{"id":1691,"date":"2023-01-18T15:04:47","date_gmt":"2023-01-18T14:04:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=1691"},"modified":"2023-03-28T00:59:22","modified_gmt":"2023-03-27T22:59:22","slug":"babylon-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2023\/01\/babylon-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Babylon\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"855\" height=\"481\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/01\/babylone-edited-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1694\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/01\/babylone-edited-1.png 855w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/01\/babylone-edited-1-300x169.png 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2023\/01\/babylone-edited-1-768x432.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 855px) 100vw, 855px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Warner Bros. Entertainment Switzerland GmbH<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de l\u2019ascension d\u2019un jeune batteur dans un conservatoire de jazz plus qu\u2019exigeant (<em>Whiplash<\/em>, 2014), des r\u00eaves de musique et de cin\u00e9ma de deux amants dans un Los Angeles haut en couleur (<em>La La Land<\/em>, 2016) et du premier alunissage via un biopic de l\u2019astronaute Neil Armstrong (<em>First Man<\/em>, 2018), Damien Chazelle se lance dans&nbsp;<em>Babylon<\/em>, une fiction historique suivant le parcours de plusieurs acteurs du secteur cin\u00e9matographique dans le Hollywood des ann\u00e9es 1920 et 1930, p\u00e9riode transitoire difficile en raison de l\u2019arriv\u00e9e des technologies du parlant qui bouleversent les m\u00e9thodes de production, de tournage et d\u2019exploitation des films.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">D\u2019embl\u00e9e, quelques faits se doivent d\u2019\u00eatre rappel\u00e9s, \u00e0 commencer par celui-ci&nbsp;: les trois premiers films de Damien Chazelle sont des chefs-d\u2019\u0153uvre. Bien qu\u2019ils soient tous issus de genres diff\u00e9rents (le r\u00e9cit d\u2019initiation, la com\u00e9die musicale et le film biographique), le cin\u00e9aste franco-am\u00e9ricain est parvenu \u00e0 les traiter avec une rigueur exemplaire, tout en dirigeant parfaitement ses acteurs et son \u00e9quipe technique, en contant des histoires passionnantes et en proposant des mises en sc\u00e8ne tant virtuoses qu\u2019originales.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Qui plus est \u2013 ce qui t\u00e9moigne par ailleurs de la v\u00e9ritable qualit\u00e9 d\u2019 \u00ab&nbsp;auteur&nbsp;\u00bb de Damien Chazelle \u2013 un sujet particuli\u00e8rement fort relie ces trois \u0153uvres&nbsp;: le prix qu\u2019il est n\u00e9cessaire de payer pour atteindre ses r\u00eaves (la sant\u00e9 physique et mentale dans&nbsp;<em>Whiplash<\/em>, l\u2019amour dans&nbsp;<em>La La Land<\/em>&nbsp;et la famille dans&nbsp;<em>First Man<\/em>). La radicalit\u00e9 avec laquelle il a travaill\u00e9 sur cette th\u00e9matique a valu de nombreuses critiques au r\u00e9alisateur qui, en effet, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 subvertir les genres qu\u2019il adapte pour rendre cr\u00e9dible ses histoires. Cons\u00e9quemment, on comprend assez bien ses d\u00e9tracteurs&nbsp;: \u00e0 une heure o\u00f9 d\u2019une part la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019aseptise continuellement (on cherche \u00e0 se persuader que tout le monde parviendra \u00e0 ses objectifs sans r\u00e9elle difficult\u00e9 ni sacrifice), o\u00f9 d\u2019autre part les marques d\u2019originalit\u00e9 et de dramaturgie se mesurent au compte-goutte dans les films am\u00e9ricains issus de l\u2019industrie&nbsp;<em>mainstream<\/em>&nbsp;(on remerciera encore et toujours Disney qui a fait de cet effondrement de toute ambition esth\u00e9tique et narrative une nouvelle norme), le cin\u00e9ma de Damien Chazelle peut \u00eatre dur \u00e0 supporter \u00e9motionnellement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Qu\u2019en est-il de&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;? S\u2019inscrit-il dans la continuit\u00e9 des trois autres longs-m\u00e9trages de Damien Chazelle&nbsp;? A-t-il quelque chose \u00e0 ajouter&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce qui est des plus int\u00e9ressants, c\u2019est que le cin\u00e9aste inscrit bel et bien&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;dans la filiation de ses pr\u00e9c\u00e9dents films sur le plan th\u00e9matique \u2013 