de suspense et de myst\u00e8re, en renversant l\u2019ambiance insouciante qui entourait les hippies dans la premi\u00e8re partie du film et arrive peu \u00e0 peu \u2014 en ayant recours \u00e0 plusieurs caract\u00e9ristiques stylistiques du western et du film d\u2019\u00e9pouvante \u2014 \u00e0 sugg\u00e9rer habilement le charme horrifique de la secte de Charles Manson. La seconde s\u00e9quence, celle qui montre une souriante Sharon Tate en train de se regarder \u00e0 l\u2019\u00e9cran d\u2019une salle de cin\u00e9ma de Los Angeles, d\u00e9voile avec une juste mesure le c\u00f4t\u00e9 sentimental du film, baign\u00e9 de nostalgie du Hollywood d\u2019autrefois, et exploite intelligemment la mise en ab\u00eeme pour mettre en contact dans la m\u00eame sc\u00e8ne la vraie Sharon Tate jouant dans <em>The Wrecking Crew<\/em> projet\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran avec son incarnation dans <em>Once upon a time in\u2026 Hollywood<\/em>, Margot Robbie. La diff\u00e9rence expressive entre cette s\u00e9quence suggestive et le caract\u00e8re d\u00e9mesur\u00e9 et solipsiste des s\u00e9quences trop longues d\u00e9di\u00e9e aux tournages \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de Rick Dalton tout au long du film est tr\u00e8s nette.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, deux ou trois s\u00e9quences plut\u00f4t r\u00e9ussies, coupl\u00e9es \u00e0 une \u00e9quipe technique assez efficace dans la restitution de l\u2019ambiance de la fin des 60\u2019s (en particulier en ce qui concerne la belle photo du v\u00e9t\u00e9ran Robert Richardson), ne peuvent pas sauver un film entier. <em>Once upon a time in\u2026 Hollywood<\/em> est donc essentiellement rat\u00e9, avec ses gros d\u00e9fauts de sc\u00e9nario, son d\u2019intrigue absente qui n\u2019acquiert jamais de profondeur ni de v\u00e9rit\u00e9 expressive comme savaient le faire par le pass\u00e9 les meilleurs cin\u00e9astes europ\u00e9ens \u2014 Fellini, Antonioni ou Godard \u2014, et avec sa suite interminable de personnages c\u00e9l\u00e8bres en guise de figurants (Steve McQueen, Michelle Phillips, Roman Polanski, Charles Manson, \u2026) dont le temps d\u2019\u00e9cran de chacun ne d\u00e9passe en moyenne pas la vingtaine de seconds et qui donc peuplent le film comme des pantins vides. Tout cela finit par engendrer une sensation bizarre de n\u00e9crophilie expressive\u2009: comme si l\u2019on se retrouvait soudainement non plus dans un cin\u00e9ma, mais dans un mus\u00e9e de cire de Madame Tussauds.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pietro Guarato<\/strong> (15\/08\/2019)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><strong>Once Upon a Time\u2026 In Hollywood<\/strong><br>R\u00e9alisation &amp; sc\u00e9nario <strong>Quentin Tarantino<\/strong><br>Images <strong>Robert Richardson<\/strong><br>Montage <strong>Fred Raskin<\/strong><br>Avec <strong>Leonardo DiCaprio<\/strong>, <strong>Brad Pitt<\/strong>, <strong>Margot Robbie<\/strong><br>\u00c9tats-Unis, 2019, 161 min.<br><em>sortie le 14 ao\u00fbt<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quentin Tarantino revient avec un neuvi\u00e8me film tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de ses pr\u00e9c\u00e9dentes \u0153uvres. Changement de style r\u00e9ussi ?<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":317,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[42,51,24,13,26,52,37,35,36],"class_list":{"0":"post-316","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-42","10":"tag-brad-pitt","11":"tag-cinema-2","12":"tag-film","13":"tag-hollywood","14":"tag-leonardo-dicaprio","15":"tag-margot-robbie","16":"tag-once-upon-a-time-in-hollywood","17":"tag-quentin-tarantino"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=316"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/316\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/317"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}