{"id":971,"date":"2024-01-15T13:13:42","date_gmt":"2024-01-15T12:13:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/?p=971"},"modified":"2026-02-10T11:28:41","modified_gmt":"2026-02-10T10:28:41","slug":"une-mere-de-larmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/compte-rendu\/une-mere-de-larmes\/","title":{"rendered":"Une m\u00e8re de larmes"},"content":{"rendered":"\n<p>Compte rendu de Sophie Dora Swan, <em><a href=\"https:\/\/lapeuplade.com\/archives\/livres\/voir-montauk\">Voir Montauk<\/a><\/em>, Chicoutimi, La Peuplade, 2023.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Voir Montauk<\/em>, premier r\u00e9cit de l\u2019\u00e9crivaine canado-suisse Sophie Dora Swan publi\u00e9 l\u2019hiver dernier aux \u00e9ditions qu\u00e9b\u00e9coises La Peuplade, se lit comme un journal de bord composite dont d\u00e9bordent les \u00e9motions, pens\u00e9es et pr\u00e9occupations d\u2019une femme mise face \u00e0 l\u2019insoutenable dilemme d\u2019enlever la vie \u00e0 celle qui lui l\u2019a donn\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;honn\u00eatement \/ on fait quoi \/ quand quelqu\u2019un veut mourir&nbsp;? \/ mourir pour vrai&nbsp;\u00bb (56). L\u2019\u00e9pineuse question de l\u2019aide m\u00e9dicale \u00e0 mourir, trouvant un \u00e9cho dans la double origine de l\u2019autrice, se pose au terme d\u2019un cheminement de proche aidante que la charpente de l\u2019\u0153uvre saisit dans toute sa complexit\u00e9. De retour au pays natal, une fille veille sur sa m\u00e8re aux prises avec une d\u00e9pression chronique qui la conduit, lors d\u2019une phase particuli\u00e8rement aigu\u00eb, \u00e0 \u00eatre hospitalis\u00e9e dans une unit\u00e9 psychiatrique durant six semaines, auxquelles correspondent les chapitres eux-m\u00eames enserr\u00e9s entre un prologue et un \u00e9pilogue charg\u00e9s d\u2019accentuer la saveur sucr\u00e9-sal\u00e9 du texte \u00e0 travers leur titre. Par-del\u00e0 la mort envisag\u00e9e en tant que \u00ab&nbsp;carte joker pour la gu\u00e9rison&nbsp;\u00bb (141), la promesse de se rendre ensemble \u00e0 Montauk se profile \u00e0 l\u2019horizon sous l\u2019aspect d\u2019une utopie rassurante r\u00e9v\u00e9lant une destination litt\u00e9raire plut\u00f4t qu\u2019insulaire, un d\u00e9placement relationnel plut\u00f4t que g\u00e9ographique&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9crire, c\u2019est tenir cette promesse faite en caressant ta main. Entre un lieu et un lien, je choisis le second, Maman&nbsp;\u00bb (168).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tiss\u00e9 de <em>to-do lists<\/em>, transcriptions d\u2019\u00e9changes t\u00e9l\u00e9phoniques, calligrammes, \u00e9pigraphes, donn\u00e9es factuelles ou encore ha\u00efkus, l\u2019ouvrage d\u00e9route tant son hybridit\u00e9 formelle parvient \u00e0 \u00e9pouser les diff\u00e9rents \u00e9tats que traverse la conscience \u00e0 la fois narrative et lyrique. Impliquant des temporalit\u00e9s distinctes, prose et po\u00e9sie se relaient pour dire respectivement l\u2019introspection permise par le quotidien et l\u2019urgence entra\u00een\u00e9e par la maladie qui y surgit. Sont alors confront\u00e9es deux r\u00e9alit\u00e9s, \u00ab&nbsp;deux vies&nbsp;\u00bb (43) que la narratrice m\u00e8ne de front, alternant tant bien que mal entre lieux de vie et de vide, recette de g\u00e2teau et ordonnance m\u00e9dicale, ballons color\u00e9s et couloirs aseptis\u00e9s, barbecue et plateaux-repas, rayons de soleil et \u00e9clairage aux n\u00e9ons, chanson d\u2019anniversaire et \u00ab&nbsp;silence de fin du monde&nbsp;\u00bb (51). \u00c0 travers le portrait qu\u2019elle en dresse, Sophie Dora Swan pointe les failles d\u2019un syst\u00e8me jug\u00e9 \u00ab&nbsp;inhospitalier&nbsp;\u00bb (36) dans la mesure o\u00f9, en d\u00e9pit des mantras positifs, photographies d\u2019animaux et repas sains qui \u00e9maillent ses structures, il \u00e9loigne davantage qu\u2019il ne soigne celles et ceux pour lesquel\u00b7les \u00ab&nbsp;<em>le monde c\u2019est trop<\/em>&nbsp;\u00bb (17). L\u2019ironie se joint \u00e0 la sensibilit\u00e9 pour d\u00e9noncer ce \u00ab&nbsp;savoir clinique \/ \u00e0 sens unique&nbsp;\u00bb (119) qui place les patient\u00b7es en marge de la soci\u00e9t\u00e9 sans se soucier r\u00e9ellement de les y r\u00e9int\u00e9grer voire, pire, \u00ab&nbsp;claque \/ une porte&nbsp;\u00bb (143) quand l\u2019assurance refuse de prolonger leur s\u00e9jour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que fondamentalement intime, l\u2019histoire r\u00e9sonne avec d\u2019autres qu\u2019ont port\u00e9es \u00ab&nbsp;ces reines filles ces reines m\u00e8res&nbsp;\u00bb (117) abondamment cit\u00e9es de sorte \u00e0 explorer, par leurs voix d\u00e9tourn\u00e9es, les m\u00e9andres des rapports filiaux. Marguerite Duras, pour laquelle la figure maternelle joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant, se trouve convoqu\u00e9e en exergue afin de souligner la vertu cathartique que rev\u00eat l\u2019acte d\u2019\u00e9crire aux yeux de celle qui, filant elle aussi la m\u00e9taphore aquatique, confie \u00ab&nbsp;\u00e9cri[re] comme on plonge [\u2026], des mots en forme de canot de sauvetage [\u2026]&nbsp;\u00bb (167). Y trempant sa plume et non ses pieds, la narratrice, et peut-\u00eatre m\u00eame l\u2019autrice dont le livre appara\u00eet en abyme, se lib\u00e8re de la souffrance gr\u00e2ce \u00e0 la puissance imaginaire que charrie l\u2019\u00e9vocation de l\u2019oc\u00e9an. Ainsi, c\u2019est sur une plage blanche que le chagrin se fera de sable et que s\u00e8cheront au soleil les larmes de la m\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Sarah Juilland<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte rendu de Sophie Dora Swan, Voir Montauk, Chicoutimi, La Peuplade, 2023. 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