{"id":301,"date":"2019-10-21T18:34:00","date_gmt":"2019-10-21T16:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=301"},"modified":"2023-03-28T01:20:13","modified_gmt":"2023-03-27T23:20:13","slug":"matthias-maxime-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2019\/10\/matthias-maxime-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Matthias &amp; Maxime\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Matthias-Maxime-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-302\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Matthias-Maxime-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Matthias-Maxime-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Matthias-Maxime-768x384.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2021\/08\/Matthias-Maxime.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gabriel D&rsquo;Almeida Freitas et Xavier Dolan dans <em>Matthias &amp; Maxime<\/em> (2019).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est sur un plateau de tournage que, pour la premi\u00e8re fois, Matt et Max s\u2019embrassent. Bien qu\u2019h\u00e9t\u00e9rosexuels, ils ont accept\u00e9 de franchir le cap pour les besoins d\u2019un court-m\u00e9trage r\u00e9alis\u00e9 par Erika, la s\u0153ur de l\u2019un de leurs amis. Ce simple baiser &#8211; th\u00e9oriquement d\u00e9nu\u00e9 de sentiments amoureux &#8211; va pourtant changer leur vie \u00e0 jamais\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En trois phrases, on reconna\u00eet tout l\u2019univers de Xavier Dolan. Rares sont, dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma, les Auteurs qui parviennent \u00e0 imposer un style si efficacement, et si promptement dans son cas (il a, aujourd\u2019hui, \u00e0 peine 30 ans). Je ne peux m\u2019emp\u00eacher, en tant que cin\u00e9phile, d\u2019admirer la virtuosit\u00e9 dont fait preuve le metteur en sc\u00e8ne qu\u00e9b\u00e9cois, tant au niveau de ses sc\u00e9narios que dans sa mani\u00e8re de diriger les acteurs (lui-m\u00eame y compris), tant dans ses \u00ab&nbsp;outrances&nbsp;\u00bb audiovisuelles que dans la prolif\u00e9ration de ses cr\u00e9ations. Xavier Dolan est, en outre, un r\u00e9alisateur surprenant&nbsp;; m\u00eame lorsqu\u2019il r\u00e9alise <em>Juste la fin du monde<\/em>, assur\u00e9ment \u2014 et de loin&nbsp;\u2014 son plus mauvais film, dans lequel il r\u00e9duit malencontreusement son style en un amas de gimmicks et sa mise en sc\u00e8ne \u00e0 du vulgaire th\u00e9\u00e2tre film\u00e9, il parvient \u00e0 d\u00e9jouer certaines attentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces m\u00eames attentes, il les d\u00e9joue admirablement dans <em>Matthias &amp; Maxime<\/em>. Le sc\u00e9nario du film, que j\u2019ai bri\u00e8vement r\u00e9sum\u00e9 en amorce, pourrait sembler \u00eatre touch\u00e9 par le syndrome du \u00ab&nbsp;Xavier Dolan fait du Xavier Dolan&nbsp;\u00bb, celui dont, par exemple, Tim Burton est gravement atteint depuis plusieurs ann\u00e9es. En effet, il ne pourrait pr\u00e9sager qu\u2019une redite de ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection, sans apporter quelque chose de pertinent \u00e0 sa filmographie. Or, il n\u2019en est rien, et je tiens \u2014 \u00e0 l\u2019aide de deux \u00e9l\u00e9ments centraux \u2014 \u00e0 d\u00e9montrer toute la richesse et la justesse de son long-m\u00e9trage.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, le traitement \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9rique&nbsp;\u00bb est l\u2019une des principales qualit\u00e9s de <em>Matthias &amp; Maxime<\/em>&nbsp;; ce dernier est, avant tout, ce que j\u2019appellerai un \u00ab&nbsp;film de potes&nbsp;\u00bb. C\u2019est une \u0153uvre qui, telle une com\u00e9die douce-am\u00e8re, capte quelque chose de fondamentalement vrai sur l\u2019amiti\u00e9&nbsp;: les amis qui s\u2019enivrent ensemble, se marrent, s\u2019engueulent, se frappent, puis se r\u00e9concilient&nbsp;; les amis qui sont encore perdus sur leurs choix d\u2019avenir (Max s\u2019appr\u00eate \u00e0 partir deux ans en Australie) ou sur leur identit\u00e9 sexuelle (l\u2019un des th\u00e8mes principaux du film). Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que Xavier Dolan ait d\u00e9clar\u00e9 dans des interviews que <em>Matthias &amp; Maxime&nbsp;<\/em>est un projet tr\u00e8s personnel, inspir\u00e9 de sa propre vie et des liens d\u2019amiti\u00e9 qu\u2019il a eus tout au long de sa vingtaine, avec des gens non li\u00e9s \u00e0 sa carri\u00e8re cin\u00e9matographique. Dans son dernier film, la puissance de ces relations amicales entre de plus en r\u00e9sonance avec les familles des h\u00e9ros, qui sont d\u00e9testables chacune \u00e0 leur mani\u00e8re&nbsp;: celle de Matt via l\u2019environnement de travail de son p\u00e8re, un chef d\u2019entreprise froid qui l\u2019entra\u00eene inexorablement sur sa voie&nbsp;; celle de Max via sa m\u00e8re, une alcoolique qui le m\u00e9prise et qui est incapable de se g\u00e9rer par elle-m\u00eame&nbsp;; celle de Rivette et d\u2019Erika via leur m\u00e8re et l\u2019entourage de cette derni\u00e8re, v\u00e9ritables caricatures d\u2019une petite bourgeoisie tant p\u00e9dante que pr\u00e9cieuse. Le jeu d\u2019acteur, quant \u00e0 lui, est vraiment cr\u00e9dible, tout particuli\u00e8rement dans les sc\u00e8nes de dispute&nbsp;: la violence des mots et des expressions faciales des protagonistes est si intense qu\u2019elle provoque un effet de r\u00e9el ph\u00e9nom\u00e9nal. Formellement, la mise en sc\u00e8ne de Xavier Dolan oscille remarquablement entre une esth\u00e9tique intimiste \u2014 dont le tremblement de cam\u00e9ra donne la saisissante impression que quelqu\u2019un enregistre avec son <em>smartphone&nbsp;<\/em>les d\u00e9lires de ses amis \u2014 et des exp\u00e9rimentations formelles fid\u00e8les au style du jeune Qu\u00e9b\u00e9cois, mais qui, loin d\u2019\u00eatre disjonctives, constituent de sublimes instants de gr\u00e2ce s\u2019articulant parfaitement \u00e0 la narration (comme, d\u2019ailleurs, dans <em>Mommy<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>De telles exp\u00e9rimentations formelles m\u00e8nent parfois, aussi, \u00e0 tout autre chose&nbsp;: une plus grande conscience du dispositif cin\u00e9matographique. Une lecture ironique semble alors s\u2019\u00e9chapper. Ce qui me permet d\u2019arriver \u00e0 la seconde grande qualit\u00e9 du film&nbsp;: son esprit critique. Discursivement, c\u2019est le personnage d\u2019Erika qui semble tout particuli\u00e8rement vis\u00e9, notamment dans son utilisation incessante de l\u2019anglais (les protagonistes lui ordonnent plusieurs fois d\u2019arr\u00eater), ce qui fait un \u00e9cho direct \u00e0 la situation g\u00e9olinguistique du Qu\u00e9bec, domin\u00e9 en grande majorit\u00e9 par les anglophones&nbsp;; cette utilisation abusive donne \u00e0 Erika un c\u00f4t\u00e9 pr\u00e9tentieux, comme si cette langue lui conf\u00e9rait (illusoirement) un statut social sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, Erika se rel\u00e8ve hautaine non pas uniquement linguistiquement, mais aussi dans sa pseudo connaissance des sexualit\u00e9s non h\u00e9t\u00e9ronormatives. Et l\u00e0, \u00e0 mon sens, Xavier Dolan accomplit dans M<em>atthias &amp; Maxime <\/em>quelque chose de tout \u00e0 fait surprenant, \u00e0 la fois tr\u00e8s int\u00e9ressant et tr\u00e8s contestable : une critique des milieux acad\u00e9miques (Erika est \u00e0 l\u2019universit\u00e9) ainsi que d\u2019un certain type d\u2019\u00ab&nbsp;artiste&nbsp;\u00bb contemporain&nbsp;; les uns comme les autres, en effet, peuvent avoir tendance, selon lui, \u00e0 manipuler des mots complexes sans comprendre les r\u00e9alit\u00e9s qui se cachent derri\u00e8re (par exemple tout ce qui est de l\u2019ordre de la remise en question ou des sentiments individuels, qu\u2019<em>a contrario&nbsp;<\/em>le film th\u00e9matise pour sa part longuement, tant litt\u00e9ralement que m\u00e9taphoriquement). Quand Erika r\u00e9sume son court-m\u00e9trage, on est dans l\u2019explication la plus pu\u00e9rilement conceptuelle et \u00e9dulcor\u00e9e, on est dans la compilation gratuite de termes issus des <em>gender studies <\/em>et des <em>queer studies&nbsp;<\/em>qu\u2019elle tente de rattacher superficiellement aux personnages incarn\u00e9s par Matt et Max, sans qu\u2019eux-m\u00eames ne les comprennent. Le traitement filmique que Xavier Dolan r\u00e9serve \u00e0 ce baiser \u2014 que je tairais \u2014 est sans \u00e9quivoque&nbsp;: aux yeux du r\u00e9alisateur qu\u00e9b\u00e9cois, il n\u2019est pas question de rattacher les sexualit\u00e9s non h\u00e9t\u00e9rosexuelles \u00e0 de banales exp\u00e9rimentations audiovisuelles projet\u00e9es dans l\u2019\u00e9quivalent contemporain d\u2019un salon litt\u00e9raire \u00e9litiste, il est question de les vivre de mani\u00e8re spontan\u00e9e, amoureuse et sensuelle, car