{"id":3135,"date":"2025-11-12T10:37:00","date_gmt":"2025-11-12T09:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=3135"},"modified":"2025-11-12T19:45:32","modified_gmt":"2025-11-12T18:45:32","slug":"kika-tendre-violence-et-douleur-comme-outils-de-guerison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2025\/11\/kika-tendre-violence-et-douleur-comme-outils-de-guerison\/","title":{"rendered":"Kika\u00a0: tendre violence et douleur comme outils de gu\u00e9rison"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"855\" height=\"481\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2025\/11\/image-edited.png\" alt=\"image\" class=\"wp-image-3137\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2025\/11\/image-edited.png 855w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2025\/11\/image-edited-300x169.png 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2025\/11\/image-edited-768x432.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 855px) 100vw, 855px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Agora Films S\u00e0rl<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans son premier long m\u00e9trage de fiction, la r\u00e9alisatrice fran\u00e7aise Alexe Poukine, nous fait d\u00e9couvrir Kika, une assistante sociale et m\u00e8re d\u2019une petite fille \u00e0 Bruxelles, dont le monde va voler en \u00e9clat lorsqu\u2019un amour aussi impr\u00e9vu que passionnel disparait abruptement, la laissant enceinte dans une situation financi\u00e8re pr\u00e9caire. Nous suivons sa lutte pour retrouver \u00e9quilibre et stabilit\u00e9, \u00e0 travers sa d\u00e9couverte de l\u2019univers du BDSM.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce film a la particularit\u00e9 de mixer les genres, il ne se borne pas \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette de la romance, du drame, de l\u2019action ou de l\u2019\u00e9rotisme, c\u2019est un vrai fragment de la repr\u00e9sentation de la vie. Il expose le parcours d\u2019une femme, de son quotidien, de ses petites victoires comme de ses \u00e9checs, de ses joies et de ses peines. Il nous r\u00e9v\u00e8le des r\u00e9alit\u00e9s cach\u00e9es, des instants inavou\u00e9s et inavouables que seuls ceux qui les ont d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cus peuvent pleinement comprendre. Cette r\u00e9alisation met en lumi\u00e8re des exp\u00e9riences dures \u00e0 vivre telles que le deuil, la pr\u00e9carit\u00e9 ainsi que les sacrifices et les conditions qu\u2019il faut \u00eatre pr\u00eat-e \u00e0 surmonter pour en sortir, mais aussi la souffrance refoul\u00e9e et la solitude. Les \u00e9preuves travers\u00e9es par Kika sont d\u2019autant plus violentes qu\u2019elles la frappent de fa\u00e7on soudaine et impr\u00e9visible, ce qui rappelle au spectateur que la vie peut changer du tout au tout en quelques instants et que cela peut arriver \u00e0 n\u2019importe qui, n\u2019importe quand.<\/p>\n\n\n\n<p>Le montage du film est lui-m\u00eame \u00e9loquent du chemin de vie du personnage, les ruptures et ellipses marqu\u00e9es d\u00e9finissent un avant, un pendant et surtout un apr\u00e8s sa relation avec David, son amour fusionnel et entier d\u00e8s leur rencontre, rappelant presque les films d\u2019amour clich\u00e9s. Cette structure est tr\u00e8s d\u00e9monstrative des diff\u00e9rents chapitres que traverse Kika, cependant la mise en place du r\u00e9cit \u00e9tait presque trop rapide pour moi, ce qui m\u2019a emp\u00each\u00e9e d\u2019\u00eatre pleinement en phase avec les \u00e9v\u00e9nements qui arrivent tr\u00e8s subitement. Malgr\u00e9 cela, le film est tr\u00e8s accrochant et il est impossible d\u2019en d\u00e9tourner les yeux du d\u00e9but \u00e0 la fin, bien que certaines sc\u00e8nes puissent \u00eatre un peu d\u00e9rangeantes ou provoquer g\u00eane ou &nbsp;malaise lors du visionnage. En effet, en suivant l\u2019assistante sociale dans son entr\u00e9e dans l\u2019univers BDSM, le spectateur partage son incompr\u00e9hension, son embarras, ses doutes et son inconfort d\u00fb \u00e0 son inexp\u00e9rimentation. Si la dimension de domination sadomasochiste n\u2019a initialement qu\u2019un but lucratif pour Kika, elle devient bient\u00f4t un r\u00e9el soutien pour la jeune femme en lui offrant une \u00ab&nbsp;nouvelle famille&nbsp;\u00bb dans laquelle on s\u2019entraide et se soutient, mais surtout dans laquelle il n\u2019y a pas de jugement ni de tabou et o\u00f9 les autres femmes la comprennent de par leur activit\u00e9 similaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers la domination du corps des autres, le film nous expose comment l\u2019impression de contr\u00f4le sur la douleur nous permet de mieux g\u00e9rer la \u00ab&nbsp;r\u00e9elle souffrance&nbsp;\u00bb, la violence y est donc b\u00e9n\u00e9fique voire lib\u00e9ratrice. La brutalit\u00e9 dont Kika fait preuve sur les autres, les faisant souffrir pour leur plaisir, lui procure un exutoire dans lequel elle peut lib\u00e9rer sa col\u00e8re et sa peine. Cette \u0153uvre exprime donc l\u2019acceptation du mal afin d\u2019aller de l\u2019avant, au moyen de la domination des autres, de soi et de sa propre douleur. La violence y est r\u00e9paratrice, tandis que les actes tendres sont repouss\u00e9s par la jeune femme et semblent la blesser plus encore que les coups donn\u00e9s ou re\u00e7us, brisant toutes ses barri\u00e8res. Nous assistons