{"id":1166,"date":"2022-04-09T04:04:52","date_gmt":"2022-04-09T02:04:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/?p=1166"},"modified":"2023-03-28T01:10:29","modified_gmt":"2023-03-27T23:10:29","slug":"hive-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/2022\/04\/hive-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Hive\u00a0\u00bb &#8211; Critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/04\/09-hive-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1167\" srcset=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/04\/09-hive-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/04\/09-hive-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/04\/09-hive-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/04\/09-hive-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/files\/2022\/04\/09-hive.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Frenetic Films<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le bourdonnement des oppress\u00e9es<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Une vingtaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de la guerre du Kosovo, Blerta Basholli sort son troisi\u00e8me long-m\u00e9trage, <em>Hive<\/em>, bas\u00e9 sur la r\u00e9elle histoire de Fahrije, femme Kosovare dans l\u2019attente de nouvelles concernant son mari tragiquement disparu 7&nbsp;ans auparavant durant les massacres des forces serbes dans le village de Krushe e Madhe. Le film met alors en lumi\u00e8re son combat, autant psychologique que physique, singulier que collectif, face \u00e0 l\u2019oppression masculine des m\u0153urs conservatrices d\u2019un village rural, mais aussi face \u00e0 un deuil irr\u00e9alisable par l\u2019absence de toute preuve de vie ou de mort de son mari ou de celui des autres veuves de la r\u00e9gion, partageant la m\u00eame situation de Fahrije. Se rassembler pour s\u2019entraider et cr\u00e9er un collectif de soutien devient alors une des seules mani\u00e8res pour ces femmes de s\u2019en sortir et de trouver une forme d\u2019ind\u00e9pendance dans leur situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le long du film, les spectateurices sont t\u00e9moins de la violence personnelle envers Fahrije subissant la haine, la violence et la moquerie face \u00e0 son \u00e9mancipation, mais aussi une violence collective faite aux femmes dont on punit la volont\u00e9 d\u2019autonomie et de libert\u00e9. De passer son permis \u00e0 participer dans la cr\u00e9ation d\u2019une entreprise entre femmes pour r\u00e9colter des fonds, en passant par le simple fait de travailler, elle subit chacune de ses d\u00e9cisions prises dans une optique de lib\u00e9ration et d\u2019\u00e9mancipation, des cons\u00e9quences que son beau-p\u00e8re lui soulignera \u00e0 double reprise avec la phrase \u00ab\u2009ce que tu feras affectera toute ta famille en bien et en mal\u2009\u00bb donnant un poids d\u2019autant plus lourd \u00e0 toutes ses actions allant \u00e0 l\u2019encontre des valeurs patriarcales du village. Son beau-p\u00e8re, qui d\u2019ailleurs se trouve dans un d\u00e9ni profond face \u00e0 la mort quasi certaine de son fils, ne manquera pas de lui rappeler qu\u2019elle doit connaitre sa place dans sa famille\u2009: celle d\u2019une femme soumise qui ne devrait pas faire plus de bruit que celui de ses pleurs face \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de retrouver son mari.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, malgr\u00e9 les insultes, la culpabilisation, les dommages sur sa voiture, les ragots, les r\u00e9actions n\u00e9gatives de sa famille, y compris de sa fille, et une tentative de viol, Fahrije refuse d\u2019adopter le statut de femme soumise\u2009: elle s\u2019affirme, reste pr\u00e9sente et presque impassible, bien au centre du cadre, rel\u00e2chant la pression lors d\u2019un unique et bref instant o\u00f9 sous la douche, il est possible de la voir pleurer. En effet, m\u00eame sa fille Zana lui reproche de ne jamais pleurer, ce qui cr\u00e9era un foss\u00e9 entre la m\u00e8re et la fille. Hors de cette intimit\u00e9 visible dans une minime ouverture de rideau de douche, elle tient t\u00eate, \u00e9duque sa fille et refuse que le mot \u00ab\u2009pute\u2009\u00bb, qui lui a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 par des hommes du village, soit prononc\u00e9 par celle-ci, r\u00e9pare les canalisations sous les yeux de son fils, jette un pav\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre de ceux qui l\u2019insultent.