{"id":313,"date":"2019-10-01T19:09:00","date_gmt":"2019-10-01T17:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=313"},"modified":"2023-03-28T01:22:22","modified_gmt":"2023-03-27T23:22:22","slug":"rambo-last-blood-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2019\/10\/rambo-last-blood-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Rambo : Last Blood\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Rambo-Last-Blood-Critique-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-314\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Rambo-Last-Blood-Critique-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Rambo-Last-Blood-Critique-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Rambo-Last-Blood-Critique-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Rambo-Last-Blood-Critique.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sylvester Stallone dans <em><em>Rambo : Last Blood<\/em><\/em> (Adrian Grunberg, 2019).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Tant esth\u00e9tiquement qu\u2019id\u00e9ologiquement, la licence <em>Rambo <\/em>(\u00e0 l\u2019instar de la licence <em>Rocky<\/em>) se d\u00e9finit par une irr\u00e9gularit\u00e9 des plus fascinantes. L\u2019image \u2013 extr\u00eamement simplificatrice \u2013 que le grand public retient du personnage \u00e9ponyme camp\u00e9 par Sylvester Stallone, c\u2019est celle du soldat am\u00e9ricain parfait \u00e0 la fois physiquement et moralement ; c\u2019est l\u2019image d\u2019un bodybuilder qui prot\u00e8ge ses compatriotes et les populations d\u00e9favoris\u00e9es en exterminant de \u00ab&nbsp;m\u00e9chants vietnamiens&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;m\u00e9chants russes&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u00e9normes symboles phalliques. Globalement, c\u2019est un tr\u00e8s bon r\u00e9sum\u00e9 du deuxi\u00e8me et du troisi\u00e8me opus. Mais avant et apr\u00e8s ce qu\u2019on pourrait qualifier aux \u00c9tats-Unis d\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e8re reaganienne cin\u00e9matographique&nbsp;\u00bb (dans laquelle se situent ces deux longs-m\u00e9trages), le personnage de Rambo signifiait et a signifi\u00e9 autre chose&nbsp;: la difficult\u00e9 des rescap\u00e9s du Vietnam \u00e0 se r\u00e9int\u00e9grer socialement (le premier film), et \u00e0 la fois l\u2019impossibilit\u00e9 de faire face \u00e0 son pass\u00e9 et l\u2019inutilit\u00e9 totale de la guerre (le quatri\u00e8me film). Ce dernier, nomm\u00e9 <em>John Rambo&nbsp;<\/em>et sorti en 2008, se trouve par ailleurs \u00eatre un projet tr\u00e8s personnel de Sylvester Stallone, puisqu\u2019en plus de jouer le personnage principal, il est \u00e9galement producteur, sc\u00e9nariste et r\u00e9alisateur (!).<\/p>\n\n\n\n<p>En allant regarder le r\u00e9cent <em>Rambo&nbsp;: Last Blood<\/em>, je m\u2019attendais ainsi \u00e0 la catastrophe. La fin du quatri\u00e8me <em>Rambo&nbsp;<\/em>\u00e9tait parfaite&nbsp;; elle bouclait la boucle en offrant le repos \u00e0 son h\u00e9ros, en lui donnant la possibilit\u00e9 de rentrer chez lui. A partir de ce stade, \u00e0 quoi peut bien servir une suite, si ce n\u2019est \u00e0 engendrer un certain profit&nbsp;commercial&nbsp;? Pourquoi avoir engag\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation Adrian Grunberg, connu uniquement pour le nullissime (et inutile) <em>Kill the Gringo<\/em>&nbsp;? Et Bon Dieu, quelle est l\u2019abracadabrante id\u00e9e de confronter le personnage de Rambo \u00e0 un cartel mexicain&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re question constitue, en effet, le c\u0153ur du probl\u00e8me. Le combat de Rambo contre des criminels mexicains est justifi\u00e9 di\u00e9g\u00e9tiquement, de par le fait qu\u2019il vive dans son ranch avec son ancienne gouvernante \u2013 Maria \u2013 et la ni\u00e8ce de cette derni\u00e8re \u2013 Gabrielle \u2013, toutes deux mexicaines, et que la seconde retourne dans son pays d\u2019origine afin de retrouver les traces de son p\u00e8re biologique&nbsp;; son aventure la conduira \u00e0 \u00eatre kidnapp\u00e9e par un gang, et Rambo partira alors \u00e0 sa recherche. Cependant, il en d\u00e9coule une \u00e9vidente perte identitaire de la saga <em>Rambo<\/em>. Le cinqui\u00e8me opus est presque permutable avec n\u2019importe quel film d\u2019action testost\u00e9ron\u00e9 des ann\u00e9es 1980, de type \u00ab&nbsp;s\u00e9rie B&nbsp;\u00bb et avec Sylvester Stallone en t\u00eate de casting. <em>Rambo&nbsp;: Last