{"id":1700,"date":"2023-02-09T11:39:56","date_gmt":"2023-02-09T10:39:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=1700"},"modified":"2023-03-28T00:58:44","modified_gmt":"2023-03-27T22:58:44","slug":"falcon-lake-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2023\/02\/falcon-lake-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Falcon Lake\u00a0\u00bb &#8211; critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"855\" height=\"481\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/02\/scen_01-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1702\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/02\/scen_01-edited.jpg 855w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/02\/scen_01-edited-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/02\/scen_01-edited-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 855px) 100vw, 855px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Temporary Import Filme<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">TW: Bastien Viv\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">A la fin de l\u2019ann\u00e9e 2022 est sorti le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;long m\u00e9trage de Charlotte Le Bon, racontant l\u2019histoire de Bastien, 13 ans, bient\u00f4t 14, et de sa rencontre la fille de la meilleure amie de sa m\u00e8re&nbsp;: Chlo\u00e9, 16 ans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le r\u00e9cit fait alors le portrait des deux adolescents qui semblent fondamentalement oppos\u00e9s aux premiers abords&nbsp;: une adolescente qui ne souhaite pas se confronter au monde adulte et pr\u00e9f\u00e8rerait rester dans ses r\u00eaveries et histoires de fant\u00f4mes, et un pr\u00e9-adolescent peut-\u00eatre trop impatient de devenir adulte. La diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge mais aussi de genre cr\u00e9ent une d\u00e9marcation forte entre les deux jeunes. Par leurs interactions, Bastien se retrouve parachut\u00e9 dans un groupe d\u2019adolescents plus vieux que lui, avec des figures masculines aux caract\u00e8re d\u00e9testable, et pourtant criant de v\u00e9rit\u00e9 quant \u00e0 la performance masculine chez les adolescents. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, Chlo\u00e9 et son corps sont hyper-sexualis\u00e9 par son entourage masculin, qu\u2019il s\u2019agisse de ses amis ou de son ex. Toutefois, les deux vont tisser des liens de plus en plus forts au fil des jours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Aux premiers abords, on peut se dire que Charlotte Le Bon a su de mani\u00e8re assez juste retranscrire l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019adolescence. Elle mentionne d\u2019ailleurs dans le g\u00e9n\u00e9rique de fin qu\u2019elle n\u2019aurait jamais pu r\u00e9aliser ce film sans ses propres exp\u00e9riences adolescentes. La relation entre Bastien et Chlo\u00e9 amuse et g\u00eane, puisqu\u2019elle rapproche les spectateur\u00b7ice\u00b7s de leur propre v\u00e9cu : la sortie de l\u2019innocence enfantine, l\u2019alcool et les cigarettes en douces, les premi\u00e8res soir\u00e9es et premi\u00e8res exp\u00e9riences sexuelles, les amours de vacances, la diff\u00e9rence de genre \u2013 et de performance de genre\u2013 \u00e0 une p\u00e9riode charni\u00e8re. Mais elle rend aussi m\u00e9lancolique face aux aspects douloureux de cette p\u00e9riode de la vie mis en sc\u00e8ne&nbsp;: la facilit\u00e9 avec laquelle les plus jeunes peuvent \u00eatre manipul\u00e9s par des plus vieux, l\u2019objectification des adolescentes, les angoisses de vivre dans un monde auquel lequel on n\u2019appartient pas.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Mais malgr\u00e9 sa mani\u00e8re exemplaire de faire un portrait des plus sinc\u00e8res de l\u2019adolescence, ce film est hant\u00e9 par un autre fant\u00f4me que celui des histoires de Chlo\u00e9. En effet,&nbsp;<em>Falcon Lake<\/em>&nbsp;est librement adapt\u00e9 du roman graphique \u00ab&nbsp;une s\u0153ur&nbsp;\u00bb de Bastien Viv\u00e8s. Le film de Charlotte Le Bon, qui plus est, est sorti dans une p\u00e9riode proche du scandale li\u00e9 au festival d\u2019Angoul\u00eame et de la venue de Viv\u00e8s et aux d\u00e9nonciations par de nombreux mouvements militants du contenu incestueux et p\u00e9dopornographique de ses romans graphiques. L\u00e0 se pose alors la question : quelle est la ligne qui s\u00e9pare l\u2019\u0153uvre originale \u201c<em>Une soeur<\/em>\u201d et son adaptation libre par Charlotte Le Bon ? et reste-t-il dans cette adaptation une part de la vision inexcusable de l\u2019auteur initial ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il est compliqu\u00e9 de trancher, cependant, les plans sont clairs, les personnages et le jeu d\u2019acteur aussi : la sexualisation des corps adolescents est pr\u00e9sente \u00e0 de multiples reprises. Le corps de Chlo\u00e9 est souvent d\u00e9coup\u00e9 par la mise en cadre : gros plans sur son dos presque nu sous la douche avec Bastien, plan large o\u00f9 elle se trouve dans