{"id":593,"date":"2017-06-06T16:49:16","date_gmt":"2017-06-06T14:49:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/?page_id=593"},"modified":"2026-03-26T18:16:17","modified_gmt":"2026-03-26T17:16:17","slug":"dernier-numero","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/dernier-numero\/","title":{"rendered":"FANS \u2013 Archipel 47 (2025)"},"content":{"rendered":"\n<p>Regarder, fantasmer, consommer, transformer : autant de gestes qui, comme la couverture de ce 47<sup>e<\/sup> num\u00e9ro de la revue <em>Archipel<\/em>, poussent \u00e0 la r\u00e9flexion. <em>Fan<\/em>, d\u00e9signant ici une modalit\u00e9 tant relationnelle que r\u00e9dactionnelle, se trouvera donc d\u00e9ploy\u00e9 dans ses dimensions culturelles, sociales et parasociales \u2013 n\u2019en d\u00e9plaise aux carottes et aux ventilateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais qu\u2019est-ce donc qu\u2019un\u00b7e fan ?&nbsp; Aux fondations des <em>fan studies<\/em>, Henry Jenkins observe que le terme vient caract\u00e9riser dans les champs artistiques et m\u00e9diatiques \u00ab une forme de perturbation dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9ception, un rapport probl\u00e9matique \u00e0 un objet culturel \u00bb, qui ferait alors \u00ab appara\u00eetre en creux un mode d\u2019appr\u00e9ciation des \u0153uvres plus valoris\u00e9 \u00bb<sup>[ii]<\/sup>. Assur\u00e9ment, le contexte ultram\u00e9diatique contemporain a des effets sur les cr\u00e9ations, leur production et leur r\u00e9ception. Au mitan d\u2019un XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle marqu\u00e9 par une d\u00e9mocratisation des inventions cin\u00e9matographiques, t\u00e9l\u00e9visuelles et radiophoniques, Donald Horton et Richard Wohl signalent d\u00e9j\u00e0 que ces technologies contribuent \u00e0 cr\u00e9er une impression nouvelle de proximit\u00e9 entre les personnages de la fiction et les spectateur\u00b7rice\u00b7s et auditeur\u00b7rice\u00b7s qui la consomment<sup>[iii]<\/sup>. L\u2019image des \u00ab <em>performers<\/em> \u00bb, des \u00ab <em>characters<\/em> \u00bb, entre dans la sph\u00e8re intime de l\u2019audimat et g\u00e9n\u00e8re un lien illusoire, fictif (\u00ab <em>seeming <\/em>\u00bb), distingu\u00e9 d\u2019un lien substantiel par la m\u00e9diation technologique. Les deux sociologues lui donnent le nom de \u00ab relation parasociale \u00bb ; pass\u00e9e dans le langage courant, l\u2019expression vient d\u00e9signer l\u2019attachement g\u00e9n\u00e9ralement non r\u00e9ciproque, ou \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 fantasm\u00e9e, qu\u2019un individu \u00e9prouve \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une figure m\u00e9diatique, r\u00e9elle ou fictionnelle<sup>[iv]<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la d\u00e9claration d\u2019Horton et Wohl peut para\u00eetre dat\u00e9e, il n\u2019en est rien : elle est d\u2019autant plus actuelle depuis l\u2019invention du <em>World Wide Web <\/em>par Tim Berners-Lee, popularis\u00e9e en 1993, du t\u00e9l\u00e9phone connect\u00e9, \u00e9labor\u00e9 durant la m\u00eame d\u00e9cennie et commercialis\u00e9 en masse d\u00e8s 2007, et de leurs \u00e9piph\u00e9nom\u00e8nes, les r\u00e9seaux sociaux \u2013 l\u2019ouverture au grand public de la plateforme Facebook<em> <\/em>en 2006 marquant incontestablement un moment charni\u00e8re vers de nouveaux modes de relation. Ces technologies m\u00e9diatiques de la cyberculture propulsent les objets d\u2019art vers d\u2019autres sph\u00e8res<sup>[v]<\/sup> et intensifient la connivence des interlocuteur\u00b7rice\u00b7s connect\u00e9\u00b7e\u00b7s avec les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s qu\u2019iels suivent. Parfois cette relation devient r\u00e9ciproque, floutant les fronti\u00e8res entre personnalit\u00e9 publique et utilisateur\u00b7rice\u00b7s lambda. Les r\u00e9seaux inversent m\u00eame certaines dynamiques : ce sont, comme le souligne Elsa Godard<sup>[vi]<\/sup>, les \u00ab \u00e9lites \u00bb qui reprennent \u00e0 leur compte les agissements massifi\u00e9s comme le \u00ab <em>selfie<\/em> \u00bb, le \u00ab <em>reel<\/em>&nbsp;\u00bb, la vid\u00e9o <em>live<\/em>, etc., car ceux-ci portent en eux la posture de <em>star<\/em>, de la spectacularisation, que mettent en sc\u00e8ne les individus. Ces derniers se \u00ab starifient \u00bb dans une \u00ab&nbsp;qu\u00eate insatiable [\u2026] de reconnaissance&nbsp;\u00bb<sup>[vii]<\/sup>. Renvoyant \u00e0 la pulsion scopique caract\u00e9ristique de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<sup>[viii]<\/sup>, ces pratiques consistent \u00e0 exposer corps et visage pour crever l\u2019\u00e9cran et combler ce que la chercheuse qualifie de \u00ab vies vides \u00bb dans son essai \u00e9ponyme.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/files\/2025\/11\/fans.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"724\" src=\"https:\/\/www.asso-unil.ch\/archipel\/files\/2025\/11\/fans-1024x724.png\" alt=\"fans\" class=\"wp-image-3573\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><sup>Couverture : Nathan Meyer \u00a9<\/sup><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Regarder, fantasmer, consommer, transformer : autant de gestes qui, comme la couverture de ce 47e num\u00e9ro de la revue Archipel, poussent \u00e0 la r\u00e9flexion. 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