Blood&nbsp;<\/em>aurait pu se nommer \u00ab Sly bute des m\u00e9chants mexicains&nbsp;\u00bb que le propos n\u2019aurait que peu chang\u00e9 \u2013 surtout que la repr\u00e9sentation des habitants de ce pays fr\u00f4le fr\u00e9quemment, ici, la plus pure x\u00e9nophobie, les Mexicains du Mexique \u00e9tant tous r\u00e9duits \u00e0 leur dangerosit\u00e9&nbsp;; l\u2019interventionnisme \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine&nbsp;\u00bb est alors trait\u00e9 par le film comme une n\u00e9cessit\u00e9. Ce qui, assez hideusement, rapproche le cinqui\u00e8me <em>Rambo <\/em>des opus 2 et 3. Figure ambivalente d\u2019un imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain tant\u00f4t dominateur (2 et 3) tant\u00f4t en p\u00e9nitence (1 et 4), le personnage de Rambo effectue, dans <em>Last Blood<\/em>, un immense et d\u00e9plorable pas en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste qu\u2019il convient de souligner une inesp\u00e9r\u00e9e qualit\u00e9 au film d\u2019Adrian Grunberg&nbsp;: les personnages, et les relations qu\u2019ils entretiennent. Le trio (John, Maria et Gabrielle) constitue, ensemble, une sorte de famille&nbsp;; l\u2019amour qu\u2019ils ressentent l\u2019un pour l\u2019autre semble \u00e9tonnement authentique. Chaque personnage est bris\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re, coup\u00e9 de ses proches, et la famille qu\u2019ils ont construite artificiellement tous trois se r\u00e9v\u00e8le bien plus naturelle et solide que leurs liens biologiques. Certaines pointes d\u2019humour marchent ainsi parfaitement, comme lorsque John fabrique un coupe-papier dans son atelier pour la reprise universitaire de Gabrielle, cette derni\u00e8re lui apprenant que, aujourd\u2019hui, on n\u2019envoie tout par email (il lui r\u00e9torque que \u00e7a servira \u00e0 \u00e9loigner les gar\u00e7ons).<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue de la violence, je suis nettement plus mitig\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle se situe dans la continuit\u00e9 de l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent, ce qui signifie qu\u2019elle est extr\u00eame. Cela peut se r\u00e9v\u00e9ler positif, lorsqu\u2019il s\u2019agit de peindre des morceaux de bravoure r\u00e9pulsivement jouissif, ou <em>a contrario <\/em>de choquer le spectateur sur la potentielle violence \u00ab&nbsp;r\u00e9elle&nbsp;\u00bb des cartels&nbsp;; c\u2019est une double tonalit\u00e9 que <em>John Rambo&nbsp;<\/em>(le quatri\u00e8me opus) ma\u00eetrisait de mani\u00e8re virtuose vis-\u00e0-vis de l\u2019arm\u00e9e birmane. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019ultra-violence dans <em>Last Blood&nbsp;<\/em>m\u00e8ne parfois \u00e0 des situations d\u2019exc\u00e8s, o\u00f9 le caract\u00e8re disproportionn\u00e9 de ce que l\u2019on voit r\u00e9duit consid\u00e9rablement l\u2019impact recherch\u00e9. Dans les films 1 et 4, John Rambo n\u2019est ni un jouet <em>action-man&nbsp;<\/em>ni une machine \u00e0 tuer qui prend son pied en le faisant. C\u2019est justement \u00e7a qui constitue le drame existentiel du personnage&nbsp;: il tue (ou du moins blesse), car c\u2019est ce qu\u2019il sait faire le mieux, et il en souffre profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais encore enfoncer <em>Last Blood&nbsp;<\/em>avec d\u2019autres critiques : g\u00e9n\u00e9rique de fin stupidement nostalgique, personnages secondaires arch\u00e9typaux (typiquement Gizelle, l\u2019amie de Gabrielle), facilit\u00e9s sc\u00e9naristiques incessantes, etc. Mais je resterais en surface. Il m\u2019est largement pr\u00e9f\u00e9rable de parler de la fin du film et de la comparer \u00e0 celle du quatri\u00e8me <em>Rambo<\/em>, pour comprendre ce qui est filmiquement probl\u00e9matique dans ce dernier opus, mais surtout pourquoi il s\u2019agit d\u2019un film qui, tout simplement, n\u2019aurait jamais d\u00fb exister.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SPOILER \u2013 Les deux paragraphes qui suivent (et ach\u00e8vent la critique) r\u00e9v\u00e8lent la fin du film. Ne les lisez que si vous avez d\u00e9j\u00e0 vu <em>Rambo&nbsp;: Last Blood&nbsp;<\/em>ou qu\u2019en conna\u00eetre la fin vous est \u00e9gal.