{"id":2183,"date":"2023-12-06T17:51:56","date_gmt":"2023-12-06T16:51:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=2183"},"modified":"2023-12-06T17:51:57","modified_gmt":"2023-12-06T16:51:57","slug":"le-consentement-peut-on-denoncer-par-la-representation-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2023\/12\/le-consentement-peut-on-denoncer-par-la-representation-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Le Consentement\u00a0\u00bb &#8211; Peut on d\u00e9noncer par la repr\u00e9sentation ? (critique)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"855\" height=\"481\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/12\/scen_03-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2185\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/12\/scen_03-edited.jpg 855w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/12\/scen_03-edited-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/12\/scen_03-edited-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 855px) 100vw, 855px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Praesens-Film AG<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Tout d\u2019abord un rapide contexte : ce nouveau film de Vanessa Filho est une adaptation sur grand \u00e9cran du livre \u00e9ponyme de Vanessa Springora paru il y a 3 ans. Dans ce livre V. Springora d\u00e9nonce les actes p\u00e9dophiles de l\u2019auteur Gabriel Matzneff et la relation qu\u2019il entretenait avec elle alors qu\u2019elle avait 14 ans et lui 49. Le film se veut \u00eatre une adaptation du livre et a donc le m\u00eame objectif : mettre en lumi\u00e8re les comportements de Matzneff (interpr\u00e9t\u00e9 par Jean-Paul Rouve) et les d\u00e9noncer. Tout d\u2019abord je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser une chose : je n\u2019ai pas lu le livre. Je me suis un peu renseign\u00e9e sur l\u2019affaire mais ne jugerais le film qu\u2019en tant que tel et donc comme seul responsable de son message. Maintenant que cela est dit, regardons ce qu\u2019il est de ce film : vraie d\u00e9nonciation ou une \u00e9ni\u00e8me romantisation des violences sexuelles ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Tout d\u2019abord je vais r\u00e9pondre \u00e0 une crainte tr\u00e8s pr\u00e9sente chez le public : le film ne prend pas le point de vue de Matzneff. La communication du film a beaucoup \u00e9t\u00e9 faite autour de son interpr\u00e8te (Jean-Paul Rouve) et la peur de voir ce monstre au centre du film est n\u00e9e, heureusement \u00e0 tort. Le film se concentre sur le personnage de Vanessa, interpr\u00e9t\u00e9 par Kim Hinge avec \u00e9norm\u00e9ment de talent. Les gros plans sur le visage de la jeune com\u00e9dienne (23 ans au moment de la sortie) sont omnipr\u00e9sents dans le film et ne manquent pas de transmettre un malaise et une ambiance oppressante aux spectateur\u00b7ice\u00b7s. Je dois admettre que \u00e7a m\u2019a donn\u00e9 envie de quitter la salle apr\u00e8s \u00e0 peine 30 minutes de films, j\u2019imagine que c\u2019\u00e9tait un peu l\u2019objectif. Jean-Paul Rouve lui aussi joue \u00e0 merveille son r\u00f4le d\u2019abuseur et plane \u00e0 l\u2019\u00e9cran comme une menace constante, et rend impossible de ne pas serrer le point \u00e0 chacune de ses apparitions.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pour parer \u00e0 ces jeux de com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s excellents et nous garder \u00e0 distance des faits, pour \u00eatre s\u00fbre que l\u2019on ne rentre dans pas une identification qui pourrait nous plonger dans une ambiance de romance toxique tr\u00e8s en vogue dans le cin\u00e9ma actuelle, Vanessa Filho \u2014 qui ne r\u00e9alise ici que son deuxi\u00e8me long-m\u00e9trage \u2014 nous confronte \u00e0 des dialogues tr\u00e8s litt\u00e9raires et tr\u00e8s peu naturels Plusieurs films cens\u00e9s d\u00e9noncer les violences sexistes et sexuelles (VSS) ont d\u00e9j\u00e0 failli \u00e0 leur objectif en les romantisant, notamment chez les plus jeunes spectateur\u00b7ice\u00b7s. Fort heureusement ce n\u2019est ici pas le cas, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emploi de cette langue litt\u00e9raire qui nous met en distance tout en donnant plus de mati\u00e8re aux acteur\u00b7ice\u00b7s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il faut l\u2019admettre : j\u2019ai regard\u00e9 ma montre plusieurs fois. Je me demandais quand est-ce que j\u2019allais sortir de cet enfer. Pauvre Vanessa Springora (la victime de Matzneff autrice du roman dont est adapt\u00e9 le film) qui a d\u00fb subir cela pendant des ann\u00e9es. L\u2019ambiance est pesante, aucun r\u00e9pit ne nous est offert. Qu\u2019il s\u2019agisse des images d\u00e9go\u00fbtantes des mains de Matzneff, ses chuchotements ou la respiration haletante de Vanessa, rien n\u2019est fait pour nous laisser tranquille ! L\u2019exercice est r\u00e9ussi pour la r\u00e9alisatrice mais cela \u00e9tait-il n\u00e9cessaire de tirer en longueur \u00e0 ce point ? \u00c0 mon avis non. Apr\u00e8s 30 minutes de film le propos est compl\u00e8tement assimil\u00e9 par le public, pourquoi continuer ? Certes on en apprend plus sur leur relation, mais est-ce n\u00e9cessaire au propos du film ? Le d\u00e9but et la fin sont probants : on d\u00e9couvre comment Vanessa tombe sous l\u2019emprise de Matzneff et \u00e0 quel point il est difficile d\u2019en sortir, si l\u2019on peut en sortir. Malheureusement, au milieu on se perd un peu, et on veut tellement raconter tout ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 que \u00e7a en devient brouillon.