{"id":1244,"date":"2022-04-13T08:36:00","date_gmt":"2022-04-13T06:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=1244"},"modified":"2023-03-28T01:09:36","modified_gmt":"2023-03-27T23:09:36","slug":"vortex-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2022\/04\/vortex-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Vortex\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"444\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/VORTEX-Still1-\u00a9-2021-RECTANGLE-PRODUCTIONS-\u2013-WILD-BUNCH-INTERNATIONAL-1024x444.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1245\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/VORTEX-Still1-\u00a9-2021-RECTANGLE-PRODUCTIONS-\u2013-WILD-BUNCH-INTERNATIONAL-1024x444.png 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/VORTEX-Still1-\u00a9-2021-RECTANGLE-PRODUCTIONS-\u2013-WILD-BUNCH-INTERNATIONAL-300x130.png 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/VORTEX-Still1-\u00a9-2021-RECTANGLE-PRODUCTIONS-\u2013-WILD-BUNCH-INTERNATIONAL-768x333.png 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/VORTEX-Still1-\u00a9-2021-RECTANGLE-PRODUCTIONS-\u2013-WILD-BUNCH-INTERNATIONAL-1536x666.png 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/05\/VORTEX-Still1-\u00a9-2021-RECTANGLE-PRODUCTIONS-\u2013-WILD-BUNCH-INTERNATIONAL.png 1646w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Xenix Filmdistribution<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vieillesse au carr\u00e9<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0On est bien peu de chose\u00a0\u00bb, chante Fran\u00e7oise Hardy dans <em>Mon amie la rose<\/em>. Tel est peut-\u00eatre un constat partag\u00e9 par Gaspar No\u00e9 en amont de la production de <em>Vortex<\/em>, son sixi\u00e8me long-m\u00e9trage. \u00c9branl\u00e9 par une h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale potentiellement fatale, l\u2019enfant terrible du cin\u00e9ma fran\u00e7ais (titre qui n\u2019est peut-\u00eatre plus appropri\u00e9 alors que les commentateur\u00b7rices ne sont plus choqu\u00e9s par ses saillies cin\u00e9matographiques et n\u2019y voient m\u00eame plus de la pu\u00e9rilit\u00e9) avoue s\u2019\u00eatre interrog\u00e9 sur sa propre finitude. Ajoutons \u00e0 cela un d\u00e9c\u00e8s maternel, apr\u00e8s un cr\u00e9puscule marqu\u00e9 par la maladie, et nous obtenons <em>Vortex<\/em>, un maelstrom implacable sur la fin de vie d\u2019un couple confront\u00e9 \u00e0 la s\u00e9nilit\u00e9. Une \u0153uvre \u00e9tonnamment sobre, sans provocation, dont la plus grande duret\u00e9 r\u00e9side dans son naturalisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour incarner son couple, Gaspar No\u00e9 fait se rencontrer la Nouvelle Vague fran\u00e7aise avec le cin\u00e9ma de genre italien en choisissant Fran\u00e7oise Lebrun, \u00e0 tout jamais Veronika dans <em>La Maman et la Putain<\/em>, et Dario Argento, le maitre du frisson, auteur des plus c\u00e9l\u00e8bres <em>giallo<\/em>. Il est critique de cin\u00e9ma et tente d\u2019\u00e9crire un livre sur le r\u00eave au cin\u00e9ma alors que son corps s\u2019\u00e9tiole. Elle est une psychiatre retrait\u00e9e et lutte en vain pour retrouver ses rep\u00e8res alors que son esprit s\u2019envole. Ensemble, ils ont un fils, St\u00e9phane, incarn\u00e9 par Alex Lutz (aussi inattendu que talentueux dans l\u2019univers de No\u00e9), toxicomane en r\u00e9mission, incapable de s\u2019occuper comme il le d\u00e9sire de ses parents, vou\u00e9 \u00e0 constater leur rapide d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Telle une signature