{"id":1982,"date":"2023-05-16T13:58:43","date_gmt":"2023-05-16T11:58:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=1982"},"modified":"2023-05-16T13:59:45","modified_gmt":"2023-05-16T11:59:45","slug":"beau-is-afraid-et-il-y-a-de-quoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2023\/05\/beau-is-afraid-et-il-y-a-de-quoi\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Beau Is Afraid\u00a0\u00bb &#8211; et il y a de quoi"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/05\/beau-is-afraid-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1984\" width=\"630\" height=\"354\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/05\/beau-is-afraid-edited.jpg 855w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/05\/beau-is-afraid-edited-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/05\/beau-is-afraid-edited-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Elite Film AG<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les amateurxices d\u2019horreur psychologique l\u2019ont tant attendu : le nouveau film r\u00e9alis\u00e9 par Ari Aster (<em>Hereditary<\/em>, 2018; <em>Midsommar<\/em>, 2019) est enfin sorti en salle ce mois d\u2019avril dernier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Apr\u00e8s les trois heures de film, les lumi\u00e8res se rallument dans la salle et la sensation d\u2019\u00eatre totalement d\u00e9boussol\u00e9 surgit : on se demande ce que l\u2019on vient de visionner, de ce qui vient de se passer, si tout cela ne relevait pas d\u2019un tr\u00e8s long \u00e9pisode d\u2019hallucination ou d\u2019un bad trip. Surtout, on se demande si le sc\u00e9nario a r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chit et , tant l&rsquo;histoire est d\u00e9lirante et le r\u00e9cit d\u00e9cousu. Pourtant, <em>Beau is Afraid<\/em> a en effet \u00e9t\u00e9 murement r\u00e9fl\u00e9chit dans la t\u00eate d&rsquo;Aster depuis dix ans, et son \u00e9pop\u00e9e d\u00e9lirante a enfin pu voir le jour.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Avant toute chose, un \u00e9l\u00e9ment du film qui marque les spectatrices d\u00e8s les premi\u00e8res minutes, et jusqu&rsquo;\u00e0 la fin est le jeu d&rsquo;acteur de Joaquin Phoenix, \u00e0 couper le souffle. Habitu\u00e9 \u00e0 jouer les \u00ab&nbsp;misfits&nbsp;\u00bb ou personnages au profil psychologique complexes (<em>C\u2019mon C\u2019mon<\/em>,&nbsp;<em>Joker<\/em>,&nbsp;<em>Two Lovers<\/em>, etc.), Joaquin se retrouve dans la peau de ce Beau Wassermann, quarantenaire hypocondriaque et parano\u00efaque vivant seul, et qui semble \u00eatre l\u2019homme le plus angoiss\u00e9 du monde. Dop\u00e9 aux anxiolytiques, il va vivre la pire descente aux enfers imaginable \u00e0 travers une odyss\u00e9e absolument folle et improbable. Un voyage qui de prime abord commencera par le simple fait d\u2019aller voir sa m\u00e8re pour f\u00eater l\u2019anniversaire du d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re \u2013 qu\u2019il n\u2019a jamais connu \u2013 mais qui finira par \u00eatre un p\u00e9riple tumultueux pour se rendre aux obs\u00e8ques de sa m\u00e8re, morte d\u00e9capit\u00e9e par un chandelier. Un accident de voiture, une convalescence chez d\u2019\u00e9tranges inconnus dont leur fils est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et leur fille semble manigancer d\u2019\u00e9tranges choses, une communaut\u00e9 d\u2019adultes orphelins au beau milieu de la for\u00eat ayant mont\u00e9 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, le p\u00e9riple de Beau sera loin d\u2019\u00eatre tranquille pour pouvoir honorer sa m\u00e8re en \u00e9tant pr\u00e9sent \u00e0 ses fun\u00e9railles. La performance de Joaquin Phoenix est si forte qu&rsquo;elle entraine les spectateurices \u00e0 ressentir et \u00eatre plong\u00e9s dans les \u00e9motions et la folie d\u00e9lirante que traverse Beau. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce qui fait la force de ce long m\u00e9trage r\u00e9side aussi dans la question de l&rsquo;auto-r\u00e9flexivit\u00e9. Aster maitrise parfaitement le jeu de la r\u00e9flexivit\u00e9 et de la mise en abyme dans\u00a0<em>Beau is afraid,<\/em>\u00a0\u00e0 un point ou cela en devient g\u00eanant pour les spectateurices, pi\u00e9g\u00e9s elleux-m\u00eame dans une situation perverse de voir la vie de cet homme s\u2019\u00e9crouler peu \u00e0 peu face \u00e0 elleux, particuli\u00e8rement dans les derni\u00e8res minutes o\u00f9 Beau, entour\u00e9 d\u2019une ar\u00e8ne de spectateurices, semble faire face \u00e0 son jugement dernier quant \u00e0 la culpabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre un mauvais fils. Puisque c\u2019est aussi cela qui suit le personnage de Beau, qui le traque durant ces trois heures : la question de la culpabilit\u00e9.  Des premi\u00e8res minutes du film o\u00f9 il se retrouve chez son psychoth\u00e9rapeute et o\u00f9 apparait en lettres majuscules \u201cGUILTY\u201d sur le carnet du m\u00e9decin, au jugement final de beau, en passant par la culpabilit\u00e9 d\u2019occuper une chambre chambre qui n&rsquo;est pas la sienne, tout am\u00e8ne \u00e0 se poser cette question: Beau est-il coupable ? Mais de quoi, d\u2019exister ? D\u2019avoir surv\u00e9cu \u00e0 la chute initiale de sa vie, tomb\u00e9 sur le sol de l\u2019h\u00f4pital l\u00e2ch\u00e9 par un m\u00e9decin lors de sa premi\u00e8re minute d\u2019existence ? De n&rsquo;avoir pas assez aim\u00e9 sa m\u00e8re ? Tout cela est accompagn\u00e9 d\u2019un jeu malsain avec la place du m\u00e9dium vid\u00e9o : entre filmer une personne s\u2019appr\u00eatant \u00e0 sauter du haut d\u2019un immeuble, l\u2019adolescente du couple d\u2019inconnu filmant Beau dans ses moindres faits et gestes, ou encore Beau r\u00e9alisant qu\u2019il est observ\u00e9 par le couple \u00e0 travers de cam\u00e9ras dissimul\u00e9es, les spectateurices sont finalement complices de cette machine infernale, et participent \u00e0 la descente aux enfers du pauvre protagoniste. Cela peut alors encore mieux expliquer le sentiment de profond malaise lorsque le nom d\u2019Ari Aster apparait et que les cr\u00e9dits commencent \u00e0 d\u00e9fier sur la sc\u00e8ne finale du public quittant le jugement de Beau, comme le public quittant la salle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Et si toute cette culpabilit\u00e9 et cette folie v\u00e9cues par Beau ne seraient finalement pas le fruit d\u2019une manipulation odieuse&nbsp;de la part de ce qui l\u2019entoure&nbsp;? De sa m\u00e8re, au couple qui le prend en charge \u00e0 la suite de son accident, en passant par la fille dont il est tomb\u00e9 amoureux, enfant, lors d\u2019une croisi\u00e8re avec sa m\u00e8re. Est-ce que, \u00e0 la mani\u00e8re de&nbsp;<em>Gazlight<\/em> (George Cukor 1944), le monde entier n\u2019\u0153uvrerait-il pas contre lui afin qu\u2019il sombre dans une folie et une parano\u00efa profonde&nbsp;? La manipulation pourrait aussi \u00eatre remarqu\u00e9 sur un plan extra-di\u00e9g\u00e9tique, par la destruction d&rsquo;Ari Aster de l&rsquo;attente spectatorielle. Dans ce jeu malsain du r\u00e9alisateur, ne laissant aucune mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;audience de deviner ce qui va se passer, on en viendrait alors \u00e0 se demander si la personne qui manipule le plus grand monde n\u2019est pas le r\u00e9alisateur, jouant avec les \u00e9motions des spectateurices de mani\u00e8re malsaine en les d\u00e9boussolant constamment et en ne leur octroyant aucun point de rep\u00e8re si ce n\u2019est le personnage de Beau. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Cependant, malgr\u00e9 cet aspect angoissant et lourd, cette incapacit\u00e9 \u00e0 trouver un point de rep\u00e8re et ce sentiment d&rsquo;\u00eatre manipul\u00e9,&nbsp;<em>Beau is afraid<\/em>&nbsp;fais rire, et  peut-\u00eatrem\u00eame bien plus qu\u2019il ne fait peur&nbsp;: la capacit\u00e9 d\u2019Ari Aster \u00e0 ins\u00e9rer du comique dans les pires situations reste elle aussi ing\u00e9nieuse, \u00e0 un point o\u00f9 l\u2019on se demande s\u2019il s\u2019agit d\u2019un film d\u2019horreur ou d\u2019une com\u00e9die. La musique cependant, compos\u00e9e \u00e0 nouveau par Bobby Krlic (<em>Midsommar<\/em>) fait r\u00e9aliser aux spectateurices par ses sonorit\u00e9s angoissantes et ses bruits de fond que ce film n&rsquo;est pas qu&rsquo;une com\u00e9die. La bande son elle aussi permet d&rsquo;amener une couche suppl\u00e9mentaire de malaise dans l&rsquo;audience.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Bien qu&rsquo;il soit une r\u00e9ussite sur de nombreux aspects, <em>Beau is Afraid<\/em>&nbsp;comporte toutefois ses points n\u00e9gatifs, notamment l\u2019\u00e9trange obsession d\u2019Ari Aster avec les repr\u00e9sentations phalliques et la place du sexe au sein de ses films. Du d\u00e9but \u00e0 la fin, les r\u00e9f\u00e9rences pullulent \u00e0 une telle fr\u00e9quence que cela en perd progressivement tout caract\u00e8re comique et devient plus ridicule que v\u00e9ritablement dr\u00f4le On sourit b\u00eatement en voyant les graffitis phalliques recouvrir l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;immeuble ou beau habite, mais on se demande si l&rsquo;apparition d&rsquo;un p\u00e9nis g\u00e9ant cach\u00e9 dans un grenier \u00e9tait vraiment n\u00e9cessaire (si ce n&rsquo;est peut \u00eatre pour jouer avec le fait que son p\u00e8re \u00e9tait, \u00e0 en tirer de l&rsquo;expression anglaise, \u00ab\u00a0a massive dick\u00a0\u00bb). Ces repr\u00e9sentations vont m\u00eame aller jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre directement th\u00e9matis\u00e9es et impliqu\u00e9es dans l\u2019intrigue&nbsp;: En effet, Beau est n\u00e9 puisque son p\u00e8re est mort, et souffre du m\u00eame mal que lui et que ses autres anc\u00eatres : s\u2019il \u00e9jacule, son c\u0153ur ne s\u2019en remettrait pas et il mourrait sur le coup.&nbsp;Cependant, il serait possible de lire ses \u00e9l\u00e9ments comme une nouvelle couche d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments plongeant les spectateurices dans un \u00e9trange malaise face \u00e0 la situation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Finalement, qu\u2019en est-il de l\u2019appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de ce film&nbsp;? Il est vrai que par son r\u00e9cit exposif est totalement d\u00e9li\u00e9, il n\u2019est pas difficile de d\u00e9crocher du r\u00e9cit et de voir les 3 heures passer de mani\u00e8re lente et p\u00e9nible sans comprendre ce qui se passe \u00e0 l\u2019\u00e9cran hormis un r\u00e9cit catastrophique. Toutefois, si l\u2019aspect d\u00e9cousu du r\u00e9cit n\u2019est pas un freint \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation du film,&nbsp;<em>Beau is Afraid<\/em>&nbsp;parait alors comme une \u00e9pop\u00e9e fantastique incroyable et captivante \u00e0 chaque minute qui passe, un v\u00e9ritable voyage au sein m\u00eame de la folie.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Anna\u00eblle Poget<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8cf370e7 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p><em>Beau Is Afraid<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li style=\"font-size:15px\">R\u00e9alisation: Ari Aster<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">Pays de production: Canada<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">Genre: Drame comique, horreur psychologique<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">Dur\u00e9e: 179 minutes<\/li>\n\n\n\n<li style=\"font-size:15px\">Acteurices: Joaquin Phoenix; Nathan Lane; Patti LuPone; Amy Ryan<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout droit sorti de l&rsquo;esprit du r\u00e9alisateur Ari Aster, Beau is Afraid est sorti en salles romandes le 26 avril dernier. 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