{"id":2548,"date":"2025-06-05T15:44:00","date_gmt":"2025-06-05T13:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/?p=2548"},"modified":"2025-11-05T16:58:43","modified_gmt":"2025-11-05T15:58:43","slug":"compte-rendu-velia-ferracini-lave-mes-cendres-geneve-encre-fraiche-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/compte-rendu\/compte-rendu-velia-ferracini-lave-mes-cendres-geneve-encre-fraiche-2025\/","title":{"rendered":"Embrase ton quoi"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Compte rendu\u00a0de Velia Ferracini, <em><a href=\"https:\/\/www.encrefraiche.ch\/auteur-biographie\/velia-ferracini\">Lave mes cendres<\/a><\/em>, Gen\u00e8ve\u00a0: Encre fra\u00eeche, 2025.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aquatique et explosif, <em>Lave mes cendres<\/em>, premier roman de Velia Ferracini apr\u00e8s son recueil <em>Les Flaques<\/em> (2024, Prix de po\u00e9sie de l\u2019Acad\u00e9mie romande), convie \u00e0 une lecture de br\u00fblure, de libation et de renouveau. Il s\u2019agit, dans ce r\u00e9cit de l\u2019engagement LGBTQI+, de faire la peau au r\u00e9gime patriarcal syst\u00e9mique, historique, canonique, pour faire place aux red\u00e9finitions identitaires hors des assignations.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouverture fictionnelle est celle de la mort de Martha, suicid\u00e9e, que l\u2019on d\u00e9couvre par la voix de son \u00e9poux, \u00e9crivain, comme un point final donn\u00e9 aux carcans, aux \u00ab&nbsp;cases [\u2026] cages&nbsp;\u00bb (p. 17). Elle marque, en quinconce, les d\u00e9buts d\u2019une autre destin\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;sa petite fille, devenue adolescente, lui annon\u00e7ait qu\u2019elle \u00e9tait un gar\u00e7on&nbsp;\u00bb (p. 12). Dans cette famille d\u2019ascendance islandaise vivant en France, la transidentit\u00e9 vient bouleverser la normativit\u00e9 carc\u00e9rale, qui \u00e9choue \u00e0 rendre heureux&nbsp;: l\u2019enfant ne se reconna\u00eet pas dans le genre f\u00e9minin dans lequel on l\u2019enferme.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre prose et versification, la filiation, \u00e0 la fois interrompue et renouvel\u00e9e, se spatialise et prend ainsi un autre espace ou une autre dimension, tandis que les passages rim\u00e9s au sein de la prose dans une esth\u00e9tique de slam lient les signes, m\u00eame contradictoires. Dans ce style foisonnant, les voix et les points de vue se croisent en alternance&nbsp;: tant\u00f4t l\u2019\u00e9poux et p\u00e8re \u00e9crivain prend la parole, tant\u00f4t l\u2019on d\u00e9couvre la voix du gar\u00e7on trans, et, enfin, celle d\u2019une jeune fille vivant dans la campagne islandaise, \u00ab&nbsp;dans le hameau de Holt&nbsp;\u00bb (p. 105).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire familiale prend un tournant \u00e0 partir d\u2019un voyage qu\u2019entreprennent p\u00e8re et enfant&nbsp;: de Paris, ils cheminent tous deux jusqu\u2019aux confins de l\u2019Europe, pour rejoindre un n\u0153ud ombilical, la maison d\u2019enfance de la d\u00e9funte m\u00e8re en Islande. Dans cette cartographie europ\u00e9enne, le volcan Eyjafjallaj\u00f6kull encadre les sociabilit\u00e9s et rythme les existences \u2013 \u00ab&nbsp;La lave surgit, je suis barbouill\u00e9e de col\u00e8re. Elle monte en moi, je la sens bouillir [\u2026]&nbsp;\u00bb (p. 28)&nbsp;\u2013, la \u00ab&nbsp;for\u00eat-cachette&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;espace intime&nbsp;\u00bb, scelle les liens&nbsp;(p. 119), et les cascades convoquent les morts pour soigner la tristesse : \u00ab&nbsp;Sa respiration se calque