{"id":1288,"date":"2022-02-16T15:32:00","date_gmt":"2022-02-16T14:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=1288"},"modified":"2023-03-28T01:12:42","modified_gmt":"2023-03-27T23:12:42","slug":"un-autre-monde-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2022\/02\/un-autre-monde-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Un autre monde\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/UN_AUTRE_MONDE-16x9-1-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1289\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/UN_AUTRE_MONDE-16x9-1-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/UN_AUTRE_MONDE-16x9-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/UN_AUTRE_MONDE-16x9-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/UN_AUTRE_MONDE-16x9-1-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/UN_AUTRE_MONDE-16x9-1.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Xenix Filmdistribution<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Regard sur le n\u00e9omanagement<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Avec son dernier film, St\u00e9phane Briz\u00e9 explore le monde du travail du point de vue du patronat. Une \u0153uvre coup de poing qui met en sc\u00e8ne la logique absurde et impitoyable des sph\u00e8res de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s <em>La Loi du March\u00e9<\/em> (2015) et <em>En Guerre<\/em> (2018), St\u00e9phane Briz\u00e9 cl\u00f4t sa \u00ab\u00a0trilogie du travail\u00a0\u00bb avec son dernier film en date, <em>Un autre monde<\/em>. Au centre de ce projet, Vincent Lindon qui a particip\u00e9 \u00e0 la production des trois volets, incarne diff\u00e9rents acteurs gravitant autour d\u2019entreprises multinationales. D\u2019abord ouvrier au ch\u00f4mage puis chef syndicaliste, le com\u00e9dien fran\u00e7ais prouve que tout est possible en se m\u00e9tamorphosant finalement en directeur d\u2019un site industriel. C\u2019est donc \u00e0 travers le personnage de Philippe Lemesle que l\u2019on d\u00e9couvre l\u2019univers gla\u00e7ant du haut de la pyramide, celui des meneurs du jeu. Pourtant, c\u2019est la redescente brutale du protagoniste qui est au centre du r\u00e9cit. Une s\u00e9paration douloureuse avec sa femme (Sandrine Kiberlain) et la contrainte de licencier dix pour cent de ses collaborateurs vont faire \u00e9clater la vie d\u2019un homme d\u00e9j\u00e0 bien corrod\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa trilogie, les \u00eatres humains, peu importe leur classe sociale, sont syst\u00e9matiquement r\u00e9duits \u00e0 leur valeur sur le march\u00e9 du travail. En faisant recours \u00e0 des motifs r\u00e9currents qui traversent le quotidien des protagonistes (la vente d\u2019un bien, la maladie d\u2019un enfant, les accidents au travail), le r\u00e9alisateur tisse des liens \u00e9troits entre ceux-ci et d\u00e9voile les m\u00e9canismes syst\u00e9miques du pouvoir. En fin de compte, les personnages ne sont rien de plus que des pions du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral. Leur marge de man\u0153uvre r\u00e9side dans leur libert\u00e9 de s\u2019affranchir du monde bureaucratique quitte \u00e0 faire un sacrifice personnel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un dilemme moral<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur d<em>\u2019Un autre monde<\/em> se pose la question de l\u2019\u00e9thique dans le monde du travail. Si Philippe Lemesle refuse dans un premier temps d\u2019entendre raison, il finit par ne plus avoir le choix de se remettre en question face \u00e0 la farce grotesque qui se joue de lui. Le personnage est pris en \u00e9tau entre une direction g\u00e9n\u00e9rale perverse et des collaborateurs \u00e0 bout. La cam\u00e9ra ne se baladera d\u2019ailleurs jamais avec les ouvriers dans les ateliers, car les preneurs de d\u00e9cisions en sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s. St\u00e9phane Briz\u00e9 travaille avec une longue focale qui isole les personnages dans chaque plan et les \u00e9crase sur des fonds abstraits. Philippe Lemesle est visuellement encercl\u00e9 par les amorces floues de ses coll\u00e8gues qui entourent son visage net \u00e0 l\u2019\u00e9cran, le renvoyant \u00e0 sa solitude et \u00e0 son impuissance. Dans les d\u00e9cors glauques ou effac\u00e9s des bureaux et des espaces de vie priv\u00e9s, tout ce qu\u2019il reste c\u2019est le lien social bris\u00e9 qu\u2019il faut reconstruire. L\u2019empathie et les \u00e9motions sont les seules issues possibles face au profond mal-\u00eatre qui ronge le personnage de l\u2019int\u00e9rieur. C\u2019est lors d\u2019un repas familial que le patron troque son visage dur et ferm\u00e9 pour une s\u00e9rie de grimaces. Le masque est tomb\u00e9\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9monstration de la \u00ab\u00a0culture d\u2019entreprise\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une des plus grandes r\u00e9ussites du film se situe dans l\u2019\u00e9criture des dialogues qui exposent brillamment les n\u00e9gociations du milieu industriel. Les strat\u00e9gies commerciales se r\u00e9fl\u00e9chissent dans le langage manag\u00e9rial que s\u2019approprient les cadres. La particularit\u00e9 du jargon d\u2019entreprise est d\u2019humaniser des d\u00e9cisions et actions qui sont, en fait, d\u00e9nu\u00e9es de toute empathie. Le film rel\u00e8ve avec une pointe d\u2019ironie les mots sans cesse d\u00e9tourn\u00e9s de leur sens. Ainsi le terme \u00ab\u00a0plan social\u00a0\u00bb cache les licenciements massifs, le mot \u00ab\u00a0courage\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 \u00e0 tout va pour motiver les vaillants patrons. Cette manipulation du langage est incarn\u00e9e par la directrice g\u00e9n\u00e9rale, Mme&nbsp;Bonnet-Gu\u00e9ret (Marie Drucker), tordant les verbes \u00e0 sa guise pour arriver \u00e0 ses fins. Choix \u00e9tonnant lorsque l\u2019on a en t\u00eate le ton journalistique de Marie Drucke qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentatrice de journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 pendant pr\u00e8s de 10&nbsp;ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les modes de communication, ce sont les fronti\u00e8res poreuses entre les sph\u00e8res professionnelle et priv\u00e9e qui sont touch\u00e9es. La structure m\u00eame du film fait s\u2019entrelacer les diff\u00e9rents fils de vie de Philippe Lemesle comme s\u2019ils se r\u00e9pondaient m\u00e9taphoriquement. On pardonnera d\u2019ailleurs le parall\u00e8le peu subtil entre un p\u00e8re en d\u00e9route et son fils d\u00e9j\u00e0 d\u00e9truit par les rouages du syst\u00e8me. Point par point, <em>Un autre monde<\/em> recense les th\u00e8mes li\u00e9s aux transformations du travail et \u00e0 l\u2019impact de ces derni\u00e8res sur les individus. M\u00eame si le sujet a souvent \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 au cin\u00e9ma, l\u2019angle d\u2019approche adopt\u00e9 en fait un objet tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 voir absolument\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alice Fuchs<\/strong> (16\/02\/2022)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec son dernier film, St\u00e9phane Briz\u00e9 explore le monde du travail du point de vue du patronat. 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