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si le cinqui\u00e8me <em>Rambo&nbsp;<\/em>devient si \u00e9motionnellement touchant dans son dernier tiers, c\u2019est que le personnage \u00e9choue dans sa qu\u00eate. Il parvient \u00e0 retrouver Gabrielle, certes, mais cette derni\u00e8re meurt dans la voiture tandis qu\u2019il la ram\u00e8ne au ranch et, surtout, tandis qu\u2019il se confie \u00e0 elle sur ce qu\u2019elle a repr\u00e9sent\u00e9 pour lui (une lueur d\u2019humanit\u00e9) depuis son retour de Birmanie. La sc\u00e8ne est d\u00e9chirante car elle montre l\u2019impuissance \u2013 inhabituelle \u2013 de Rambo, que l\u2019on ressent \u00e0 plusieurs moments dans le film d\u2019Adrian Grunberg mais qui atteint son paroxysme \u00e0 cet instant. Il aurait sans doute fallu rester sur un tel \u00e9chec\u2026 mais ce ne serait pas assez satisfaisant pour le spectateur lambda, qui s\u2019\u00e9merveille de voir Rambo exterminer du m\u00e9chant. Notons par ailleurs que, contrairement \u00e0 un film comme <em>Taken&nbsp;<\/em>dont le sc\u00e9nario se r\u00e9v\u00e8le surprenamment proche, Gabrielle subit r\u00e9ellement les s\u00e9vices alors qu\u2019elle est prisonni\u00e8re (viols multiples, tortures psychologiques et physiques\u2026). M\u00eame s\u2019il y a beaucoup de hors-champ, la violence est nettement moins aseptis\u00e9e \u2013 sans jamais tomber pour autant dans le voyeurisme \u2013, ce qui d\u00e9cuple les sentiments de col\u00e8re et de frustration.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le paradoxe d\u00e9coule ainsi de la fin du film qui, peu apr\u00e8s, se transforme en une esp\u00e8ce de <em>Maman j\u2019ai rat\u00e9 l\u2019avion&nbsp;<\/em>sanguinolent. Tout l\u2019impact \u00e9motionnel est annihil\u00e9 par la planification minutieuse (et quelque peu simplificatrice organisationnellement parlant) de la vengeance de Rambo. Je comprends l\u2019hommage au premier film, mais je constate \u00e9galement, esth\u00e9tiquement, l\u2019exub\u00e9rance superflue de la sc\u00e8ne. En comparaison, la fin du quatri\u00e8me <em>Rambo&nbsp;<\/em>(l\u2019opus pr\u00e9c\u00e9dent) \u00e9tait r\u00e9ellement saisissante, pour deux raisons&nbsp;: d\u00e9j\u00e0, car c\u2019est un pur instinct de survie, d\u2019improvisation, qui guide la violence des protagonistes&nbsp;; ensuite, car la mise en sc\u00e8ne est extr\u00eamement sobre, sans ralenti ou effet de style. On passe ainsi d\u2019une brutalit\u00e9 froide, quasi insoutenable, \u00e0 une ultra-violence cathartique, <em>fun&nbsp;<\/em>et d\u00e9complex\u00e9e dans <em>Last Blood<\/em>. On passe d\u2019un film tourn\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re birmane dans des conditions difficiles (acteurs non-professionnels li\u00e9s \u00e0 la guerre civile, climat notablement \u00e9prouvant, sujet politique m\u00e9connu mais ardent \u2013 en t\u00e9moignent les images d\u2019archives qui ouvrent le film \u2013, etc.), \u00e0 un film plus que standard, bourr\u00e9 d\u2019effets sp\u00e9ciaux <em>too much&nbsp;<\/em>dans les sc\u00e8nes d\u2019action, qui transforment l\u2019univers di\u00e9g\u00e9tique en un gloubi-boulga stupide et incoh\u00e9rent. On passe d\u2019une \u0153uvre qui pr\u00f4ne la tol\u00e9rance via une bande de mercenaires pluriethnique combattant l\u2019oppression politico-religieuse, \u00e0 un produit qui encourage une forme d\u2019encagement sur le territoire am\u00e9ricain. Il en r\u00e9sulte que <em>Rambo&nbsp;: Last Blood&nbsp;<\/em>est un film regrettable, malgr\u00e9 quelques surprenantes r\u00e9ussites (l\u2019attachement \u00e0 certains personnages, essentiellement). Il m\u2019est impossible de d\u00e9cemment le recommander, tant il se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un non-sens absolu&nbsp;; parfois jouissif, parfois touchant, mais la plupart du temps juste d\u00e9solant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8re<\/strong> (01\/10\/2019)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><strong>Rambo : Last Blood<\/strong> <br>R\u00e9alisation <strong>Adrian Grunberg<\/strong><br>Sc\u00e9nario <strong>Matthew Cirulnick<\/strong> &amp; <strong>Sylvester Stallone<\/strong><br>Musique <strong>Brian Tyler<\/strong><br>Images <strong>Brendan Galvin<\/strong><br>Montage <strong>Carsten Kurpanek<\/strong> &amp; <strong>Todd E. Miller<\/strong><br>Avec <strong>Sylvester Stallone<\/strong>, <strong>Paz Vega<\/strong>, <strong>Sergio Peris-Mencheta<\/strong><br>\u00c9tats-Unis, 2019, 89 min.<br><em>Sortie le 25 septembre<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>10 ans apr\u00e8s le pr\u00e9c\u00e9dent opus, Sylvester Stallone r\u00e9endosse le costume de John Rambo pour un dernier tour de piste. 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