l\u2019eau du lac avec d\u00e9passant uniquement \u00e0 la surface son visage et ses seins, plan rapproch\u00e9 sur son visage lorsqu\u2019elle se masturbe en face de Bastien. Le Bon trouve aussi une mani\u00e8re de sugg\u00e9rer des sc\u00e8nes \u00e0 caract\u00e8re sexuel entre les adolescents par des jeux de cadrage et de lumi\u00e8re. Tout ce qui ne peut pas \u00eatre montr\u00e9 est fait dans l\u2019ombre, mais tout est toutefois mis en sc\u00e8ne&nbsp;: entre la sc\u00e8ne de la salle de bain ou, dans le noir presque complet, Chlo\u00e9 retire son haut et se met \u00e0 toucher Bastien, ou la sc\u00e8ne ou Chlo\u00e9 et Olivier sont surpris dans le lac au milieu de la nuit. Il est cependant impossible de dire si tout cela provient de la volont\u00e9 de Charlotte Le Bon dans la r\u00e9daction du sc\u00e9nario, ou de l\u2019inspiration de l\u2019\u0153uvre originale. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la situation rel\u00e8ve d\u2019ailleurs de la tendance \u00e0 la sexualisation des corps adolescents dans les&nbsp;<em>coming of age movies<\/em>. On pensera \u00e0&nbsp;<em>Mid90s<\/em>&nbsp;(Jonah Hill, 2018) ou&nbsp;<em>Call me by your name&nbsp;<\/em>(Luca Guadagnino, 2017), films mentionn\u00e9s par Le Bon comme source d\u2019inspiration de son premier long m\u00e9trage<a href=\"\/\/E220920E-1A91-4344-9C27-5D4EE04E3899#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Cette ambigu\u00eft\u00e9 cr\u00e9e tout de m\u00eame un sentiment de malaise sur le fond d\u2019id\u00e9e d\u2019o\u00f9 proviennent les images qui d\u00e9filent devant les spectateur\u00b7ice\u00b7s&nbsp;: un roman graphique o\u00f9 une adolescente initie un enfant \u00e0 la sexualit\u00e9. Finalement, le nom du protagoniste am\u00e8ne lui aussi \u00e0 se poser des questions&nbsp;: Bastien. R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019auteur de l\u2019histoire originelle par Le Bon ou simple co\u00efncidence&nbsp;? Ce d\u00e9tail final, et pourtant fondamental, s\u2019ajoute au malaise ressenti face \u00e0 l\u2019\u0153uvre que Charlotte Le Bon. La question de l\u2019implication de Le Bon se pose alors, puisqu\u2019elle n\u2019est en rien responsable des actes de l\u2019auteur original de l\u2019histoire. Cependant, les nombreux \u00e9l\u00e9ments mentionn\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, ainsi que la volont\u00e9 de Le Bon de prendre comme r\u00e9f\u00e9rence pour son film une histoire \u00e0 caract\u00e8re p\u00e9dopornographique, rendent difficile de dissocier l\u2019\u0153uvre originale et son auteur de sa r\u00e9adaptation par Charlotte Le Bon.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pour ce qui en est du film dans son aspect individuel, Le Bon d\u00e9livre tout de m\u00eame un film d\u2019une r\u00e9elle transparence dans sa retranscription l\u2019exp\u00e9rience adolescente pour son premier long m\u00e9trage. Les plans de&nbsp;<em>Falcon Lake<\/em>&nbsp;sont d\u2019une beaut\u00e9 sinc\u00e8re plongeant l\u2019histoire au c\u0153ur de la nature, entre le jour et la nuit, la lumi\u00e8re de l\u2019aube ou \u00e0 la seule lumi\u00e8re d\u2019un r\u00e9verb\u00e8re, au c\u0153ur de la for\u00eat canadienne. Les plans sur les visages des adolescents permettent aussi de retranscrire, et de ressentir les \u00e9motions qui les traversent. A l\u2019oppos\u00e9, les plans ou Bastien ou Chlo\u00e9 se perdent dans l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019environnement naturel fait \u00e9cho \u00e0 ce que repr\u00e9sente le monde adulte aux yeux d\u2019adolescents. Mais l\u2019esth\u00e9tisme et la justesse du propos ne permettent pas de dissimuler l\u2019arri\u00e8re-gout am\u00e8re de l\u2019\u0153uvre dont le film est inspir\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En conclusion, le premier long m\u00e9trage de Le Bon d\u00e9livre une belle po\u00e9sie m\u00e9lancolique aux aspects fantastique sur l&rsquo;adolescence, hant\u00e9 toutefois par le fant\u00f4me de Bastien Viv\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anna\u00eblle Poget<\/strong> (09\/02\/2023)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/E220920E-1A91-4344-9C27-5D4EE04E3899#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Mh__NVzLjxE\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Mh__NVzLjxE\">Kombini, \u00ab&nbsp;Le vid\u00e9oclub de Charlotte Le Bon&nbsp;\u00bb, 10 d\u00e9cembre 2022 <\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8cf370e7 wp-block-group-is-layout-flex\" style=\"font-size:15px\">\n<p><em>Falcon Lake<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>r\u00e9alisation:  Charlotte Le Bon<\/li>\n\n\n\n<li>Pays de production: France<\/li>\n\n\n\n<li>Genre: drama<\/li>\n\n\n\n<li>Dur\u00e9e: 100 minutes<\/li>\n\n\n\n<li>actrices: Sara Monpetit, Joseph Engel, Monia Chokri<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Falcon Lake, le premier long m\u00e9trage de Charlotte Le Bon, suit la rencontre de Chlo\u00e9, 16 ans, et Bastien, 13 ans. 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