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa lutte non sans douleur est aussi repr\u00e9sent\u00e9e dans son maintien en \u00e9tat des ruches de son mari\u2009: malgr\u00e9 tous les soins apport\u00e9s, elle se fait piquer et porte les marques laiss\u00e9es par les insectes sur son corps. Elle n\u2019a pas d\u2019autre choix que de s\u2019occuper des abeilles de son mari, et elle en subit les cons\u00e9quences, mais elle continue puisqu\u2019il s\u2019agit de son principal revenu pour sa famille, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019elle ne laissera pas les hommes du village gagner dans leurs d\u00e9marches pour briser ses tentatives d\u2019\u00e9mancipation, qu\u2019elles soient singuli\u00e8res comme passer son permis de conduire, ou travailler, ou collective comme la destruction du labeur permettant aux femmes de r\u00e9colter des fonds pour leur association. Toutefois, ces insectes portent aussi le symbole de l\u2019acharnement et du travail, miroitant le travail collectif des femmes, comme des ouvri\u00e8res, dans leur pr\u00e9paration de l\u2019Ajvar, condiment qu\u2019elles ont pour but de vendre dans un supermarch\u00e9 afin d\u2019obtenir des fonds pour leur association.<\/p>\n\n\n\n<p>Si <em>Hive<\/em> montre la force collective par le rassemblement des femmes, le film fait aussi appel \u00e0 une force par le m\u00e9lange des g\u00e9n\u00e9rations avec la pr\u00e9sence Zana, cr\u00e9ant une rupture g\u00e9n\u00e9rationnelle dans la mani\u00e8re dont les femmes sont consid\u00e9r\u00e9es. Elle est porteuse d\u2019espoir et de libert\u00e9 puisqu\u2019elle pourra \u2013 elle au moins \u2013 faire des \u00e9tudes et avoir un parcours \u00e9mancipateur. Toutefois, une phrase reste grav\u00e9e en t\u00eate appuyant sur le poids omnipr\u00e9sent du patriarcat lorsque les femmes abordent le futur de Zana\u2009: peu importe ses \u00e9tudes et son futur parcours, \u00ab\u2009\u00e9cole ou pas, elle restera une femme\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce film plait et touche \u00e0 grande \u00e9chelle\u2009: gagnant des trois cat\u00e9gories principales \u00e0 Sundance, ce qui est un record historique. La puissance et la d\u00e9termination de Fahrije marquent les esprits, et permettent \u00e0 de nombreuses personnes opprim\u00e9es et luttant contre les injustices patriarcales de s\u2019identifier \u00e0 elle. <em>Hive<\/em> permet par la m\u00eame occasion de montrer un aspect peu mis en lumi\u00e8re des r\u00e9percussions de la guerre\u2009: la place des femmes et des veuves parmi les hommes survivants. Finalement, le film marque par sa fin\u2009: Blerta Basholli am\u00e8ne la conclusion de son long-m\u00e9trage par le biais d\u2019authentiques vid\u00e9os de Fahrije, montrant cette femme n\u2019ayant jamais perdu sa d\u00e9termination dans son combat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Annaelle Poguet<\/strong> (09\/04\/2022)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-default\" \/>\n\n\n\n<p style=\"font-size:15px\"><strong>Hive<\/strong><br>R\u00e9alisation &amp; sc\u00e9nario : Blerta Basholli<br>Image : Alex Bloom<br>Montage : F\u00e9lix Sandri, Enis Sara\u00e7i<br>Musique : Julien Painot<br>Costumes : Fjorela Mirdita, Hana Zeqa<br>Interpr\u00e8tes : Yllka Gashi, \u00c7un Laj\u00e7i, Aurita Agushi, Kumrije Hoxha, Adriana Matoshi<br>Date de sortie : 6 avril 2022<br>Pays de production : Kosovo, Suisse, Albanie, Mac\u00e9doine du Nord<br>Dur\u00e9e du film : 84 min.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Blerta Basholli sort son troisi\u00e8me long-m\u00e9trage, bas\u00e9 sur l&rsquo;histoire r\u00e9elle d&rsquo;une femme Kosovare dans l\u2019attente de nouvelles de son mari disparu lors des massacres des forces serbes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":1167,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[4,16],"tags":[11,9,33,80,13,189],"class_list":{"0":"post-1166","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-articles","8":"category-critiques","9":"tag-cine-club","10":"tag-cinema","11":"tag-critique","12":"tag-culture","13":"tag-film","14":"tag-hive"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1166","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1166"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1166\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1167"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1166"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1166"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/cineclub\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1166"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}