{"id":889,"date":"2022-06-07T12:00:00","date_gmt":"2022-06-07T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/?p=889"},"modified":"2026-02-10T11:43:01","modified_gmt":"2026-02-10T10:43:01","slug":"vacance-en-famille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/compte-rendu\/vacance-en-famille\/","title":{"rendered":"Vacance en famille"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Emmanuelle Fournier-Lorentz, <em><a href=\"https:\/\/editions-verdier.fr\/livre\/doncle\/\">Villa Royale<\/a><\/em>, Gallimard, coll. \u00abBlanche\u00bb, 2022.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Dans mes souvenirs, s\u2019ils sont exacts (et j\u2019en doute), il y avait des dizaines de lampes dans le salon de l\u2019appartement.&nbsp;\u00bb La narratrice de <em>Villa royale, <\/em>Palma, est aux prises avec sa m\u00e9moire dans ce r\u00e9cit d\u2019une \u00ab&nbsp;enfance anormale&nbsp;\u00bb (15), centr\u00e9e autour de deux personnages&nbsp;: l\u2019un, absent, est le p\u00e8re, mort brutalement. \u00c0 cette vacance, qui agit comme une force centrifuge autour de laquelle s\u2019organise tout le texte, s\u2019oppose la pr\u00e9sence de sa m\u00e8re, combattante, insomniaque, d\u00e9prim\u00e9e, qui, \u00e0 l\u2019image de sa lampe pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, semble se r\u00e9incarner aux yeux de sa fille en une des Furies, Alecto, l\u2019Implacable d\u00e9esse, dont la mission est justement de \u00ab&nbsp;punir les parricides&nbsp;\u00bb (19), inlassablement. Encadrant la m\u00e8re, il y a les deux fr\u00e8res, Charles, l\u2019a\u00een\u00e9 charmant et rebelle, attir\u00e9 par les extr\u00eames, et Victor, le cadet plus intellectuel, qui joue imperturbablement aux \u00e9checs dans les longs trajets en voiture. Parricide, suicide, assassinat&nbsp;? Comme le flou qui subsiste autour d\u2019un souvenir traumatique, le roman se d\u00e9roule comme une sorte d\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re intime, o\u00f9 tant les personnages que les lecteur\u00b7rice\u00b7s cherchent \u00e0 comprendre ce qui est arriv\u00e9 dans l\u2019appartement parisien, leur fameuse <em>villa royale, <\/em>et la raison pour laquelle ils doivent la fuir \u00e0 toute allure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce premier roman, publi\u00e9 dans la prestigieuse collection Blanche de Gallimard par la lausannoise d\u2019adoption Emmanuelle Fournier-Lorentz, a une odeur de tabac froid et de course contre la mort. Rythm\u00e9 par les insomnies dont souffrent tous les membres de la famille, lesquelles donnent au texte un air de huis-clos, ce r\u00e9cit initiatique est aussi entrecoup\u00e9 par les d\u00e9m\u00e9nagements successifs, entrepris par la m\u00e8re afin de fuir m\u00e9taphoriquement \u2013 et litt\u00e9ralement&nbsp;! \u2013 quelque chose li\u00e9 \u00e0 la disparition du p\u00e8re des enfants. L\u2019\u00e9criture est nerveuse, directe mais \u00e9vocatrice, avec parfois des d\u00e9crochements m\u00e9taphoriques impr\u00e9vus qui donnent une texture particuli\u00e8re au texte. Le deuil se mat\u00e9rialise en effet que dans les interstices de la vie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jusque l\u00e0, le deuil [\u2026] m\u2019avait contourn\u00e9e. Il ne me frappait pas de plein fouet. Il se glissait dans les d\u00e9tails, quand je me levais plusieurs fois la nuit pour mettre un doigt sous le nez de mes fr\u00e8res, quand j\u2019avais la sensation, en pleine rue, qu\u2019une catastrophe imminente allait arriver.&nbsp;\u00bb&nbsp;(49) Charg\u00e9 de cette atmosph\u00e8re, le texte prend l\u2019aspect vif et photographique de souvenirs d\u2019enfance b\u00e9ants&nbsp;: on a oubli\u00e9 exactement pourquoi, comment, mais on se souvient soudain comment \u00ab&nbsp;les toilettes se trouvaient \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un tas de b\u00e9ton, dont les parois se tordaient comme des algues vers le ciel&nbsp;\u00bb (165), ou les cheveux d\u2019une camarade de classe \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00e0 la R\u00e9union qui \u00ab&nbsp;\u00e9taient une sorte de carr\u00e9 parfait \u00e9parpill\u00e9 en mille araign\u00e9es aux pattes longues&nbsp;\u00bb (62).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 douloureuse et \u00e0 la violence des secrets familiaux qui se diluent au compte-goutte, le recours \u00e0 l\u2019\u00e9criture appara\u00eet comme le contrepoint r\u00eav\u00e9 de l\u2019\u00e9chappatoire en voiture, le lieu pour s\u2019inventer d\u2019autres vies, \u00e0 la mani\u00e8re dont Palma d\u00e9crit leur arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eele de la R\u00e9union dans une immense villa d\u00e9catie juste apr\u00e8s le drame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Victor a balay\u00e9 le jardin du regard d\u2019un air th\u00e9\u00e2tral, comme si nous \u00e9tions l\u2019une de ces familles princi\u00e8res ruin\u00e9es par un scandale ou un putsch, condamn\u00e9es \u00e0 l\u2019exil, venues trouver refuge sur une \u00eele lointaine&nbsp;\u00bb (32). Cette capacit\u00e9 de l&rsquo;imagination \u00e0 remodeler le r\u00e9el semble aux sources de l\u2019\u00e9criture m\u00eame du texte. Afin de fuir leur quotidien, les trois enfants, perdus dans un petit village d\u2019Aveyron, entrent par effraction dans des voitures, et sur la demande de ses fr\u00e8res, Palma \u00ab&nbsp;imagine une vie pour plus tard&nbsp;\u00bb (132), une vie de film d\u2019action ou de roman policier&nbsp;: sommes gagn\u00e9es puis perdues, robes Valentino, mafiosi, mariages \u00e0 Cran-Montana, drames et avocats v\u00e9reux. C\u2019est finalement la position dans laquelle Emmanuelle Fournier-Lorentz place ses lecteur\u00b7rice\u00b7s&nbsp;: nous voil\u00e0 invit\u00e9\u00b7e\u00b7s dans l\u2019habitacle, assistant \u00e0 leurs souvenirs les plus intimes comme dans une longue conversation en voiture, dans laquelle on pr\u00e9f\u00e8re fixer la route pour (faire) oublier qu\u2019on a les larmes aux yeux. Envo\u00fbtant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Valentine Bovey<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emmanuelle Fournier-Lorentz, Villa Royale, Gallimard, coll. \u00abBlanche\u00bb, 2022. \u00ab&nbsp;Dans mes souvenirs, s\u2019ils sont exacts (et j\u2019en doute), il y avait des dizaines de lampes dans le salon de&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1001136,"featured_media":4053,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"template-cover.php","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":{"0":"post-889","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-compte-rendu"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/889","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001136"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=889"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/889\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4052,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/889\/revisions\/4052"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4053"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=889"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=889"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=889"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}