donc par ce prisme m\u00e9langeant violence et tendresse ainsi que douleur et satisfaction, \u00e0 la gu\u00e9rison et \u00e0 la renaissance d\u2019une Kika plus confiante, plus forte, ayant accept\u00e9 sa propre souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, cette \u0153uvre dans&nbsp; laquelle l\u2019identification aux personnages est ais\u00e9e, nous permet d\u2019ouvrir les yeux sur la fragilit\u00e9 de la vie, nous pousse \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 voir notre propre situation sous un nouvel angle, en m\u00eame temps qu\u2019il livre un message d\u2019espoir et de pers\u00e9v\u00e9rance sur la gu\u00e9rison, la reprise en main de nos existences, ainsi que la domination de soi et de nos propres \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, j\u2019ai particuli\u00e8rement aim\u00e9 le travail du son, notamment sur les battements de c\u0153ur, symbole d\u2019amour et du go\u00fbt pour la vie&nbsp;; ainsi que les \u00e9l\u00e9ments narratifs r\u00e9currents venant ouvrir et refermer les diff\u00e9rents th\u00e8mes du r\u00e9cit et de la vie de Kika. Nous y retrouvons par exemple la chambre du \u00ablove h\u00f4tel&nbsp;\u00bb dans laquelle elle vient avec son amant, ouvrant ainsi un porte sur sa nouvelle vie sentimentale. En y revenant ensuite avec ses clients, c\u2019est sa gu\u00e9rison, son amour propre et le chemin vers un retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre apr\u00e8s les traumatismes qu\u2019elle a travers\u00e9s qu\u2019elle acquiert. Les v\u00e9los reviennent \u00e9galement durant le film, tout d\u2019abord menant Kika \u00e0 la rencontre de David, puis accompagnant la joyeuse famille et encore comme image de la libert\u00e9 finale. C\u2019est un excellent film qui m\u2019a remu\u00e9e intellectuellement et moralement, il est touchant et sensibilise le public aux douleurs cach\u00e9es. Je le recommande&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la premi\u00e8re du film au City Club de Pully en pr\u00e9sence de Manon Clavel, actrice principale interpr\u00e9tant Kika, cette derni\u00e8re nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 quelques anecdotes de tournage sur sa pr\u00e9paration et ses d\u00e9couvertes&nbsp;! En effet, certaines sc\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9es longtemps \u00e0 l\u2019avance, comme la derni\u00e8re grosse s\u00e9quence \u00e9motive du film travaill\u00e9e en parall\u00e8le du reste durant presque toute la dur\u00e9e du tournage et pour laquelle l\u2019actrice s\u2019est emp\u00each\u00e9e de pleurer durant quelque temps afin d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement en phase avec son personnage et de pouvoir craquer en m\u00eame temps qu\u2019elle&nbsp;; elle confie que cela fut la sc\u00e8ne la plus intense \u00e9motionnellement \u00e0 jouer et \u00e0 vivre pour bon nombre du personnel pr\u00e9sent. Les t\u00e9moignages de pratiquante(s) BDSM a \u00e9galement servi de source et d\u2019indications pour le tournage, bien que l\u2019actrice ait re\u00e7u comme consigne de se renseigner le moins possible, voire pas du tout, de sorte que ses r\u00e9actions de surprises et d\u00e9stabilisation soient authentiques&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Alors si vous avez envie de d\u00e9couvrir l\u2019impressionnant et \u00e9mouvant parcours de Kika tout en \u00e9tant confortablement install\u00e9-e dans les si\u00e8ges de cin\u00e9ma les plus moelleux qui soient, filez au City Club Pully qui propose des projections jusqu\u2019au dimanche 30 novembre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Callyanne Vessaz<\/strong> (12.11.2025)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><em>Kika<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>R\u00e9alisation: Alexe Poukine<\/li>\n\n\n\n<li>Pays de production: Belgique<\/li>\n\n\n\n<li>Genre: Drame<\/li>\n\n\n\n<li>Acteurices: Manon Clavel, Ethelle Gonzalez Lardued, Makita Samba<\/li>\n\n\n\n<li>Dur\u00e9e: 1h48<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alexe Poukine m\u00e9lange les genres dans son premier film de fiction, dans lequel l\u2019existence de Kika, qui a abandonn\u00e9 sa vie de routine pour vivre le grand amour, vole en \u00e9clat. La r\u00e9alisatrice nous offre une vision de la gu\u00e9rison au travers de l\u2019ouverture \u00e0 la nouveaut\u00e9 et de la pleine acceptation de sa douleur. <\/p>\n","protected":false},"author":1001312,"featured_media":3137,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[17,4,127,16],"tags":[356,9,80,358,13,355,357],"class_list":{"0":"post-3135","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-analyses","8":"category-articles","9":"category-au-cinema","10":"category-critiques","11":"tag-alexe-poukine","12":"tag-cinema","13":"tag-culture","14":"tag-ethelle-gonzalez","15":"tag-film","16":"tag-kika","17":"tag-manon-clavel"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3135","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001312"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3135"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3135\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3138,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3135\/revisions\/3138"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3137"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}