du cin\u00e9aste, <em>Vortex<\/em> s\u2019ouvre sur son g\u00e9n\u00e9rique de fin qui r\u00e9v\u00e8le notamment les dates de naissance de No\u00e9 et ses com\u00e9dien\u00b7nes, soulignant ainsi les nombreuses ann\u00e9es de vie travers\u00e9es par le couple Lebrun-Argento, ainsi que l\u2019imminence de leur \u00e9pilogue. \u00c0 cette fin anticip\u00e9e succ\u00e8de un prologue, seul v\u00e9ritable moment de qui\u00e9tude pour les personnages, tout comme les spectateur\u00b7rices, lors duquel sont mis en place quelques fondements th\u00e9matiques et formels du long-m\u00e9trage. Gaspar No\u00e9 et son fid\u00e8le chef op\u00e9rateur, Beno\u00eet Debie, suivent au plus proche et tour \u00e0 tour (pour l\u2019instant) ces vieilles personnes d\u00e9ambulant lentement, voire timidement, dans leur singulier appartement, succession de petites pi\u00e8ces en longueur formant un \u00ab\u2009U\u2009\u00bb. \u00c0 chacune des extr\u00e9mit\u00e9s de ce dernier, le couple se salue et s\u2019interpelle depuis deux fen\u00eatres se faisant face. Surcadr\u00e9s par leurs lucarnes, ils apparaissent s\u00e9par\u00e9s au sein d\u2019un m\u00eame appartement, mais cette fois, ils se convient sur leur balcon. Ils sont alors r\u00e9unis, peut-\u00eatre pour la derni\u00e8re fois, lors d\u2019un ap\u00e9ritif sous le signe des songes\u2009: \u00ab\u00a0la vie est un r\u00eave dans un r\u00eave\u00a0\u00bb, trinque-t-on. La cam\u00e9ra, qui se d\u00e9tache alors de ses personnages, ex\u00e9cute un panoramique jusqu\u2019\u00e0 se figer sur un mur, perspective crue et in\u00e9luctable de leur future \u00ab\u00a0maison\u00a0\u00bb, le columbarium. Fran\u00e7oise Hardy chante alors in extenso la jeunesse \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la mort de son amie la rose. Le drame ordinaire peut \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9buter.<\/p>\n\n\n\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, No\u00e9 met en place un dispositif technique complexe. Apr\u00e8s la chronologie invers\u00e9e d\u2019<em>Irr\u00e9versible<\/em>, la cam\u00e9ra subjective d\u2019<em>Enter the Void<\/em>, la 3D de <em>Love<\/em> ou encore l\u2019usage du plan-s\u00e9quence dans <em>Climax<\/em>, le cin\u00e9aste fait le pari fou de mettre en sc\u00e8ne un film enti\u00e8rement en split-screen. C\u2019est dans l\u2019un des plus beaux plans du filme que la division de l\u2019\u00e9cran intervient. Le couple endormit dans son lit occupe pleinement le cadre en scope. D\u00e8s lors qu\u2019elle se r\u00e9veille, le regard hagard, comme terroris\u00e9e par un d\u00e9cor nagu\u00e8re familier, un fin liser\u00e9 noir vient lentement et durablement dissocier les deux \u00e9poux. Au r\u00e9veil, alors que chacun occupe une portion du cadre, nous suivons simultan\u00e9ment la rengaine matinale de ce m\u00e9nage qui, sans se croiser, n\u2019est que t\u00e9moin des traces laiss\u00e9es par l\u2019autre. Si le split-screen souligne la s\u00e9paration de ces deux solitudes vivant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, l\u2019usage de longs plans continus, partiellement mont\u00e9s, rend compte du temps qui s\u2019\u00e9coule lentement, mais in\u00e9luctablement. \u00c0 la mani\u00e8re des clignements d&rsquo;\u0153il de la cam\u00e9ra subjective dans <em>Enter the Void<\/em>, les coupes du film sont explicit\u00e9es par un bref \u00e9cran noir. Ces courtes ruptures nous \u00e9voquent ici des moments d\u2019\u00e9garement de l\u2019esprit, des trous de m\u00e9moire, lorsqu\u2019elles permettent des ellipses allant de quelques secondes \u00e0 plusieurs heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre de ce dispositif, les com\u00e9dien\u00b7nes impressionnent en incarnant avec cr\u00e9dibilit\u00e9 cette famille dysfonctionnelle. Le sc\u00e9nario n\u2019\u00e9tant compos\u00e9 que d\u2019une quinzaine de pages se focalisant sur le r\u00e9cit, leurs r\u00e9pliques sont improvis\u00e9es lors du tournage. En amont de celui-ci, les trois com\u00e9dien\u00b7nes ont travaill\u00e9 avec le r\u00e9alisateur pour construire leur personnage. Fran\u00e7oise Lebrun explique s\u2019\u00eatre document\u00e9e sur l\u2019Alzheimer, maladie que l\u2019on ne nomme jamais au long du film, peut-\u00eatre par pudeur, sans doute par peur. R\u00e9guli\u00e8rement priv\u00e9e de la parole ou cantonn\u00e9e \u00e0 quelques bribes indistinctes, Lebrun communique quantit\u00e9 d\u2019\u00e9motions poignantes par son seul regard. Souvent confus, voir craintif, son personnage est d\u2019autant plus terrassant dans ses moments de lucidit\u00e9, lorsqu\u2019il est conscient d\u2019\u00eatre un poids pour ses proches et convaincu que la vie ne vaut plus la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, Dario Argento fait, pour la premi\u00e8re fois, l\u2019acteur chez un autre cin\u00e9aste, et en fran\u00e7ais. Une exp\u00e9rience (unique, au dire du principal int\u00e9ress\u00e9) r\u00e9ussie tant son personnage de vieux cin\u00e9phile nous inqui\u00e8te, lorsqu\u2019il r\u00e9primande sa femme disparue dans le quartier, autant qu\u2019il nous \u00e9meut, lorsqu\u2019il avoue son inqui\u00e9tude ou esquisse un rare geste d\u2019affection. Face \u00e0 eux, Alex Lutz parvient \u00e0 amener subtilement la complexit\u00e9 de son personnage dans un r\u00e9cit d\u00e9j\u00e0 bien lourd. Alors que la relation p\u00e8re-fils sugg\u00e8re des conflits pass\u00e9s, l\u2019amour que St\u00e9phane porte \u00e0 sa m\u00e8re transparait d\u2019autant plus douloureux lorsqu\u2019elle est incapable de le reconnaitre.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8re pi\u00e8ce maitresse de ce <em>Vortex<\/em>, sans doute moins tape-\u00e0-l\u2019\u0153il que son split-screen, mais aussi m\u00e9taphorique, l\u2019appartement du couple est l\u2019un de ses \u00e9l\u00e9ments saillants. Souvent qualifi\u00e9 de quatri\u00e8me personnage, l\u2019impressionnant d\u00e9cor de Jean Rabasse accumule jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oppression les livres, revues, cartes, posters et autres objets t\u00e9moins d\u2019une vie enti\u00e8re, celle de ce couple d\u2019intellectuels soixante-huitard devenu prisonnier de ce capharna\u00fcm de souvenirs. Un pass\u00e9 entier qui finira dans des cartons, lorsqu\u2019il n\u2019y aura plus personne pour s\u2019en souvenir. Il faut alors se r\u00e9soudre \u00e0 vider ce lieu de m\u00e9moire, qui n\u2019est m\u00eame plus hant\u00e9, au cours d\u2019une s\u00e9quence finale document\u00e9e par de simples photographies, plus puissantes que n\u2019importe quel artifice. Il ne reste alors plus que le silence de la salle de projection \u00e0 laquelle nous sommes rappel\u00e9s brusquement. Aucun g\u00e9n\u00e9rique, encore moins une chanson pour nous faire oublier cette existence balay\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Yann Schlaefli<\/strong> (13\/04\/2022)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique du sixi\u00e8me long-m\u00e9trage de Gaspar No\u00e9, maelstrom implacable sur la fin de vie d\u2019un couple confront\u00e9 \u00e0 la s\u00e9nilit\u00e9. 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