sur le flux violoncelle et il se met \u00e0 distinguer une forme vivante, \u00e9mergeant de l\u2019avalanche d\u2019eau. Drap\u00e9e de dentelles d\u2019un bleu dramatique, elle verse des larmes souterraines qui plongent en fl\u00e8che dans la rivi\u00e8re pastel&nbsp;\u00bb (p. 167). Le gar\u00e7on trans et la jeune fille se rencontrent en amiti\u00e9 pour lutter ensemble contre les discriminations de genre. \u00ab&nbsp;\u00c9crire, \/C\u2019est pour les hommes&nbsp;\u00bb (p. 135), affirme le fr\u00e8re de la jeune fille qui aspire \u00e0 \u00eatre \u00e9crivaine, trop cr\u00e9ative pour les entraves misogynes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pointe l\u2019antagoniste principal&nbsp;: dans les deux g\u00e9n\u00e9alogies respectives un terreau d\u2019usages violents mine les relations. La jeune fille islandaise est grug\u00e9e par son fr\u00e8re, qui la convoite incestuellement&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019isolement de notre village a sign\u00e9 mon arr\u00eat de mort. Et il se fiche que son d\u00e9sir soit h\u00e9r\u00e9sie, je ne suis qu\u2019une pi\u00e8ce de charcuterie, un corps acquis qui provoque le premier essor de sa nature fleurie. \/\/Et l\u2019\u00e9pouvante me saisit. Me d\u00e9truit&nbsp;\u00bb (p. 129). On mesure la richesse des proc\u00e9d\u00e9s&nbsp;\u2013 en plus de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on trouve trace d\u2019une \u00e9criture diaristique (p. 14, 27, 34, 176\u2026), des acrostiches (p. 144-145) \u2013 \u00e0 la recherche de solutions pour r\u00e9sorber les violences syst\u00e9miques, comme tant de protestations \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u0153urs sexistes. En jouant avec la langue et ses potentialit\u00e9s mimologiques, l\u2019autrice interroge la \u00ab&nbsp;nature&nbsp;\u00bb, des \u00eatres humains, de la sexuation au genre, et des \u00eatres environnementaux, dans leur propension \u00e0 fa\u00e7onner la vie humaine, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire aquatique \u00e9voqu\u00e9 plus haut&nbsp;: dans les cascades \u00e9merge un dialogue entre l\u2019enfant trans endeuill\u00e9 et la m\u00e8re absente, faisant place \u00e0 une r\u00e9flexion sur le \u00ab&nbsp;<em>coming out<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 171). D\u2019ailleurs, ce ne sont pas les pr\u00e9noms qui priment \u2013 il n\u2019y a que Martha qui ait une identit\u00e9 fixe \u2013 mais les pronoms et plus particuli\u00e8rement la mixit\u00e9 pronominale (\u00ab&nbsp;iel&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;elleux&nbsp;\u00bb), remotivant po\u00e9tiquement l\u2019appr\u00e9hension des genres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ruptures avec l\u2019ancien monde \u2013 la jeune fille fuit \u00e0 la ville de Reykjavik (p. 173), le p\u00e8re reconna\u00eet le genre masculin de \u00ab&nbsp;son fils&nbsp;\u00bb (p. 217-223) \u2013 permettent de consolider les liens d\u2019amour filial et amical en dehors des cadres normatifs, r\u00e9sorbant les blessures. S\u2019illustre alors une parentalit\u00e9 id\u00e9ale, contrastant avec le rejet morbide de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Alicia Schmid<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><sup><em>Image de couverture : <\/em><a href=\"https:\/\/www.encrefraiche.ch\/livre\/lave-mes-cendres\">https:\/\/www.encrefraiche.ch\/livre\/lave-mes-cendres<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compte rendu\u00a0de Velia Ferracini, Lave mes cendres, Gen\u00e8ve\u00a0: Encre fra\u00eeche, 2025. 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