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La chronologie n\u2019est pas claire, on voit Vanessa f\u00eater ses 14 ans, puis soudainement, \u00e0 la fin du film, on apprend qu\u2019elle a 16 ans r\u00e9volu et qu\u2019elle peut quitter l\u2019\u00e9cole sans que rien ne nous le laisse entendre. L\u2019actrice ne vieillissant pas et paraissant toujours aux c\u00f4t\u00e9s de Matzneff on ne la voit pas grandir : On ne voit toujours qu\u2019un porc de 50 ans avec une enfant de 14 ans. Cet \u00e9l\u00e9ment, qui m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas majeur, m\u2019a laiss\u00e9 troubl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Cela, \u00e0 mon sens, m\u00e8ne \u00e0 la grande contradiction du film : la relation avec Youri. Youri (Jean Chevalier) est un gar\u00e7on que Vanessa rencontre (leur rencontre est d\u2019ailleurs quasi absente, le personnage de Yuri sortant presque de nulle-part) et avec qui elle va nouer un lien tr\u00e8s superficiel dans le film. Elle quitte Matzneff pour lui, sans que le film ne donne d\u2019explication. Le constat est clair : elle cherche un refuge chez ce gar\u00e7on. Mais l\u00e0, probl\u00e8me : Youri est \u00e0 la fac alors qu\u2019\u00e0 ce moment du film on ne nous a pas tenu au courant de l\u2019\u00e2ge de Vanessa, elle a donc toujours 14 ans pour le public. Youri passe pour le \u00ab nice guy \u00bb pr\u00e9sent pour cette pauvre fille manipul\u00e9e alors que dans les faits, c\u2019est un gar\u00e7on plus \u00e2g\u00e9 qui profite de la d\u00e9tresse d\u2019une fille pour la s\u00e9duire et \u00eatre son sauveur. Cette relation n\u2019\u00e9tant pas le sujet du film elle n\u2019est que survol\u00e9e assez maladroitement. On pourrait penser que cela est juste une maladresse et que cela n\u2019est pas grave, mais je ne suis pas d\u2019accord. \u00c0 mon sens, cela invalide le propos du film : pourquoi d\u00e9noncer une relation entre un homme de 49 ans et une fille de 14 ans mais ne pas \u00eatre capable de d\u00e9noncer clairement la relation de celle-ci avec un gar\u00e7on de 20 ans ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Bilan mitig\u00e9 pour ma part. Le film a de nombreuse qualit\u00e9 ind\u00e9niable mais reste un peu en surface car il a trop \u00e0 dire en 2h, et \u00e7a le rend plut\u00f4t indigeste. \u00c0 mon avis, repr\u00e9senter les violences sexuelles est essentiel pour aider le public \u00e0 les identifier, mais attention \u00e0 ne pas se perdre ! En cette fin d\u2019ann\u00e9e j\u2019ai aussi eu la chance de voir sortir\u00a0How to Have Sex\u00a0de Molly Manning Walker qui d\u00e9nonce un autre pan des violences sexuelles mais qui sait \u00eatre plus incisive, pr\u00e9cise, en se concentrant sur des \u00e9l\u00e9ments mieux choisis. Au d\u00e9but du\u00a0Consentement\u00a0un carton nous informe qu\u2019il est adapt\u00e9 d\u2019un livre et que des choix ont d\u00fb \u00eatre faits pour pouvoir faire une v\u00e9ritable adaptation. A mon sens, pas assez de choix n\u2019ont \u00e9t\u00e9 fait, ou alors pas les bons et c\u2019est bien dommage ! Je salue l\u2019essai, mais bien qu\u2019ayant de vraies qualit\u00e9s, je ne recommande pas l\u2019exp\u00e9rience du visionnage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jimmy Capdevilla <\/strong>(06.12.2023)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><em><strong>Le Consentement\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li style=\"font-size:15px\">R\u00e9alisation: Vanessa Filho<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">Pays de production: France<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">Genre: Drama<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">acteurices: Kim Higelin, Laeticia Casta, Elodie Bouchez, Jean-Paul Rouve<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">dur\u00e9e: 118 minutes<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019adaptation sur grand \u00e9cran du livre de Vanessa Springora est enfin arriv\u00e9e dans les salles de cin\u00e9ma suisses. Le but du film \u00e9tant de de d\u00e9noncer la p\u00e9dophilie de Gabriel Matzneff, regardons ensemble si cela est r\u00e9ussi et si ce film vaut la peine d\u2019\u00eatre vu.<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":2185,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[17,4,16],"tags":[9,33,13,251],"class_list":{"0":"post-2183","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-analyses","8":"category-articles","9":"category-critiques","10":"tag-cinema","11":"tag-critique","12":"tag-film","13":"tag-laeticia-casta"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2183","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2183"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2183\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2185"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}