atteindre ses objectifs a un prix, souvent tr\u00e8s lourd \u2013 tout en choisissant intelligemment d\u2019\u00e9tendre son r\u00e9cit sur une dur\u00e9e un peu plus longue que d\u2019accoutum\u00e9e. Il en r\u00e9sulte que le spectateur n\u2019est plus juste le t\u00e9moin de l\u2019\u00e9l\u00e9vation d\u2019un personnage (de ses performances techniques dans&nbsp;<em>Whiplash<\/em>, de ses r\u00eaves artistiques dans&nbsp;<em>La La Land<\/em>, ou encore de ses ambitions de repousser les limites humaines dans&nbsp;<em>First Man<\/em>), mais \u00e9galement de sa chute. C\u2019est un film qui parle de d\u00e9ch\u00e9ance, du comment nos r\u00eaves peuvent nous \u00eatre vol\u00e9s par des forces contre lesquelles nous sommes impuissants. Assur\u00e9ment,&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;est bien plus sombre que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, aboutissant \u00e0 une vision d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et d\u00e9sol\u00e9e de l\u2019industrie cin\u00e9matographique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La critique semble principalement dirig\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre du cin\u00e9ma hollywoodien suivant l\u2019arriv\u00e9e des technologies sonores. En plus de compliquer de fa\u00e7on drastique les tournages (encagement dans des studios, recours \u00e0 du mat\u00e9riel extr\u00eamement lourd, difficult\u00e9s multiples li\u00e9es \u00e0 la captation des voix, etc.), la mutation technologique que repr\u00e9sente l\u2019arriv\u00e9e du son s\u2019accompagne d\u2019une mutation id\u00e9ologique, probablement connect\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 nouvelle des acteurs et actrices de s\u2019exprimer verbalement dans la sph\u00e8re publique. Ce qui se produit alors, ce n\u2019est pas seulement l\u2019embourgeoisement des individus hauts plac\u00e9s de l\u2019industrie cin\u00e9matographique, c\u2019est surtout l\u2019apog\u00e9e d\u2019une caste puritaine et snob qui se referme de plus en plus sur elle-m\u00eame, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 progressivement exclure les membres ne rentrant pas (ou plus) dans le canon, en particulier les femmes.&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;se double alors d\u2019un discours f\u00e9ministe plus que pertinent, d\u00e9non\u00e7ant la mani\u00e8re dont le gratin hollywoodien a cr\u00e9\u00e9 et impos\u00e9 un mod\u00e8le standardis\u00e9 de la femme, ne laissant \u00e0 pr\u00e9sent place \u00e0 aucune excentricit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce n\u2019est pas pour autant que le film de Damien Chazelle est manich\u00e9en. Le Hollywood pr\u00e9c\u00e9dent l\u2019arriv\u00e9e du son avait lui aussi ses d\u00e9fauts, ce que&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;ne cherche pas \u00e0 cacher&nbsp;: l\u2019absence totale de r\u00e8gles de s\u00fbret\u00e9 mettant sans cesse les travailleurs du milieu en danger, le racisme et le manque d\u2019ouverture aux com\u00e9diens non-Caucasiens, l\u2019\u00e9loge de la vulgarit\u00e9, la consommation excessive d\u2019alcool et de drogue, etc. Toutefois, filmiquement, le cin\u00e9aste attribue \u00e0 cette p\u00e9riode une certaine authenticit\u00e9, une certaine candeur, qui a ensuite enti\u00e8rement disparue avec cette profonde artificialisation des travailleurs du monde du cin\u00e9ma. De plus, cette nouvelle \u00e8re n\u2019a absolument pas r\u00e9gl\u00e9 les probl\u00e8mes du Hollywood des ann\u00e9es 1920&nbsp;: l\u2019absence de consid\u00e9ration quant \u00e0 la vie des petites gens, la x\u00e9nophobie, la grivoiserie et l\u2019alcoolisme ont continu\u00e9 d\u2019exister, mais de fa\u00e7on bien plus discr\u00e8te et vicieuse, dissimul\u00e9s sous un vernis de consensualisme et de bien-pensance. C\u2019est dire si&nbsp;<em>Babylon<\/em>, en nous r\u00e9v\u00e9lant ainsi l\u2019 \u00ab&nbsp;envers du d\u00e9cor&nbsp;\u00bb, parle autant du si\u00e8cle pass\u00e9 que de l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le film de Damien Chazelle trouve ainsi un parfait entre-deux, \u00e0 la fois nostalgique d\u2019une \u00e9poque de tous les exc\u00e8s, d\u00e9sinhib\u00e9e et d\u00e9bordant de cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e0 la fois critique envers les d\u00e9rives qui en ont r\u00e9sult\u00e9 (par exemple, la proximit\u00e9 des acteurs du secteur cin\u00e9matographique avec la mafia de Los Angeles) et les intol\u00e9rances qui la caract\u00e9risait. Aimer sinc\u00e8rement le cin\u00e9ma n\u2019emp\u00eache pas une conscience de la toxicit\u00e9 de ce milieu.