projet architectural

Emplacement

Sur le campus de l’UNIL, un site a émergé dès le début du processus : sous le Biophore, à un endroit où existent déjà deux villas et où sont plantés plusieurs arbres fruitiers. Le lieu, ni trop grand ni trop petit, ne devrait pas être construit prochainement et les villas constituent un bon point de départ pour s’implanter sur le site, point à partir duquel le projet pourra s’étendre. Habitées actuellement par des employés de l’UNIL, elles seront bientôt libérées lors de leur départ à la retraite.

Phasage

L’écovillage s’installera par étapes sur le site afin d’avancer progressivement, d’apprendre de son expérience et éventuellement de faire marche arrière si le résultat n’est pas concluant. Il s’agit de l’application du principe permaculturel « utiliser des solutions lentes et à petite échelle ».

Le développement peut être résumé en 5 phases principales au cours desquelles des bâtiments seront construits et les jardins se développeront.

1. La Foodcoop

Dans une volonté de s’ouvrir sur la communauté de l’UNIL et au delà, les premières phases concernent des programmes publics. Tout d’abord, on récupère la villa au Nord pour y instaurer une permanence et une foodcoop (magasin bio et en vrac géré par une coopérative). Cette villa servira dans un premier temps de point de rassemblement et de salle polyvalente, d’où émanera la suite de l’écovillage.

2. L’atelier

Un atelier sera ensuite construit sur le parking sous le Biophore. Il servira à collecter, stocker et réutiliser des matériaux issus des déchèteries des campus. Pour la suite du développement du village, on y construira les éléments préfabriqués (caissons de paille, briques en terre crue) et du mobilier. Ouvert à tous, il permettra à chacun réparer ses objets cassés et ainsi de lutter contre l’obsolescence programmée.

3. Les pavillons

Des pavillons serviront ensuite à tester des méthodes de construction durable. On pourra par exemple y étudier la performance de matériaux peu analysés comme la paille et la terre crue. Des modes d’habitat sur des surfaces réduites seront aussi explorés, par exemple au travers de chambres aux surfaces minimales.

4. La deuxième villa

La villa sud permettra d’approfondir une thématique propre aux zones périurbaines suisses. Ces dernières, de par leur faible densité et leur étalement, présentent un fort potentiel d’amélioration. Plutôt que de les raser, on envisage trop peu souvent une rénovation. Ici, la villa sera réhaussée d’un étage afin d’y loger 10 personnes en colocation sans augmenter l’empreinte au sol.

5. Les immeubles

Viennent ensuite les immeubles, point culminant du projet, deux immeubles se dresseront au sommet de la parcelle. 32 humains y vivront dans 3 colocations organisées en duplex. On y trouve également des espaces communs dont une grande salle polyvalente pour organiser des ateliers, des conférences et des réunions. A l’arrière sont prévus une cave, une buanderie commune et un local technique, et dans le grenier un séchoir et un nichoir à oiseaux.

Les jardins se développent en parallèle. Ils ont quatre rôles principaux : infrastructure, production de nourriture, biodiversité et loisirs. Une grande surface de potager sert à obtenir une production, grâce à des techniques d’agriculture biodynamiques et manuelles. On y trouve de la culture sur buttes et une forêt-jardin. Des espaces pour la biodiversité, sans intervention humaine, sont aussi présents sur le site.

Au niveau infrastructurel, on y trouve des bassins de phytoépuration pour nettoyer les eaux usées, des noues pour l’infiltration, des réservoirs de récupération de l’eau de pluie pour irriguer le jardin et pour la consommation domestique. Les jardins permettent de fermer les cycles métaboliques en recevant le compost issu des toilettes sèches et le digestat du réacteur à biogaz.

Ce travail soulève aussi d’autres questions fondamentales dans le domaine de l’architecture :

Qu’est-ce que l’architecture a à apprendre de la descente énergétique ? Quel est l’équilibre entre entre durabilité et confort ? tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un laboratoire ayant pour but la recherche : quelle est la taille minimale d’une chambre ? A-t-on vraiment besoin de tous les appareils électriques ? Comment peut-on chauffer passivement le bâtiment ? Quels matériaux ont l’énergie grise la plus faible ? Que faire des déchets et des eaux usées ?

L’essentiel a été gardé, à partir des critères de la fonctionnalité et de la durabilité. Le bâtiment parle, par sa présence même, d’écologie. Il enseigne dès l’extérieur, dès le premier regard. Toute la technique se montre en façade : on y trouve les réacteurs de biogaz, des tuyaux pour descendre le compost des toilettes sèches, des panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, la véranda pour capter la chaleur du soleil, les dispositifs de récupération de l’eau de pluie ainsi que des poids pour faire marcher les lampes grâce à des dynamos.

Les choses ne sont pas cachées; elles répondent à une fonction, un besoin; façade machine.

Le fonctionnalisme du début du 20ème siècle définit l’esthétique comme l’adéquation de l’objet architectural avec sa fonction. Elle repose sur une abondance de ressources densément énergétiques, abondantes et bon marché. Nous assistons aujourd’hui à l’apparition d’un courant que certains qualifient d’alterfonctionalisme : l’œuvre compose avec la finitude des ressources. Cet alterfonctionalisme doit cependant encore développer son propre langage.

« Dans [le contexte actuel] ce sont les structures, épurées, qui pourront être considérées comme esthétiques. Mises au diapason de la réceptivité sensorielles des hommes, elles nous aideront à identifier les modèles les plus appropriés à la descente énergétique car dans la transition entre croissance et descente énergétique, notre tâche consistera en grande partie à identifier ces structures. Avec le temps, les perspectives d’innovation décisives s’amenuiseront, mais chaque artisan pourra ajouter sa touche personnelle au bâtiment et à la construction. Cette expression esthétique sera plus démocratique, plus accessible que celle aujourd’hui permise par notre société, écartelée entre fonction et esthétique. Dans une société sobre en énergie, la vieille maxime architecturale « ce sont les détails qui changent tout » reprendra peut-être tout son sens. »