OMC, un nouvel équilibre Nord-Sud ? (07/04/2016)

 

L’intervenant de la conférence du jeudi 7 avril 2016, Mr. Do Prado, est le directeur exécutif de l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce. Brésilien, il a débuté sa vie professionnelle en tant que négociateur de son pays à la fin des années 80. Dès lors, il a été le témoin d’événements majeurs liés à la création de l’OMC et ses nombreux aller-retours en Genève et Brasilia lui ont permis d’acquérir une expérience des plus riche.

Voici les réponses essentielles à la question que tout le monde se pose : «Qu’est-ce que l’OMC et quel est le but de l’organisation ?» 

  • La vie de l’OMC est rythmée par des conférences semestrielles (la dernière fois, elle s’est déroulée à Nairobi au Kenya).
  • Comme chacun de nous le sait, l’OMC détermine les règles du commerce international. En revanche, contrairement aux critiques souvent entendues à l’égard de l’organisation, son activité est une activité de régulation. 
  • Elément intéressant : les membres de l’OMC, au nombre de 161, ne font pas forcément partie de l’ONU. Ainsi, Hong-Kong et Taiwan sont représentées indépendamment de la Chine alors que ce n’est pas le cas à l’ONU. De même, l’Union Européenne est elle aussi représentée en tant qu’entité à l’OMC, en parallèle avec la représentation des 28 pays membres.
  • Durant la plupart des réunions de l’OMC, on s’applique à surveiller la mise-en-œuvre des règles et plus spécifiquement dans le cas de conflits. C’est l’une des parties les plus visibles de l’organisation, de par l’impact médiatique et la portée diplomatique.
  • Le fonctionnement du vote à l’OMC se base sur le consensus. La différence est simple mais : dans l’unanimité tout le monde dit oui, dans le consensus personne ne dit non. « Un bon accord est un accord où tout le monde est également mécontent »

Quelques éléments d’histoire

  • L’ancêtre de l’OMC, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), est une création de post-guerre (1948). Dans la conception qui a accompagné la création de l’organisation, il y avait l’idée que le commerce et son ouverture étaient des facteurs promouvant la paix. Aujourd’hui, cette notion selon laquelle le commerce est un vecteur de paix est assez oubliée ; pourtant tout le commerce mondial est basé sur la confiance.
  • L’OMC, contrairement au GATT, a une personnalité juridique. De plus, elle a un seul siège mondial, à Genève.
  • La fondation de l’OMC est étroitement liée à la chute du mur de Berlin.

Quels sont ses principes fondamentaux de l’organisation ?

  • Le principe principal de l’OMC, repris du GATT, est la non-discrimination entre les partenaires.
  • Le second est la non-discrimination entre produits : à partir du moment où un produit passe la douane, il ne peut pas y avoir de discrimination entre le produit interne et le produit importé.
  • Le 3e principe est celui concernant la concession. Une fois que l’on fait une concession, on ne peut plus revenir en arrière. Ainsi, si on a ouvert le marché à la tequila par exemple, il n’est plus possible de modifier cet état de fait.
  • Le 4e et dernier principe est celui de la transparence : savoir ce que les autres pays font est extrêmement important et c’est la raison pour laquelle tous ont un représentant à Genève.

Un chapitre très épineux à l’OMC 

  • L’agriculture incontestablement. Bien que ne comptant que pour 9& du total des échanges commerciaux en terme de valeur, la la force politique des agriculteurs est immense et complètement disproportionnée, tant par rapport aux échanges que par rapport au PIB de la plupart des pays.
  • Les règles du GATT s’appliquaient au commerce des produits industriels. L’agriculture est un sujet qui fâche à l’OMC car ses membres ont des conceptions différentes : certains diraient « entre une pomme et une chaussette il n’y a pas de différence donc ils doivent être soumis aux mêmes règles internationales sur le commerce » ; d’autres pensent que tout ce que l’on « mange » n’est pas pareil.

Évolutions récentes

  • Doha, 2001 : la Chine entre à l’OMC et très vite le pays devient à fois l’un des plus gros exportateurs de produits industriels et un immense importateur de produits agricoles et de matière première.
  • La division Nord-Sud du monde ne veut plus rien dire ; car dans chaque sujet de négociation, il y a un type de coalition de pays et il ne s’agit plus forcément d’une opposition entre pays développés et pays en voie de développement.
  • Certains pays dont l’Inde veulent continuer à négocier selon les principes de Doha, favorables au développement. D’autres pays le remettent en cause, sous prétexte que le monde a évolué : « Il y a une différence entre le Burundi et la Chine »
  • Certains services, comme Uber ou Blabla Car, échappent aux régulations. Les nouvelles technologies offrent des perspectives intéressantes : il existe des possibilités de contact direct entre consommateurs. On passe d’un monde de droits de douane à quelque chose de beaucoup plus complexe.

Nous remercions chaleureusement Monsieur Do Prado pour le temps précieux qu’il nous a accordé lors cette conférence très enrichissante.