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les th\u00e9matiques susmentionn\u00e9es suffisent \u00e0 elles seules \u00e0 transformer&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;en un long-m\u00e9trage incontournable du 21<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Mais ajoutez \u00e0 cela la beaut\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne de Damien Chazelle (qui am\u00e8ne le spectateur vers une immersion audiovisuelle totale, gr\u00e2ce \u00e0 une gestion de l\u2019\u00e9clairage irr\u00e9prochable et \u00e0 des mouvements de cam\u00e9ra vertigineux d\u2019une fluidit\u00e9 fascinante), une impressionnante vari\u00e9t\u00e9 de registres (le film sait \u00eatre intimiste et \u00e9pique quand il le faut, provoquer alternativement le rire, l\u2019angoisse et les larmes), un souci notable de la reconstitution historique (on appr\u00e9ciera singuli\u00e8rement la d\u00e9cision de ne pas tomber dans le clich\u00e9 de la projection en noir et blanc, mais du recours \u00e0 des teintes coloriant la pellicule d\u2019une couleur uniforme, une pratique tr\u00e8s r\u00e9pandue dans le cin\u00e9ma des ann\u00e9es 1920, pourtant quasiment jamais mise en images) ainsi qu\u2019une direction des acteurs impeccable (on saluera tout particuli\u00e8rement une Margot Robbie d\u00e9cha\u00een\u00e9e, qui livre probablement sa meilleure performance), vous obtenez un chef d\u2019\u0153uvre\u2026 le quatri\u00e8me au palmar\u00e8s de Damien Chazelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Bien s\u00fbr, on peut reprocher certaine(s) chose(s) \u00e0&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;(notamment sa derni\u00e8re sc\u00e8ne, dont l\u2019id\u00e9e, affligeante de b\u00eatise, contraste compl\u00e8tement avec le reste du film, en insistant lourdement sur la symbolique du long-m\u00e9trage et sur sa dimension r\u00e9f\u00e9rentielle). C\u2019est un film vulgaire, bruyant et outrancier, \u00e0 l\u2019image des personnages qu\u2019il d\u00e9peint, mais c\u2019est avant tout un film courageux et juste. En raison de son ton irr\u00e9v\u00e9rencieux pleinement assum\u00e9, il va choquer, agacer et diviser, bien plus encore que les autres r\u00e9alisations de Damien Chazelle. Et c\u2019est tant mieux&nbsp;: \u00e0 notre \u00e9poque, cela est devenu une n\u00e9cessit\u00e9. C\u2019est justement ce qui fait de&nbsp;<em>Babylon<\/em>&nbsp;non pas uniquement un tr\u00e8s, tr\u00e8s grand film, mais aussi une \u0153uvre d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Michael Wagni\u00e8res<\/strong> (18\/01\/2023)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8cf370e7 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p><em><strong>Babylon<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group is-vertical is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-8cf370e7 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<p>R\u00e9alisation et sc\u00e9nario: Damien Chazelle<\/p>\n\n\n\n<p>pays de production: United States<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\">acteurices: Margot Robbie, Olivia Wild, Brad Pitt<\/p>\n\n\n\n<p>dur\u00e9e du film: 189 minutes<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Babylon, quatri\u00e8me long-m\u00e9trage du cin\u00e9aste Damien Chazelle, conte le destin m\u00eal\u00e9 de plusieurs acteurs du secteur cin\u00e9matographique dans le Hollywood des ann\u00e9es 1920. L\u2019arriv\u00e9e du parlant va venir bousculer leur ascension sociale et professionnelle\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":1001233,"featured_media":1694,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[17,4,16],"tags":[51,62,221,37,220],"class_list":{"0":"post-1691","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-analyses","8":"category-articles","9":"category-critiques","10":"tag-brad-pitt","11":"tag-damien-chazelle","12":"tag-drama","13":"tag-margot-robbie","14":"tag-olivia-wild"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1691","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001233"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1691"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1691\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1694"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1691"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1691"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1691"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}