il s\u2019agit de relations qui ont exactement la m\u00eame valeur que celles d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexuels. Si les intentions sont louables, la mani\u00e8re dont sont st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s les discours artistiques et acad\u00e9miques se r\u00e9v\u00e8le discutable, notamment car l\u2019un comme l\u2019autre ont \u00e9norm\u00e9ment aid\u00e9 le mouvement LGBT. De plus, ce dernier est ins\u00e9parable de son contexte politique, et donc des discours de l\u00e9gitimation le structurant&nbsp;; la pratique n\u2019est pas toujours si d\u00e9tach\u00e9e de la th\u00e9orie qu\u2019on pourrait le croire. Reste que, si l\u2019on peut mettre en doute les sarcasmes de Xavier Dolan, on applaudit le traitement audiovisuel qu\u2019il donne de ces questions, notamment de par la mise en abyme qu\u2019il effectue \u2014 le film dans le film \u2014, sans parler du fait que cette figure se couple ici \u00e0 de nombreux surcadrages et jeux de miroir, qui renvoient tant\u00f4t \u00e0 l\u2019enfermement des personnages dans leur situation \u2014 genr\u00e9e, sociale et familiale \u2014, tant\u00f4t \u00e0 la fragmentation int\u00e9rieure qui r\u00e9sulte d\u2019un tel encagement.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, on pourrait faire certains reproches \u00e0 <em>Matthias &amp; Maxime<\/em>, notamment quelques longueurs (dans la partie centrale du film) et une fin \u00e0 mes yeux extr\u00eamement b\u00e2cl\u00e9e, mais ce serait bouder injustement une \u0153uvre touchante et sinc\u00e8re, dr\u00f4le et triste \u00e0 la fois. Articuler ainsi un film de potes \u00e0 un drame romantique est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9ussite en soi, mais la virtuosit\u00e9 dont fait preuve Xavier Dolan en le faisant \u2014 ainsi que l\u2019\u00e9tonnante ironie qu\u2019il ins\u00e8re dans son propos \u2014 rel\u00e8ve de l\u2019exploit. Si <em>Matthias &amp; Maxime&nbsp;<\/em>n\u2019est tout de m\u00eame pas de la m\u00eame trempe que le chef-d\u2019\u0153uvre qu\u2019est <em>Mommy<\/em>, il m\u00e9rite r\u00e9solument un visionnage sur grand \u00e9cran, et il t\u00e9moigne plus g\u00e9n\u00e9ralement de la richesse du cin\u00e9ma qu\u00e9b\u00e9cois, aujourd\u2019hui encore trop m\u00e9connu du grand public.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michael Wagni\u00e8re<\/strong> (21\/10\/2019)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><strong>Matthias &amp; Maxime<\/strong><br>Canada, 2019, 119 min.<br>R\u00e9alisateur &amp; Sc\u00e9nariste<strong> Xavier Dolan<\/strong><br>Directeur de la photographie<strong> Andr\u00e9 Turpin<\/strong><br>Cadreur <strong>Yves B\u00e9langer<\/strong><br>Ing\u00e9nieur du son<strong> Sylvain Brassard<br><\/strong>Monteur <strong>Xavier Dolan<\/strong><br>Compositeur <strong>Jean-Michel Blais<\/strong><br>D\u00e9coratrice <strong>Colombe Raby<\/strong><br>Costumier <strong>Pierre-Yves Gayraud<\/strong><br>Maquilleuse <strong>Edwina Voda<\/strong><br>Coiffeur <strong>Denis Vidal<\/strong><br>Avec <strong>Gabriel D\u2019Almeida Freitas<\/strong>,<strong> Xavier Dolan<\/strong>,<strong> Anne Dorval<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est sur un plateau de tournage que, pour la premi\u00e8re fois, Matt et Max s\u2019embrassent. Bien qu\u2019h\u00e9t\u00e9rosexuels, ils ont accept\u00e9 de franchir le cap pour les besoins d\u2019un court-m\u00e9trage r\u00e9alis\u00e9 par Erika, la s\u0153ur de l\u2019un de leurs amis. Ce simple baiser &#8211; th\u00e9oriquement d\u00e9nu\u00e9 de sentiments amoureux &#8211; va pourtant changer leur vie \u00e0 jamais\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":1001233,"featured_media":302,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[9,33,13,32,34],"class_list":{"0":"post-301","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-cinema","10":"tag-critique","11":"tag-film","12":"tag-matthias-maxime","13":"tag-xavier-dolan"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/301","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001233"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=301"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/301\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=301"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=301"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=301"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}